Séminaires de Lecture Rapide - Daniel Gagnon

Daniel Gagnon M.A. orthopédagogueDaniel Gagnon M.A. orthopédagogue

Aller plus loin en lisant plus vite!

Lisez et comprenez plus vite, soyez plus concentré et plus efficace, gagnez du temps !

L'intégralité de :


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Quatrième de couverture
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À PROPOS DE L'AUTEUR, Daniel Gagnon


Table des matières

Avant-propos

Introduction

Si l’enfant a des problèmes de lecture
Si votre enfant apprend au rythme de sa classe
Si votre enfant est surdoué

Première étape : Apprendre à lire avec un pointeur

1) Une révolution dans l’enseignement de la lecture

2) Comment présenter et utiliser le pointeur?

3) Pourquoi est-il plus efficace de lire avec un pointeur?

4) Pourquoi notre œil cesse-t-il de se déplacer en saccades lorsqu’il suit le pointeur?

5) Avis aux professionnels de l’éducation

6) Réponses aux questions souvent posées


1- Comment utilise-t-on le pointeur sur un écran?
2- Que faire si je trouve que lire avec un pointeur nuit à ma concentration?
3- Dans les choix suivants, lesquels sont préférables?
4- L’utilisation d’un pointeur est-ce uniquement une étape temporaire?
5- Pourquoi faut-il toujours lire avec un pointeur?
6- Si je veux juste lire pour me détendre, pourquoi chercher à être efficace?
7- Pourquoi risquer de perdre mon plaisir de lire en cherchant à lire vite?
8- Comment lit-on avec un pointeur dans le bain ou au lit?
9- Moi j’aime profiter du style de l’auteur et m’attarder à chaque mot pour les savourer.
10- En devant toujours lire avec un pointeur n’y a-t-il pas le risque de devenir dépendant d’une béquille?

Deuxième étape : Développer compréhension et plaisir de lire

7) La compréhension

8) Comment développer le vocabulaire et les connaissances de votre enfant?

9) Être un modèle-lecteur

10) Que faire si vous n’aimez pas lire?

11) Développer la passion de lire de votre enfant

Troisième étape : La fluidité et la vitesse

12) Qu’est-ce que la fluidité?

13) Qu’est-ce qui distingue fluidité et vitesse?




Quatrième étape : Développer les prérequis à la fluidité (la lecture guidée)

14) Que faire lorsque votre enfant bute sur un mot ou se trompe de mot? (En situation de lecture pour le plaisir.)

15) Assurer la compréhension et la mémoire à long terme

16) Travailler les graphèmes problématiques

17) Comment développer compréhension et fluidité en anticipant?

Cinquième étape : Comment entrainer la vitesse?

18) Travailler la vitesse de lecture

19) Entrainer la vitesse

20) La rétention (développer la mémoire à court terme)

Conclusion

À VENIR

Remerciements
Bibliographie
Annexe 1 : Témoignage : visez 300 ou 1000 m/m?
Annexe 2 : Former un club de lecture. Comment faire lire les élèves en groupe?
Annexe 3 : Suggestions de chansons à suivre en groupe


Aux élèves du programme PROTIC du Collège des compagnons qui ont été les pionniers de cette méthode.


Si vous désirez vous procurer ce livre, c'est ici!


AVANT-PROPOS


Des parents découvrent avec surprise que leur enfant

a développé la passion de la lecture

J’enseigne depuis 1997 la lecture rapide aux adultes. Je leur apprends non seulement à lire plus vite, mais également à mieux comprendre et à mieux retenir les idées lues. Je leur montre aussi à gagner du temps en allant rapidement à l’essentiel d’un texte. Beaucoup de mes participants doublent ainsi leur vitesse de lecture. Voici quelques-uns des commentaires que je reçois en fin de formation : « Surprenant! » « Tout le monde devrait suivre ce cours! » Mais surtout cette question : « Pourquoi est-ce qu’on n’enseigne pas cela à l’école? »

En réalité, le quart de ce que j’enseigne dans ce cours aux adultes est déjà enseigné au primaire, car il s’agit principalement de techniques pour mieux comprendre. En substance, il s’agit de survoler un texte avant de le lire afin d’anticiper le contenu ce qui favorise la compréhension lorsque le lecteur entreprend sa lecture.

