Daniel Gagnon M.A. orthopédagogueCritique du programme de stimulations précoces de Glenn Doman
Dans ce reportage de la chaîne ABC (en anglais) sur les méthodes Doman, vous verrez Doman, sa fille Janet (maintenant responsable des instituts), des parents appliquant les méthodes de Doman avec leurs enfants, les commentaires d'un psychologue de renom s'opposant à ces méthodes.
Edward Zigler est le psychologue en question. Dans ce livre, il critique avec rigueur et pertinence la méthode Doman-Delecato. Cette méthode prétend traiter avec succès des enfants atteints de lésions cérébrales avec un programme intensif de stimulations. C’est en travaillant avec ces enfants que Doman, physiothérapeute, a développé son programme de stimulations précoces pour enfants normaux. Pour avoir travaillé deux mois aux Instituts de Glenn Doman, je peux vous confirmer deux des critiques apportées par Ziegler: refus de collaborer avec d'autres scientifiques et culpabilisation des parents. Sur le plan scientifique ils sont carrément paranoïaques, ils ne sont pas capables s'assumer le côté critique de la science, ils se croient les détenteurs de la vérité et à cet égard ils ont une mentalité de secte. Pour la culpabilité, les parents sont constamment menacés d'être rejetés du programme s'ils ne l'appliquent pas avec rigueur. J'ai vu des parents pleurés parce qu'on leur en demandait trop, des parents m'avouer qu'ils mentaient pour ne pas se faire sermonner et finalement j'ai vu une lettre adressée à des parents les menaçant de retirer leur ado du programme parce qu'il pesait deux livres de trop : oui, oui, deux livres de trop !
La stimulation précoce des enfants normaux
Dans le reportage de ABC, Ziegler affirme que le programme de stimulations précoces pour un enfant normal développé par Doman est inutilement stressant, car un enfant bien entouré d'une famille aimante avec des jouets et des livres autour de lui se développera de façon optimum. Chaque enfant a des goûts spécifiques et des talents propres qui se développeront bien si on l'encadre normalement. Inutile de culpabiliser les parents en leur laissant entendre qu’ils n’en font pas assez.
Remarquez que sa critique s’adresse au programme intensif. L’activité décrite dans ma chronique précédente ne demande qu’une à deux minutes par jour.
Ce qui me déçoit dans ce reportage, c'est qu'on n'ait pas pensé à rencontrer des adultes qui ont vécu ces programmes de stimulations étant enfants. Les méthodes de Doman ont maintenant 40 ans, on devrait pouvoir retrouver facilement des personnes qui sont passées par là. Je suis surpris d'ailleurs qu'il n'y ait pas d'études sur la question.
Si vous en connaissez ou si vous avez vécu vous-même un tel programme, n'hésitez pas à m’écrire ou à m’appeler pour m’en parler.
Comment apprendre à lire à son enfant d’âge préscolaire
(Ce vidéo est à titre indicatif des résultats possibles, il ne décrit pas la méthode)
Il s’agit d’un jeu qui doit rester un jeu. Vous pouvez, comme vous l’avez lu dans la précédente chronique, l’utiliser dès la naissance ou l’utiliser avec votre enfant de 10 ans qui a des problèmes de lecture.
C’est un texte que j’ai écrit pour une amie. Celle-ci a adapté la méthode à ses besoins. Elle m’a dit que son petit garçon de 18 mois adore ce jeu.
Voici ce que je lui ai écrit:
1- Écrit sur de gros cartons, 4 pouces par un pied (2X6 peut faire l’affaire), une trentaine de mots concrets et significatifs pour lui (sans majuscule) : maman, papa, son nom, le nom de gens qu’il connaît bien, de ses jouets préférés, de ses personnages préférés et finalement les parties de son corps qu’il reconnaît.
2- Tu lui en présentes 10, un après l’autre, très rapidement. Comme si tu lui présentais un jeu de cartes. La première carte est nommée et présenté une ou deux secondes, puis elle est mise à la fin du paquet, dévoilant la 2e carte. Et ainsi de suite. Le truc : ne pas prendre trop de temps, en 10 à 15 secondes tout doit être terminé.
3- Tu termines par un câlin, des embrassades et tu ranges les cartons dans un endroit inaccessible. C’est un jeu-récompense, tu dois être de bonne humeur et lui aussi. Tu peux le faire 3 fois dans la journée, mais une seule fois c’est très bien. Tu ne lui poses jamais de questions du genre : c’est quoi ce mot ?
