Daniel Gagnon M.A. orthopédagogueJFK, lecteur rapide
L'article en anglais de Wikipedia sur la lecture rapide (speed reading) réfère à un article de Timothy Noah du Magazine Slate sur la lecture rapide. Dans un annexe à l'article, Noah explique l'origine de la légende concernant la supposée vitesse de lecture prodigieuse de John Kennedy.
Voici ma traduction de cette annexe.
Dans sa biographie de 1993, President Kennedy: Profile of Power, Richard Reeves révèle les origines nébuleuses de la légende voulant que Kennedy était un lecteur prodige. Apparemment, Eunice Shriver Kennedy (sœur du président) a dit à Henry Luce lors d’un dîner de fête que son frère avait suivi un cours de lecture rapide et pouvait lire un livre entier en une séance. Luce, à son tour, a relayé l’information au correspondant du Time à la Maison Blanche, Hugh Sidey. Sidey a appelé l’endroit où JFK avait suivi le cours et a appris qu'il ne l'avait jamais fini, donc qu’aucun score n'était disponible. Cependant, en désirant apparemment récolter un peu de publicité gratuite, la firme de lecture rapide a dit à Sidey que Kennedy lisait probablement à 700-800 mots par minute. Quand Sidey a rapporté cela à JFK, il s'est hérissé et a dit que c'était trop bas; Galbraith, il a insisté, l'avait une fois chronométré lisant mille mots par minute. Mais même cela, Kennedy a dit, était probablement trop bas. Sidey a alors demandé "Combien alors, mille deux cents ?". " OK " de répondre Kennedy. Le Time a rapporté le chiffre de 1,200 qui a été largement répété. (La source de Reeves est une interview avec Sidey conduit au début des années 1960 faisant partie de l’histoire orale officielle de l'administration Kennedy.)
Dans une version différente de cette histoire, j'ai lu (je ne retrouve pas la source) que Kennedy s'était vanté dans sa publicité électorale d'avoir suivi un cours de lecture rapide, d'avoir commencé à 280 m/m et d'avoir atteint plus de 1000 mots/minute.
L'article de Wikipedia sur la lecture rapide
Mon site reçoit depuis quelque temps la visite de nombreux surfeurs amenés par un lien dans l’article de Wikipedia sur la lecture rapide.
Je veux simplement signaler à ces visiteurs que cet article de Wikipedia est plutôt fumeux et inintéressant. Celui en anglais (speed reading) est beaucoup mieux.
Je le visite régulièrement, une fois par année disons, et j'en apprends toujours un peu.
Année après année, de nouvelles recherches confirment que lire à plus de 1000 mots/minute est très exceptionnel. Ceux qui prétendent lire à ces vitesses, soit qu’ils font plutôt un survol de texte, soit que leur rétention n’est pas mesurée rigoureusement ou soit que leur compréhension est nettement surestimée et insatisfaisante. Il est beaucoup plus réaliste de viser des vitesses de 300 à 600 mots/minute si l’on souhaite maintenir une rétention et une compréhension satisfaisantes.
Bientôt, je vous parle de ce que j'y ai appris sur la légende de John Kennedy qui aurait été un lecteur prodigieux.
Nouveau témoignage
Bonjour M. Gagnon,
D’entrée de jeu, je voulais prendre le temps de vous remercier pour la formation.
J’améliore mes performances surtout au niveau de la rétention d’informations. Un des aspects qui me surprend le plus est la vitesse à laquelle j’arrive à écrémer un texte technique… Je suis allé suivre une formation de deux jours à Montréal et j’ai eu le loisir d’expérimenter la lecture rapide sur plusieurs documents techniques que je devais lire. En éliminant ce qui était déjà connu, ma compréhension de l’ensemble du séminaire a été grandement améliorée avant même le début des exposés.
Bref ! J’ai un outil exceptionnel que j’entends faire profiter à mon fils pour ses études.
Encore merci !
M. Bernier
Une histoire de la lecture
Une histoire de la lecture de Alberto Manguel est un magnifique livre que je vous recommande chaudement.
Je me permets de vous citer un passage qui rejoint ma définition de la lecture.