Pour le 75 % restant, il s’agit de développer sa vitesse et d’aller à l’essentiel. Je donnerai davantage de détails à ce sujet à l’étape 3. Pour l’instant, disons qu’il existe des réticences à l’encontre des exercices de vitesse. On craint, et avec raison, que cela se fasse au détriment de la compréhension. Tandis qu’aller à l’essentiel implique de sauter des pages. Cela demande une capacité de synthèse et une maturité que les enfants n’ont pas. Le risque est grand de se retrouver avec des enfants qui tournent allègrement les pages et se montrent très heureux de dire qu’ils viennent de lire un livre… en deux minutes! J’ai donc toujours été très réticent de faire la promotion auprès des élèves des techniques que j’enseigne aux adultes.

Jusqu’à ce qu’en 2007, je reçoive une demande d’information d’une chercheuse de l’Université de Mexico, Mme Araceli Otero qui travaillait alors à la conception d’un logiciel pour aider les jeunes Mexicains à mieux lire. Elle voulait en savoir davantage sur ma méthode. À l’époque, j’avais mis sur papier tout le contenu de mon cours et je lui ai envoyé ce texte. À l’aide de cette documentation, et de son fils informaticien, Mme Otero a développé le logiciel « lectura intelligente ».

Cette collaboration — et, j’imagine, mon expertise — m’a valu d’être invité en 2008 par l’Universidad Nacional Autónoma de México. Sur place, j’ai rencontré des élèves de tous les âges. J’ai effectué avec eux différents exercices de vitesse adaptés à leur niveau. J’ai aussi donné ma formation à un groupe de décideurs en éducation. L’évènement déterminant de ce séjour fut de voir les résultats des élèves entrainés à la « lectura intelligente ». Certains lisaient aussi vite que moi. Du coup, j’ai réalisé que les adolescents pouvaient bénéficier de ces techniques.

C’est alors que j’ai décidé de concevoir pour les élèves du secondaire le cours de lecture efficace en ligne, LIREMIEUX.CA. Lancé en 2013, il devait s’adresser au départ aux meilleurs élèves de 15 ans et plus. Toutefois, l’expérience nous a démontré que les plus jeunes et les élèves ayant des problèmes de lecture en bénéficiaient également, notamment, grâce à l’encadrement que permet l’application. Il inclut un tableau de bord permettant de suivre la progression des élèves. Les qualités pédagogiques de LIREMIEUX.CA font qu'il est aussi très apprécié des adultes.

Puis, au début mai 2013, j’ai reçu ce courriel d’une institutrice de Château-Gontier en Mayenne, Mme Élisabeth Meignan :

Bonjour, Daniel, J’ai participé au stage de lecture efficace du 5 décembre dernier.

Enseignante en CE1, je trouve que mes élèves ont énormément progressé en lecture cette année, même les enfants en grande difficulté de lecture se sont bien accrochés.

Les techniques que tu nous as proposées et sans doute également la motivation de ma part ont été très bénéfiques.

Élisabeth

À la fin mai, Élisabeth a récidivé :

Bonjour, Daniel,

Je continue de motiver mes élèves à la lecture efficace et j’avoue que je suis très contente de leurs progrès. Le réflexe du pointeur est pratiquement acquis pour l’ensemble des élèves, il me reste encore un peu de temps d’ici la fin de l’année pour que ça le soit pour tout le monde! Je constate que les plus réticents à utiliser le pointeur sont de bons élèves, de très bons lecteurs.