4- Tu passes 3 jours avec les même 10 mots. Après trois jours, tu lui montres deux mots, maman et papa mettons, et tu lui demandes lequel est le mot maman. Et tu surveilles son regard. S’il regarde un peu plus longuement un carton, c’est suffisant comme réponse. Tu le fais avec quelques mots. Pas plus d’une vingtaine de secondes. Et très très important, tu exploses en câlin et en caresse à chaque bonne réponse. S’il se trompe, tu lui dis rapidement la bonne réponse et tu passes aux deux mots suivants.
5- 4e jour. Tu enlèves le mot qu’il reconnaît le plus facilement, probablement maman. Et tu le remplaces par un des 20 restants.
6- Chaque jour, tu enlèves un mot et tu le remplaces par un nouveau. Une fois ou deux fois par semaine, tu refais le test de l’étape 4.
7- Très important, les séances doivent être courtes, joyeuses et gratifiantes.
Après 30 jours, il connaîtra 30 mots et il sera officiellement, selon certains critères, un lecteur précoce. Quand tu seras presque rendu là, écris-moi, je vais t’expliquer comment passer aux verbes d’action puis aux phrases, puis à son premier livre.
Toute variante à ce protocole est sans conséquence. En d’autres mots, tu peux l’adapter comme tu veux. Mieux vaut faire quelque chose que rien du tout.
En principe, selon Doman, plus on commence jeune plus c’est facile. En fait, les recherches démontrent que la mémoire visuelle des poupons est phénoménale et qu’elle décline tout au long de la vie.
Un peu plus tard, elle a utilisé des mots avec des images, voici ce que je lui ai écrit :
Il vaut mieux ne pas utiliser d’images pour enseigner à lire, mais le faire est sans conséquence.Selon mes connaissances sur la mémoire : la mémoire lexicale (le mot écrit: sa forme et sa phonologie) est différente de la mémoire sémantique (le sens des mots). Les images développent davantage son vocabulaire, il apprend de nouveaux mots (mémoire sémantique). Les mots écrits seuls lui apprennent à lire. L’objectif n’est pas le même.
Donc si tu veux lui apprendre à lire, il faut des mots sans images, et utiliser des mots concrets de personnes ou de choses qu’il connaît très bien. Si tu veux lui apprendre de nouveaux mots (Doman dirait augmenter ses connaissances encyclopédiques), tu peux lui montrer plein d’images, même si les mots ne sont pas écrits, en lui nommant les choses, en quatre langues si tu veux. Toutefois, il faut toujours rester dans le concret. Tu stimules alors ses connaissances (sémantiques), son vocabulaire. Ce qui est la base de la connaissance.
N’hésitez pas faire connaître ce texte autour de vous ou à m’écrire pour me poser des questions.
Amusez-vous bien,
Daniel Gagnon
Apprentissage précoce de la lecture ou la nécessité d'accorder un suivi
Mon essai de maîtrise a porté notamment sur l’apprentissage précoce de la lecture. Dans le cadre de ma recherche, je me suis rendu à Philadelphie rencontrer Glenn Doman l’auteur du livre J’apprends à lire à mon bébé.
Glenn Doman prétend qu’on peut enseigner à lire aux enfants dès la naissance. Lorsque j’étais sur place, j’ai vu le petit-fils de Doman qui était alors âgé de six mois (oui, six mois pas six ans) et qui venait de passer à une émission de télévision où sa mère lui avait présenté, écrits sur de gros cartons en grosses lettres rouges, les mots « maman » et « papa ». Sa mère lui demandait lequel était « maman ». Et le petit bébé regardait du côté de « maman ». Elle lui présentait plusieurs mots comme cela et à chaque fois il les discriminait. On disait alors qu’il savait lire.
Disons que pour enseigner à lire dès la naissance, il faut être très déterminé et très persévérant. Car j’ai mis la méthode de Doman à l’épreuve. Je l’ai fait avec quelques jeunes parents que je connaissais qui avaient des enfants entre deux à cinq ans. Je leur ai acheté le livre (en fait, j’en ai acheté près de 300, la maison d’édition les soldait à deux dollars pièce). Je leur ai donné. Je leur ai expliqué la méthode. Je leur ai fabriqué le matériel. Et pendant deux mois, je les ai appelés toutes les semaines. J’ai même passé une fois les voir pour observer leur façon de procéder.
Malgré tout, après deux mois, il y en avait la moitié qui n’avait pas commencé. Ils disaient que cela ne serait pas bon pour leurs enfants, que cela en ferait des singes savants, qu’ils s’ennuieraient une fois à l’école.*
L’autre moitié a été ravie des résultats. Certains parents me parlaient de déblocage. Une mère m’a dit que son fils était plus curieux, qu’il posait plus de questions, même sur des notions abstraites. Une autre m’a dit que son fils parlait mieux.