« Pour comprendre un texte, écrivait le Dr MerlinC. Wittrock dans les années quatre-vingt, nous ne nous contentons pas de le lire, au sens propre, nous lui fabriquons aussi une signification. » Dans ce processus complexe, « les lecteurs prennent le texte en charge. Ils créent des images et des transformations verbales afin de s’en représenter le sens. Plus impressionnant encore, ils produisent du sens en cours de lecture en établissant des relations entre leur savoir, des souvenirs de leurs expériences, et les phrases, paragraphes et passages du texte écrit. »… « La lecture… n’est pas non plus un processus monolithique et unitaire en vertu duquel une seule signification serait correcte. Il s’agit plutôt d’un processus génératif qui reflète la tentative disciplinée du lecteur d’élaborer un ou plusieurs sens dans le cadre des règles du langage. » pp 56-57
Manguel cite :
Merlin C. Wittrock, « Reading Comprehension », in Neuropsychological and Cognitive Processes in Reading (Oxford, 1981).
Leyendo
Des enfants lisant. Leurs joies figées dans le bronze à l'intérieur de la cours d'école du Colegio Madrid, quelque part dans la ville de Mexico.

Révolution au Mexique

Le Mexique c'est le pays des révolutions... Et je crois qu'actuellement, on y trouve un petit groupe de pionniers qui vont révolutionner la lecture.
Je reviens du Mexique. J'ai travaillé avec Mme Otero et Mme Flores de l'Unam (Universidad Nacional Autónoma de México) qui ont développé un logiciel d'enseignement de la lecture rapide qui respecte en tout point les principes que j'enseigne. Ce logiciel est présentement en application dans plusieurs écoles. Les résultats sont impressionnants.
J'ai collaboré au développement de ce logiciel en fournissant le cadre théorique. Cette collaboration a débuté il y a deux ans. L'automne dernier, mesdames Otero et Flores m'ont invité à venir donner ma formation sur place et à rencontrer quelques-uns des enfants de ces programmes.
Les enfants performent très bien avec le programme sur ordinateur et font des gains impressionnants au niveau de la vitesse et de la compréhension. Toutefois, ils ne transfèrent pas les techniques apprises sur ordinateur à leur lecture quotidienne. Mon rôle était de former enseignants, directeurs, cadres scolaires à la technique pour qu'ils puissent prendre conscience de la simplicité et de l'extraordinaire efficacité de celle-ci afin de pouvoir encadrer et stimuler les enfants à l'utiliser en tout temps. Le but était aussi de faire connaître le programme pour assurer son développement.
MISSION ACCOMPLIE
Vous savez des fois on est bon, d'autre moins. Cette fois-ci, j'ai été excellent ! Je me donne la note A++. Un gros 10. J'étais en super forme et j'ai donné une de mes meilleures formations. On a aussi bien rigolé. Tout le monde était enchanté.
Je crois que la lecture rapide est appelée à connaître, dans les années à venir, un développement important dans les écoles du Mexique.
À suivre: des photos, d'autres nouvelles sur mon expérience au Mexique et sur les démarches que j'ai l'intention d'entreprendre pour promouvoir le développement des habiletés avancées en lecture chez les enfants du Québec.
La lecture rapide au Mexique
Je suis présentement au Mexique jusqu'au 26 mars 2008. Si vous êtes un fidèle de ce blogue, vous savez que je suis l'invité de l'Université Nationale Autonome de México, plus précisément de la Faculté de Psychologie.
Dans les prochains jours, je vais être appelé à former des professeurs de la faculté, des directeurs d'école et des jeunes de 12 à 18 ans. Dans ce dernier cas, il est à noter que plusieurs de ces jeunes sont déjà des lecteurs rapides, car ils ont bénéficié d'un logiciel de lecture rapide mis au point par Mme Araceli Otero. Je vais collaborer à la touche finale de ce programme surtout sur les aspects portant sur la compréhension en lecture.
J'ai déjà décrit dans ce billet comment est né notre collaboration Mme Otero et moi.
Je vais essayer de tenir cette chronique à jour et de vous informer de mes découvertes dans ce fabuleux pays.
Bonne fin d'hiver !
Pourquoi plutôt que de parler de lecture rapide ne pas parler de... ?
La lecture c’est plus qu’une question de vitesse. Dans mon cours, j’insiste sur la compréhension, la rétention, le plaisir de lire, l’efficacité dans la recherche d’information. En fait la lecture ce sont des habiletés à maîtriser et la vitesse est un élément parmi plusieurs autres.