Ce qui m’a le plus impressionné au cours de cette année, ce sont les enfants en difficulté qui ont acquis le goût de la lecture. Il y a encore du chemin à faire, mais c’est un bon début! Le fait de continuer à lire sans bloquer sur les mots difficiles est une très bonne technique, même si cela ne se met pas en place tout de suite, car c’est un peu déroutant.

Élisabeth

Puis finalement, le 30 juin, j’ai reçu ce dernier courriel :

Bonjour, Daniel,

Un de mes objectifs de fin d’année est atteint pour mes élèves : chacun de mes 28 élèves utilise le pointeur. (Il a fallu être tenace pour quelques-uns, les 3 meilleurs lecteurs de la classe!) De plus, ils ont tous bien progressé en rapidité, en compréhension de lecture et surtout : ils ont tous le goût de lire. De nombreux parents viennent me dire leur étonnement pour cette nouvelle passion.

En tout cas, je suis très contente d’avoir travaillé efficacement la lecture avec mes jeunes élèves cette année, et je suis sûre qu’il y a encore des choses à améliorer.

Élisabeth.

Ce dernier mot m’est allé droit au cœur. Plus tard, j’ai su que le tiers des parents lui ont dit des choses comme :

« Il me demande d’aller à la bibliothèque! »
« On la surprend à lire dans le salon! »
« Pour cadeau, il a demandé à recevoir des livres! »

Grâce à cette institutrice des Pays de la Loire, à plus de 5000 kilomètres de chez moi, je venais de réaliser qu’une simple technique pouvait révolutionner notre façon de lire et d’enseigner la lecture. J’avais maintenant une mission : écrire le présent livre.


Élisabeth Meignan vous raconte son histoire

INTRODUCTION


Qu'il soit surdoué ou en difficulté, votre enfant profitera

de cette méthode, voici cependant ce qu'il faut savoir.

Je reçois fréquemment des appels de parents qui veulent aider leur enfant à mieux lire. Surtout des mères pour les plus jeunes, mais une part grandissante de pères pour les plus grands. Le plus souvent, leur enfant a des difficultés de lecture ou est simplement en bas de la moyenne. Toutefois, de plus en plus de parents souhaitent permettre à leur enfant de progresser plus rapidement. Ils veulent qu’il profite des meilleures techniques pour qu’il puisse aller plus loin. Ce livre s’adresse à tous ces parents qui souhaitent que leur enfant aime lire et lisent mieux, quelles que soient leurs habiletés de lecture.

1- Si l’enfant a des problèmes de lecture

Si l’enfant a des problèmes de lecture, vous avez probablement reçu un certain nombre de conseils comme :

• lui faire régulièrement la lecture,
• le guider lorsqu’il lit,
• l’encourager à lire seul.

Nous réviserons ces stratégies de façon plus spécifique. Nous verrons ce qui peut expliquer les difficultés de l’enfant. Nous reviendrons sur des recommandations qui semblent avisées, mais qui au contraire contribuent au problème. Et bien entendu, nous irons plus loin.

Il se peut que l’enfant soit suivi par un spécialiste parce qu’il prend du retard. Les exercices prévus dans ce livre ne peuvent qu’aider. Il faudra toutefois faire bien attention de ne pas confondre l’enfant en y allant de conseils contradictoires. Les principales recommandations contenues dans ce livre sont innovatrices et peu connues des enseignants et des professionnels. Je pense notamment à l’utilisation d’un pointeur et aux exercices de vitesse. Dans le cas du pointeur, le chapitre 5 s’adresse directement à eux et il vous est suggéré de leur soumettre. Bref, nous vous recommandons fortement de leur montrer ce livre et d’en discuter avec eux, c’est en fait primordial.