Il reste que lorsque j’ai cessé de les appeler, ils ont tous arrêté. Pas un seul n’a continué.
La morale de cette histoire : pour acquérir de la discipline dans l’application d’une nouvelle méthode, il faut être accompagné. C’est pourquoi j’accorde un suivi dans le mois qui suit mon séminaire.
J’envoie cinq courriels et j’appelle tous mes participants au moins une fois. Le lendemain de la formation, j’envoie un courriel pour rappeler les techniques vues. Puis chaque semaine, quatre semaines de suite, j’envoie des tests et des rappels pour permettre aux participants de suivre leurs progrès. L’appel survient généralement dans le début de la 2e semaine suivant le séminaire (entre le 2e et le 3e courriel). Ce sont les contacts que je m’engage à entreprendre. Quant aux participants, ils peuvent m’appeler ou m’écrire autant de fois qu’ils le souhaitent, je m’engage à répondre à toutes les questions qui me sont soumises.
*(J’ai toujours été bouche bée devant ce genre de commentaire. Expliquez-moi : comment savoir lire avant six ans peut-il nuire au développement de l’enfant ? Doit-on priver nos enfants d’apprentissage parce qu’ils risquent de s’ennuyer à l’école ? Les érudits sont-ils des singes savants ? Bien sûr ! L’être humain est un singe savant…)
Prochaine chronique : Comment enseigner à lire à son bébé sans le traumatiser pour la vie, sans en faire un singe savant et sans qu’il s’ennuie à l’école plus tard…
La dyslexie et autres difficultés d’apprentissage de la lecture (suite)
Mme Jocelyne Giasson nous disait, à l’époque où je l'avais comme professeure il y a plus de vingt ans, que 90 % des cas de difficultés d'apprentissage en lecture sont réglés lorsqu’on donne aux élèves des textes qui sont significatifs pour eux, c'est-à-dire qui correspondent à leur connaissance du vocabulaire, à leur bagage de connaissances et à leurs intérêts.
Voici ce qu’elle écrivait dans un article faisant le bilan des recherches sur les interventions auprès des élèves en difficultés :
Offrir des textes completsD'après le modèle socio-constructiviste, l'apprentissage se réalise lorsque l'enfant est devant une tâche complète et significative, une tâche dans laquelle il peut contribuer à la construction du sens avec l'aide d'un participant plus avancé. Malheureusement, les élèves en difficulté de lecture n'ont pas souvent l'occasion d'écouter et de lire des textes intéressants et substantiels: on les limite souvent à des exercices sur des habiletés isolées ou on leur propose des extraits de textes. Les élèves en difficulté, au contraire, ont besoin d'occasions fréquentes d'être engagés activement dans la construction et l'interprétation de textes entiers. Des expériences ont montré que les élèves en difficulté fonctionnent très bien à l'intérieur de cercles de lecture dans lesquels ils ont à discuter avec leurs pairs, non pas de paragraphes, mais d'un roman entier (Perreault et Giasson, 1996).
http://www.acelf.ca/c/revue/revuehtml/25-2/r252-05.html
Lire c’est chercher du sens. Vous n’arriverez à rien de bon en faisant des exercices ennuyeux, avec des textes ternes, dans des livres « plates ».
La dyslexie et autres difficultés d’apprentissage de la lecture
Lorsqu’un parent me demande, dans le cadre de mon séminaire de lecture rapide, des conseils ou des exercices à faire avec son enfant en difficulté de lecture, je leur réponds de travailler le plaisir de lire. De ne pas se préoccuper de la mécanique de la lecture.
Il faut trouver des livres qu’il aime et l’en gaver. Il faut lire les mêmes livres que lui et échanger avec lui. Lui faire la lecture s’il le souhaite. Cela peut-être des magazines, des manuels si c’est cela qui l’intéresse. Si votre enfant est maniaque du skate-board, achetez-lui des revues en anglais sur le sujet, vous serez surpris de le voir se forcer à apprendre l’anglais pour mieux les comprendre. Vous pourrez l’aider à les traduire.
Il ne fait que regarder les images ! C’est déjà un acte de lecture. C’est une amorce. Le goût de la lecture cela se construit. Ne soyez pas négatif et misez sur de petits gains constants. Trop de parents méprisent les goûts de leur enfant.