Alors, pourquoi plutôt que de parler de « lecture rapide » ne pas parler de « lecture efficiente » ou de « lecture optimum » ou…?
À la place de lecture rapide, je pourrais parler de « lecture intelligente » comme le cours développé par Mme Otero. Ou de « lecture stratégique » comme plusieurs de mes concurrents. Originellement, le premier cours de lecture rapide digne de ce nom s’appelait « Cours de lecture dynamique ». Il y a aussi l'appellation « lecture efficace » qui est souvent utilisée.
Ces appellations décrivent une part importante de ce qu’est la lecture rapide. Dans mon séminaire, en plus de développer leur vitesse de lecture, les participants apprennent des techniques que j’appelle lecture dynamique, écrémage et lecture sélective qui constituent des facettes stratégiques très importantes en lecture. Tout bon cours de lecture rapide se doit de travailler à fond ces techniques. Même que ces stratégies sont à certains égards plus importantes que l’augmentation de la vitesse brute, parce qu’elles permettent des gains de temps et d’efficacité qui multiplient les gains de vitesse, de concentration, de compréhension, de rétention et de plaisir.
Toutefois, il reste que lorsque je reçois des témoignages d’appréciation, bien que souvent on soit impressionné par la simplicité de la méthode, le peu de flafla, la rigueur des présentations et par le changement d’approche que cela entraîne, il reste que ce qui frappe le plus, c’est le gain de vitesse.
Donc, ce que je livre avant tout, c’est plus de vitesse. Ainsi, je vais continuer de m’appeler : Les séminaires de lecture rapide Daniel Gagnon.
Peut-on goûter les mots en lecture rapide ? (conclusion)
Un bon lecteur...
Comme je l'ai écrit ici, un bon lecteur varie sa vitesse de lecture. Personnellement, les romans c'est ce que je lis le plus lentement. Et ce n'est pas parce que je veux me détendre ou savourer le style. C'est tout simplement qu'un roman, c'est ce qu'il y a de plus difficile à lire.
Les romans sont ce qu'il y a plus de difficile à lire
Les auteurs de romans cherchent à nous surprendre. Ils évitent les évidences, les clichés. Ils vont parfois rechercher les effets de style; leurs métaphores doivent être raisonnées. Si Michel Tremblay est facile à comprendre, les gagnants du Goncourt sont généralement moins accessibles. Les auteurs européens ou africains vont décrire des réalités qui nous sont étrangères dans des mots qui ne nous sont pas toujours familiers. La compréhension n'est pas toujours évidente dans ces situations. Alors qu'en moyenne, je lis les journaux à 500 m/m, lorsque je lis un roman, je roule plutôt autour de 400 m/m. Encore là, il s'agit d'une moyenne, puisque je varie ma vitesse.
De la table de chevet au bac de récupération
Un bon lecteur ne lit pas tous les textes de la même façon. Il y des livres qui sont faits pour être dévorés à petites doses, on les place sur notre table de chevet et on prend des mois à les lire. Et il y a les romans de gare, qui doivent être lus rapidement sinon on en perd le fil, et qui finissent au marché aux puces.
Le lecteur rapide et les romans
La lecture rapide, c’est de la lecture. La lecture exige des habiletés, des compétences, des dispositions. Un bon lecteur maîtrise ces compétences. Un lecteur rapide est simplement une personne extrêmement habile à ressortir rapidement le message, le contenu, le sens d’un texte. Et il le fait aussi bien avec les romans, il le fait tout simplement différemment selon l’attention qu’il souhaite porter au sens, au style, à l’intrigue, à l’écriture, etc.
En conclusion: oui, la lecture rapide permet de goûter chaque mot, si c’est ce que l’on souhaite !
Peut-on goûter les mots en lecture rapide ? (suite)
Dans cette suite de mon dernier billet, je cherche à approfondir une question déjà traitée dans la chronique: Est-ce que la lecture rapide s’applique aux romans ?
Maintenant, pour un roman écrit avec style et saveur, peut-on, sans nécessairement savourer chaque mot, peut-on savourer le style de l’auteur en le lisant rapidement ?