Si vous craignez que les professionnels qui s’occupent de votre enfant rejettent les recommandations de ce livre

D’une part, cela peut se justifier par la nécessité de terminer ce qui a été commencé. Si l’enfant bénéficie d’un plan d’intervention, il est raisonnable de souhaiter qu’il suive son cours. Il ne faut pas confondre l’enfant par trop de consignes ou alourdir les programmes en place. Il y a risque de surcharger l’enfant. La volonté est comme un muscle, elle s’épuise. Toutefois ces risques sont minimes, même s’ils sont réels.

D’autre part, si c’est parce que vous craignez leur manque d’intérêt ou leur scepticisme, une discussion ouverte est souhaitable. Un sain scepticisme est toujours approprié pourvu qu’on accepte de suspendre son jugement et d’examiner les faits. Un manque d’intérêt est regrettable, mais peut être contourné par votre enthousiasme ou du moins votre conviction.

Quoi qu’il en soit, je vous suggère de bien écouter les professionnels impliqués (enseignant, orthopédagogue, orthophoniste, direction) et de chercher à comprendre leur point de vue. Si malgré leur avis vous pensez toujours que les recommandations de ce livre sont opportunes et que vous avez quand même l’intention de les mettre en pratique, reformulez en vos propres mots leurs arguments. Le but est de leur montrer que vous avez bien compris leur opinion et que vous la respectez. Dites-leur que vous avez quand même l’intention de mettre en pratique les consignes de ce livre. Mais empressez-vous d’ajouter que vous souhaitez obtenir leur avis sur les façons de les appliquer sans que cela vienne en contradiction avec les consignes que l’enfant recevra à l’école. Car par-dessus tout, il faut éviter de confondre l’enfant et il vaut mieux terminer ce qui a été commencé avant d’entreprendre une nouvelle approche. Mais je vous le répète, ces risques sont minimes.

Les avantages pour les enfants ayant des difficultés

La bonne nouvelle, c’est que les enfants en difficultés sont ceux qui bénéficieront le plus des conseils de ce livre. Beaucoup verront leur vie changer notamment en découvrant l’amour de la lecture. De plus, ce sont également ceux qui adhèrent le plus facilement à la technique de base, l’utilisation d’un pointeur. Principalement parce qu’ils voient très rapidement ce qu’apporte le pointeur : meilleure concentration et rythme de lecture soutenu.

Toutefois, il y a une réserve : il n’existe aucune approche qui convienne à 100 % des élèves. Parfois, ce n’est qu’une question de circonstances. Il suffit alors d’attendre que celles-ci changent. Comme l’approche est simple, réessayer ne coûte rien. Cette seconde fois les résultats seront peut-être au rendez-vous.

2- Si votre enfant apprend au rythme de sa classe

Votre enfant progresse bien, son enseignant ne signale aucun problème. Il ne montre aucune réserve à lire à l’occasion, mais il ne montre aucun enthousiasme non plus. Recevoir un livre en cadeau ou aller à la bibliothèque ne cause pas non plus une réaction de réserve ou d’enthousiasme. Vous le surprenez parfois, mais rarement, à lire un livre seul. Bref, c’est un lecteur moyen; il est représentatif de la majorité des élèves que l’on retrouve dans nos écoles.

Je vous recommande chaudement d’appliquer les conseils, les techniques et les exercices contenus dans ce livre, il en profitera grandement. Un jour, vous vous direz que c’est le meilleur investissement que vous ayez fait dans votre vie.

Votre défi sera d’assurer la persévérance de l’enfant dans l’application de la technique de base, l’utilisation d’un pointeur. Pour ce faire, vous devrez être un modèle-lecteur, c’est-à-dire que vous devrez aussi lire avec un pointeur. C’est un défi intéressant, celui de changer vos habitudes de lecture en même temps que l’enfant. Qui plus est, comme vous lisez depuis beaucoup plus longtemps que lui, eh bien, vous aurez à travailler plus… Ici, le mot clé, c’est « empathie ». Vous vivrez ce qui est souvent exigé de l’enfant : se dépasser en acquérant de nouvelles habitudes. Vous partagerez avec lui ses efforts et ses difficultés. C’est un combat constant contre soi-même qui définit une compétence phare du succès dans la vie, le contrôle de soi.