Si vous pouvez, constituez un mini-club de lecture tournant autour de ses intérêts avec les autres membres de la famille et même ses amis. Hier, une participante à mon séminaire me disait que sa fille, qui a des problèmes de dyslexie, adorait lire une série de livres pour enfants et qu’elle pouvait en parler avec enthousiasme à sa jeune sœur. Mais je la laisse raconter son histoire :
C'est effectivement ma fille Cynthia de 8 ans (3e année) qui a de légers problèmes de dyslexie. Son problème ne se manifeste pas seulement au niveau de la lecture, mais aussi au niveau de l'écriture, de l'expression orale et de son orientation dans l'espace.J'ai enfin réussi, en août, à trouver une collection qu'elle aime: (les fées du club WinX de la bibliothèque Rose). Elle est déjà rendue à son 8e volume...
Quand ma plus jeune (6 ans, 1re année) a réalisé l'intérêt de sa soeur pour ces livres, elle m'a demandé de les lui lire le soir à la place des autres livres habituels.Parfois quand je fais la lecture à ma plus jeune, Cynthia arrive dans la chambre en disant des choses du genre : « N'aie pas peur Andrée-Anne, dans le prochain chapitre il va y avoir des araignées gluantes, mais les WinX vont les vaincre ». Et c'est effectivement un ou deux chapitres plus loin qu'on voit apparaître les araignées...
Eve-Lyne Paquet
Un enfant dyslexique qui lit avec autant de plaisir est, à mon avis, sur la bonne voie pour contourner son problème.
La semaine prochaine, je vous parle de ce qu'en dit Mme Jocelyne Giasson, sommité dans le domaine de l'enseignement de la lecture.
Pourquoi il ne faut pas reprendre un enfant qui lit lorsqu’il se trompe ?
Voici un témoignage :
Allo Daniel,
Simplement pour vous dire que j’ai apprécié votre conseil… je ne reprends plus ma fille quand elle me fait la lecture et depuis, elle a fait énormément de progrès. Elle apprécie tellement qu’elle me fait la lecture chaque soir. La vie est belle!
Au plaisir,
J. H.
Dans ma chronique du 30 janvier, Les enfants et le goût de lire, j’affirmais : « Il faut éviter de corriger l’enfant quand il se trompe, le laisser lire à sa manière, lentement, sans intervenir, même s’il ne dit pas le bon mot. »
Pourquoi ?
En orthopédagogie, il arrive de rencontrer des enfants qui ont perdu confiance en leur capacité de lecteur, qui sont extrêmement anxieux face à une tâche de lecture, et par conséquent n’ont aucun plaisir à lire. Et lorsqu’on approfondit leur cas, on s’aperçoit que souvent le problème provient d’un tuteur trop minutieux qui exige que l’enfant lise en articulant correctement chaque syllabe de chaque mot. Chaque erreur leur vaut une reprise.
Il faut savoir que lire ne consiste pas à décoder, à reconnaître les mots syllabe par syllabe. On sait depuis plus de 40 ans que les bons lecteurs, qui sont d’excellents décodeurs, décodent rarement, car ils reconnaissent les mots globalement. C’est le paradoxe du bon lecteur.
Prenez le texte suivant :
« Le gouverneur de Californie, M. Schwarzenegger amorce aujourd’hui sa visite de la ville d’Arkhangelsk au nord-ouest de la Russie. Le maire d’Arkhangelsk a accueilli l’ancien acteur avec chaleur et courtoisie. »
Si vous êtes un bon lecteur et que vous aviez déjà entendu parler du « governator », vous avez dû reconnaître son nom en un seul coup d’œil, malgré sa complexité, sans vous attarder à chaque syllabe. Par contre, vous avez dû ralentir pour bien décoder le nom de la ville ou peut-être, si ce nom vous importait peu, l’avez-vous négligé. Quoi qu’il en soit, à la deuxième apparition du mot « Arkhangelsk », surtout si vous vous étiez arrêté pour bien le décoder la première fois, vous avez dû le reconnaître globalement. C’est ce que font les bons lecteurs, ils reconnaissent les mots globalement grâce à leur mémoire idéographique.
Donc lire ce n’est pas juste décoder. En fait : lire, c’est chercher du sens. (Pour en savoir plus, je vous réfère à ma chronique : Qu’est-ce que l’acte de lire? )
Les bons lecteurs vont aussi chercher à anticiper. Ils vont chercher à anticiper le mot suivant, la phrase qui vient et même tout le contenu du texte. Il ne s’agit pas ici de deviner, mais à la manière scientifique de faire une hypothèse sur le contenu et d’aller la vérifier.
L’anticipation est un élément clé de la compréhension. Dans ma chronique, Comment avez-vous appris à lire?, j’aborde cette question plus en détail.
“Comme lire c’est chercher du sens, si l’enfant a anticipé correctement le sens, même si ce n’est pas le bon mot, c’est très bien : il comprend. Le corriger revient à l’amener à régresser.”