Pourquoi pas ? Qu’est-ce que « profiter du style » ? Le style est partout. Il est dans la substance du texte. Il explique le plaisir de lire. Il y a des auteurs qui écrivent mal, mais qui livrent un contenu, un sens, qui nous intéresse et qu’on continue à lire, même si leur style nous fait suer. Il nous épuise, il nous frustre, on se fatigue de les lire, mais les lit-on plus vite pour autant ? Pas du tout, c’est même le contraire. À l’inverse, un texte bien écrit au style riche, pensez aux grands écrivains romantiques du XIXe siècle, peut nous emmerder à mourir parce que le contenu ne fait plus de sens pour nous. Finalement, un roman fignolé, riche en couleur, lumineux, qui livre des idées qui nous interpellent sera dévoré férocement en quelques heures.
La lecture rapide (et au risque de me répéter, j’entends par lecture rapide lire tous les mots entre 300 et 600 m/m et non les survoler) permet d’accéder rapidement au contenu, d’évaluer rapidement la qualité d’un texte et d’en profiter pleinement.
Les gens qui aiment lire, qui lisent beaucoup, lisent vite.
Par exemple, le roman Stupeur et tremblement d’Amélie Nothomb est un roman savoureux qu’on lit pour le style, mais aussi pour l’amusement que nous apporte le contraste des cultures qu’elle décrit. L’écriture de l’auteur est simple, claire et imagée. C’est un roman facile à lire que j’ai lu à grande vitesse tout en m’émerveillant de la qualité de la plume de l’auteure.
Il y a un grand plaisir à lire vite. On avance. On s’implique. On embarque dans l’histoire. Alors que les gens qui lisent lentement généralement n’aiment pas lire. Et n’allez surtout pas leur parler de la qualité du style, il ne voit tout simplement pas cela.
(CONCLUSION à suivre)
Peut-on goûter les mots en lecture rapide ?
Je vais commencer par faire une distinction, on parle parfois, plutôt que de goûter les mots, de « savourer CHAQUE mot », un peu comme savourer chaque bouchée. Ce qui m’apparaît impossible en lecture. Du moins, si on prend cette expression au pied de la lettre. Car lire, comme je l’ai déjà expliqué, c’est chercher du sens, chercher des idées.
En poésie, est-ce qu’on cherche du sens ? Oui, aussi, mais différemment. En poésie, on cherche une image, une atmosphère, une émotion. On cherche à être émerveillé. On lit et relit les mêmes poèmes. On fait de même pour un texte poétique ou une formulation particulièrement bien réussie. On savoure les mots. Mais, chaque mot ? Certains mots, oui, assurément. Je pourrais dire qu’on ne savoure pas les déterminants, mais ce serait de la mauvaise foi.
Je crois que oui, en poésie, on peut savourer chaque mot. De toute façon, la poésie doit être lue à voix haute, ce qui exclut toute rapidité. À ce moment, il est possible de savourer chaque mot.
Voici un de mes poèmes favoris, je le connais par cœur. Si vous me rencontrez, demandez-moi de vous le réciter. Je prendrai un grand plaisir à partager avec vous la saveur de chacun des mots de ce poème, même si je ne connais pas le sens de chacun.
LINOTHANIE
(a.vidalie)
je te printanise
je te paysage
ma carnine
ma délétère
mon jardin devenu sauvage
et je te pleus des hirondelles
sur tes caps et sur tes rivages
mon orbaigneuse
mon orbaigneuse
tout enrichie de mon naufrage
et je t’envergue de ventôse
pour nager vers de mêmes plages
je t’érostrate les profils
mon bois de nuit
ma carcérale
mon appel au cœur étoilé
ma sainte en os blancs
mon afrique
mon nord
ma colonie perdue
mon autre côté de la mer
ma sapide
ma gratinée
mon rouge et noir
mon fait divers
mes quatre saisons en enfer
mon à-la-une en faire-part
mon épilogue en bois doré
mon outremer
ma constellation maléfique
ma jeune morte de l’année
ma révolution permanente
ma nymphe de sous les lanternes
ma croix
je te salue
JENNY MERVEILLE
MA POÉSIE ASSASSINÉE
(à suivre)
Qu'est-ce que j'ai contre la lecture en diagonale ?
J’enseigne la lecture rapide, pas la lecture en diagonale
Je n’enseigne pas la lecture en diagonale. La première chose que l’on me dit lorsque j’informe les gens que je donne un cours de lecture rapide, c’est : « Ah oui ! Lire en diagonale. »
Pourquoi, est-ce que je tiens autant à me démarquer de la lecture en diagonale ? C’est parce que la lecture en diagonale est inconsciemment associée au charlatanisme, au survol d’un texte, à l’absence de compréhension et de rétention et, surtout, au néant du plaisir de lire. Avec raison !
Alors qu’au contraire, la lecture rapide permet une meilleure compréhension, une meilleure rétention et un plus grand plaisir de lire.
Lire en diagonale = survol
Lire en diagonale, c’est lire à plus de 1000 mots/minute et j’ai amplement démontré dans mes chroniques que très peu de gens lisent confortablement à ces vitesses, et qu’il s’agit, dans les meilleurs des cas, de techniques de survol. Lorsque quelqu'un vous dit qu'il a lu un texte en diagonale, en fait il veut dire qu'il ne l'a pas lu, qu'il l'a tout simplement survolé.
Lire de 50 à 150 % plus vite
Mes objectifs sont plus modestes, mais plus réalistes : en arriver à lire entre 300 et 600 m/m. J’affirme que ces vitesses favorisent de façon optimum la concentration, la compréhension, la rétention et le plaisir de lire. Au contraire d’une lecture lente ou d’une lecture en diagonale.
Il faut savoir…
La majorité des gens lisent entre 200 et 250 mots/minute. C’est à peine plus rapide que la vitesse de la parole, qui est de 150 à 200 m/m. Il est considéré comme normal, par les spécialistes de la lecture, de lire silencieusement de deux à trois fois plus rapidement que l’on parle. De deux à trois fois 150 à 200 m/m, cela veut dire entre 300 et 600 m/m.
Lire trop lentement = ennui
Et qu’arrive-t-il lorsqu’on lit trop lentement ? Notre esprit est porté à vagabonder, il finit par s’ennuyer, par perdre le fil de ce qu’il lit et ainsi l’on perd concentration, compréhension et plaisir de lire. Le lecteur lent arrive à la fin et a oublié le début; il a saisi quelques détails et perdu de vue l’ensemble; ou il a pris beaucoup de temps à évaluer la pertinence d’un texte et il a consacré un temps fou à lire des choses inutiles.
Un lecteur efficace
La principale caractéristique d’un bon lecteur c’est sa flexibilité. Un bon lecteur s’adapte au texte, à ses besoins et aux circonstances. La lecture rapide, c’est plus que lire vite, c’est aussi des stratégies comme la lecture dynamique, la lecture sélective et l’écrémage qu’un bon lecteur se doit de maîtriser.
C’est maintenant officiel
Je suis invité par la Facultad de Psicología de l’Universidad Nacional Autónoma de México à offir un seminario sobre lectura rápida para 18 maestros de la Facultad.
Je suis également invité en tant qu’expert en lecture à travailler aux applications possibles d’un logiciel visant au développement de la compréhension en lecture chez les élèves du secondaire.
Je vais donc passer une bonne partie du mois de mars au Mexique. C’est malheureux, juste au moment où l’on commence à s’adapter aux rigueurs de l’hiver, qu’on a pris le rythme des tempêtes de neige, que l’on arrive au sommet de notre forme de pelleteur, je vais devoir tout abandonner pour m’exiler… Je vous remercie pour la compassion que vous me manifestez.
Est-ce que la lecture rapide s’applique aux romans ?
Pensez-vous que vous pourriez appliquer la lecture rapide à la lecture d’un roman ?
Je pose cette question à mes participants, généralement après deux heures de formation, après qu’ils aient été initiés à la technique de base et que j'aie commencé à entraîner leur vitesse de perception pour leur permettre de lire tous les mots plus rapidement.
La plupart du temps la réponse est unanime : NON !
Parfois, j’ai des participants qui réagissent très émotivement. Il y a des personnes qui ont une relation très intime avec la lecture. Pour eux lire, c’est un moment de détente privilégié, une rencontre unique, un délice pur. Je me souviens d’une participante qui m’avait dit : « Je performe toute la journée, alors une fois à la maison, je me coule un bon bain puis je m’installe pour savourer un bon roman, il n’est surtout pas question pour moi de gâcher mon plaisir en essayant de performer en lisant rapidement ».