Là où je veux en venir, c’est que lorsqu’un enfant lit et qu’il se trompe de mot, mais que le mot a du sens dans le contexte, il ne faut surtout pas le corriger en lui disant qu’il n’a pas lu le bon mot et qu’il doit relire. Comme lire c’est chercher du sens, si l’enfant a anticipé correctement le sens, même si ce n’est pas le bon mot, c’est très bien : il comprend. Le corriger revient à l’amener à régresser. À mettre l’accent sur le décodage. Alors qu’anticiper le sens est une très bonne stratégie de lecture.
Qui plus est…
Si l’enfant se trompe de mot et que le mot ne fait pas de sens dans le contexte : ON NE LE CORRIGE TOUJOURS PAS. Car s’il comprend ce qu’il lit, il s’en rendra compte et se corrigera de lui-même. S’il continue sans se corriger : c’est signe qu’il ne comprend pas ce qu’il lit, ou pas très bien. C’est signe que le texte est trop difficile pour lui. Il vaut mieux utiliser des textes plus faciles ou travailler son anticipation. Mais ce n’est pas en le ramenant au décodage qu’il va améliorer sa fluidité de lecture et sa compréhension.
Peut-on étendre ce conseil à d’autres aspects de l’éducation d’un enfant ?
Mets-en !
Les enfants et le goût de lire
Bonjour M. Gagnon,Ma fille a 7 ans et son débit de lecture est lent, donc elle n’aime pas lire.
Avez-vous des trucs ou des conseils (des livres) qui pourraient nous aider à lui donner le goût de la lecture ?Merci !
J.G.
Bonjour, Madame Gagné,
Le spécialiste au Québec en ce qui concerne le goût de lire pour les enfants, c’est Yves Nadon. En cliquant sur ce lien, vous trouverez des textes, des extraits audio d’une conférence et la référence de son livre.
Yves Nadon
M. Nadon m’a enseigné lorsque j’étais étudiant en orthopédagogie à l’Université de Sherbrooke et c’est un de ces enseignants qui vous marquent pour la vie. M. Nadon défend avec passion et beaucoup de pertinence son approche heuristique de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture.
Voici en gros ce que j’ai retenu de son enseignement en ce qui concerne le plaisir de lire.
Être un modèle lecteur
Il faut être soi-même un modèle en lisant beaucoup devant votre enfant. Cette idée est maintenant appuyée par une importante étude. Dans le livre Freakonomics, l’auteur parle d’une recherche statistique qui démontre une corrélation très forte entre la présence de livres à la maison et la réussite scolaire. C’est même un facteur plus grand que de faire la lecture à l’enfant ou de l’amener au musée.
Éviter les manuels scolaires plates, lire de vrais livres
Il faut découvrir avec lui l’extraordinaire richesse de la littérature enfantine. Il y a même une époque où j’entrais dans des librairies pour montrer à des amis des livres pour enfants que je trouvais particulièrement géniaux. Un livre écrit comme un reportage journalistique qui raconte le point de vue du Gros méchant loup dans l’histoire des trois petits cochons; La belle lisse poire du Prince de Motordu aux calembours involontaires, etc…
Anticiper
Avant de lire un livre, parcourez-le, regardez les images, lisez une phrase ou deux qui vous attirent. Puis reprenez au début. Cela le familiarisera avec le texte, lui permettant d'anticiper l'histoire et le motivera à lire tout en facilitant sa compréhension. Comme pour une bande annonce de film.
“Bref, évitez que ce soit laborieux. La lecture doit être un pur plaisir.”
Ne pas stresser l'enfant
Il faut éviter de corriger l’enfant quand il se trompe, le laisser lire à sa manière lentement, sans intervenir, même s’il ne dit pas le bon mot. L’aider discrètement lorsqu’il bute sur un mot difficile en le lui disant. Lire à sa place, s’il le souhaite. S’il est capable de lire silencieusement, le faire lire silencieusement puis échanger avec lui sur ce qu’il a aimé et sur ce que vous vous avez aimé. Laissez à l’école le soin de s’occuper de la mécanique de la lecture. Bref, évitez que ce soit laborieux. La lecture doit être un pur plaisir. Et soyez patient, vous en avez pour longtemps.
J’ajouterais :
Il est bon de lire avec un guide, c'est-à-dire avec le doigt ou un crayon, cela favorise la concentration et la vitesse.
Pour travailler la vitesse, amusez-vous parfois à lire le plus vite possible sans vous préoccuper de la compréhension.
Bonnes lectures,
Daniel Gagnon
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