Puis je leur explique. La principale caractéristique d’un bon lecteur, c’est sa flexibilité. Seuls les mauvais lecteurs lisent tous les livres de A à Z à la même vitesse. C’est ce qui explique d’ailleurs qu’ils aient une mauvaise concentration. Quand vous lisez un roman, ou quoi que ce soit d’autre, vous n’êtes jamais obligé de le lire à votre vitesse maximale d’un bout à l’autre. Vous le lisez à la vitesse qui vous convient. Celle qui est confortable pour vous et qui vous permet d’apprécier l’histoire. Toutefois, il est primordial de le lire avec la technique de base, le repère visuel, surtout au début pour acquérir l’habitude. Puis sans vous en rendre compte, vous allez vous mettre à lire plus vite, vous aller embarquer davantage dans l’histoire, vous aller avoir une meilleure concentration et une meilleure rétention, pour finalement avoir un plus grand plaisir de lire. Actuellement, vous avez très peu d’expérience en lecture rapide, il est trop tôt pour juger.
Pour moi, le plaisir de lire est le moteur à la base de la lecture.
À la fin de la journée, je leur repose la question. À ce moment, les participants ont pratiqué davantage, ils ont expérimenté la lecture dynamique, la lecture sélective et l’écrémage, qui leur permettent de comprendre qu’un bon lecteur est flexible, et surtout ils ont acquis beaucoup plus de confort avec la technique du repère visuel. Et bien, cette fois-ci la réponse est toute autre. Mais il n’y a pas d’enthousiasme. On comprend, on anticipe, mais il reste à le vivre par soi-même. C’est seulement dans les semaines qui suivent que les participants m’écrivent pour témoigner d’un plus grand plaisir de lire.
Depuis que j’enseigne la lecture rapide, j’ai fait beaucoup d’effort pour me démarquer de la fameuse étiquette de « lecture en diagonale » qu’on associe à la lecture rapide et qui grosso modo signifie survoler un texte pour en deviner le contenu sans aucun plaisir de lire. Je n’enseigne pas la lecture en diagonale. J’ai trop de respect pour la lecture. Pour moi, le plaisir de lire est le moteur à la base de la lecture. Même pour le rapport plate que vous êtes obligé de lire ! Vous en doutez... C'est que vous ne connaissez pas la lecture dynamique, la lecture sélective et l'écrémage.
Qu’est-ce que l’acte de lire ?
La collection Que sais-je a publié en 1995 un petit livre La lecture experte qui donne la définition suivante :
« Lire consiste à extraire de l’information visuelle à partir d’une page écrite afin de la comprendre. »
C’est même la toute première phrase du livre.
On pourrait simplifier l’énoncé en élaguant la partie descriptive et on aurait : LIRE, C’EST COMPRENDRE.
Depuis la fin des années 60, l’enseignement de la lecture met davantage l’accent sur la compréhension. Car on sait que lire, c’est plus que décoder des mots syllabe par syllabe.
Et c’est quoi comprendre ?
Comprendre, c’est dégager le sens.
Si vous entendez une blague et que vous ne la comprenez pas, vous ne la rirez pas. Vous ne serez pas capable de l’expliquer.
Si vous la comprenez : vous allez peut-être la rire; vous allez pouvoir la raconter en vos propres mots; vous allez être capable de l’expliquer, d’en dégager le sens, l’idée, le message.
Donc, lire, c’est chercher à dégager le sens. Ou plus simplement : LIRE, C’EST CHERCHER DU SENS*.
Conséquemment, lire ce n’est pas décoder syllabe par syllabe, mot par mot. Lire ce n’est pas non plus accumuler une liste de détails ou de faits. Lire c’est chercher des idées, c’est chercher le message…
Pour bien lire, il faut maintenir le C.A.P. C'est-à-dire, privilégier la Compréhension Avant la Précision. Négliger les détails pour saisir l’ensemble. Car nous retenons plus facilement les idées que les faits. Et paradoxalement, la maîtrise de l’ensemble nous aide à mieux retenir les détails.
Et quel est le meilleur moyen pour aller directement aux idées ? Eh oui ! Il s’agit d’aller vite. Comme le disait Alain : « Lire, c’est aller vite [ ] c’est négliger ce qui va de soi… » Au contraire de ce que bien des gens croient, la vitesse en lecture favorise la compréhension. Attention ! Ici, je parle de vitesse, mais de vitesse raisonnable, soit entre 300 et 600 m/m, soit de 50 à 150 % la vitesse du lecteur moyen dont la vitesse de lecture dépasse à peine la vitesse de la parole.
Bref :
1- Lire c’est chercher du sens, donc des idées.
2- Qu’une idée, ce n’est pas une suite de syllabes, ou de mots ou, encore, de détails ou de faits.
3- Que nous retenons plus facilement les idées que les faits ou les détails.
4- Donc que trop s’attarder aux détails fait perde de vue l’ensemble et nuit à la compréhension.
5- Et finalement, que lire rapidement favorise la compréhension.
* Cette définition, je l’ai reprise de Mme Jocelyne Giasson, une sommité dans l’enseignement de la lecture qui a formé deux générations de profs. Mme Giasson a été ma correctrice de thèse.
Comment avez-vous appris à lire ?
En commençant par reconnaître l’abécédaire. Puis en apprenant à distinguer les voyelles des consonnes, à unir les consonnes et les voyelles afin de former des syllabes simples, puis des syllabes complexes et finalement des mots entiers.
Ou peut-être avez-vous appris avec la méthode globale, ou mot-étiquette, qui commence par présenter des mots aux enfants, puis quand ceux-ci en connaissent un certain nombre, ils sont capables de différencier les syllabes qui les composent.
Mais lire, c’est plus que de reconnaître des mots ou les décoder.
Avez-vous déjà reçu ce message et avez-vous été capable de le comprendre ?
« Sleon une édtue de l'Uvinertisé de Cmabrigde, l'odrre des ltteers dnas un mot n'a pas d'ipmrotncae. La suele coshe ipmrotnate est que la pmeirère et la drenèire lrtete soenit à la bnnoe pclae. Le rsete peut êrte dnas un dsérorde ttoal et vuos puoevz tujoruos lrie snas porlblème. C'est prace que le creaveu hmauin ne lit pas chuaqe ltetre elle-mmêe, mias le mot cmome un tuot. »
Je ne crois pas qu’il s’agisse d’une étude récente de l’université de Cambridge parce que cela est connu depuis plus de 50 ans. La Gestalt s’est beaucoup penchée sur la capacité du cerveau humain de reconstruire des associations incomplètes.
Si malgré ces contraintes, vous avez réussi à comprendre ce texte, c’est que le bon lecteur reconnaît les mots globalement. Il ne décode pas les mots syllabe par syllabe, sauf s’il s’agit d’un mot nouveau.
De plus, le contexte, la maîtrise du sens général lui permettent d’anticiper les mots, les phrases et même tout le contenu du texte.
Êtes-vous capable de terminer la phrase suivante :
Ainsi que l’a dévoilé hier M. Jean Charest, premier ministre du ____.
Voilà, qui était facile. À moins que vous ne soyez un citoyen du Sri Lanka. Mais si vous êtes du Québec et avez plus de 16 ans, il est fort probable que la réponse vous est venue sans hésitation. Vous n’avez pas besoin de lire attentivement tous les mots pour comprendre une phrase. Encore moins toutes les syllabes.
Maintenant, aurez-vous autant de facilité avec la phrase suivante :
La respiration diaphragmatique par son action péristaltique permet une meilleure _____________.
Si vous êtes médecin, vous aurez anticipé qu’il s’agit ici de la digestion. La respiration diaphragmatique, c’est respirer par le ventre. Le péristaltisme, c’est des compressions successives qui permettent au contenu de l’intestin de progresser…
Passionnant, n’est-ce pas ?
Tout ça pour nous permettre d’y aller de quelques évidences.
Notre compréhension en lecture dépend de notre connaissance du vocabulaire. Si vous ne connaissez pas le latin et qu’un texte est truffé d’expressions latines, vous ne comprendrez pas.
Une question qui m’est souvent posée est : est-ce que cette technique est valable pour l’anglais ? Oui, si vous maîtrisez le vocabulaire anglais.
Il en va de même pour les textes techniques dans un domaine qui est nouveau pour vous. La lecture rapide vous permettra de lire plus rapidement et de mieux comprendre, mais elle ne vous enseignera pas l’anglais.
Ni la médecine.
Car votre compréhension en lecture dépend aussi de votre bagage de connaissance antérieure. Plus vous maîtrisez un sujet, plus il vous sera facile de le lire rapidement et de le comprendre.
Toutefois, la lecture dynamique vous permettra d'approcher les textes contenant de nombreux termes nouveaux et dont le sujet vous est peu connu, de façon beaucoup plus efficace.
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