Informer l’enseignant et les personnes influentes

Outre les parents, il y a beaucoup d’autres personnes qui ont de l’influence sur les enfants. Il y a, bien entendu, la famille immédiate: frères, sœurs, grands-parents. Il y a aussi ses amis, ses camarades de classe, mais surtout, son enseignant. Comme vous changerez les habitudes de lecture de votre enfant, vous devrez impliquer ce dernier. Vous devrez lui montrer ce livre et lui faire lire le chapitre 4 qui lui est adressé.

Je vous suggère de vous faire le promoteur de cette méthode auprès des autres personnes significatives de son entourage. Il ne s’agit pas de convaincre, mais de sensibiliser aux avantages de cet outil. Il faut que les gens qui le voient lire avec un pointeur comprennent pourquoi il agit ainsi. Finalement, malgré tout, s’il reste le seul à lire avec un pointeur, vous pourrez le valoriser pour sa persévérance. Il aura démontré une plus grande détermination que les autres, c’est une réussite dont il pourra être fier.

3- Si votre enfant est surdoué

La directrice du Collège des Compagnons, Mme Danielle Grenier, a déjà dit de l’application www.liremieux.ca (un cybercours sur la méthode du pointeur) : « Enfin un outil pour les élèves qui vont bien! » Toutefois, cet outil s’accompagne d’une bonne et d’une mauvaise nouvelle. Commençons par la mauvaise.

Les bons lecteurs sont plus réticents à changer leurs habitudes de lecture. Ils aiment lire. Leur façon de lire leur procure une entière satisfaction. Pourquoi changer? Pourquoi s’embarrasser d’un pointeur et se fatiguer à le déplacer sur une page avec tous les inconvénients que cela amène : fatigue musculaire, obligation de créer une nouvelle habitude et de traîner un pointeur? Pourquoi, alors qu’ils jouissent déjà du plaisir de lire, risquer d’altérer ce plaisir? La réponse est dans la bonne nouvelle.

La bonne nouvelle : des résultats parfois prodigieux

D’un point de vue absolu ou mathématique, votre enfant est susceptible d’être celui qui bénéficiera le plus de cette approche. Prenons le cas fictif d’un enfant en difficulté, Lila, qui lit à 100 mots à la minute (m/m) avec 60 % de rétention. Supposons que Lila réussit à doubler sa vitesse de lecture en lisant un texte à 200 m/m, tout en réussissant à atteindre 80 % de rétention. Sa vitesse nette (vitesse multipliée par la rétention) est passée de 60 à 160, un progrès de 166 %. Sa vie sera changée, elle découvrira le plaisir de lire. Il est beaucoup plus agréable de lire avec fluidité que de lire laborieusement. À la longue, sa rétention va s’améliorer, car elle lira plus et développera ses compétences en lecture. Bref, on a une belle histoire qui se termine comme un conte de fées.

Prenons maintenant le cas réel d’un lecteur surdoué, Charles-André , 13 ans, qui au départ était déjà un lecteur rapide. Il a lu le prétest du cours liremieux.ca à 400 m/m avec 80 % de rétention, et il a terminé le cours en complétant trois tests à la vitesse de 750 m/m avec la même rétention. Sa vitesse nette est passée de 320 à 600 m/m. En pourcentage, il a progressé de 88 %. Presque deux fois moins que le résultat obtenu par Lila. Toutefois, en terme absolu, sa vitesse nette a progressé de 280 m/m, soit 2.8 fois plus que Lila. Si en pourcentage, les progrès de Lila sont supérieurs; en terme absolu, Charles-André a gagné 180 m/m de plus que Lila. Ils ont tous les deux fait un bond important. Lila, qui était une lectrice extrêmement lente, a joint le groupe des lecteurs moyens. Sa vie et son rapport à la connaissance seront transformés. Quant à Charles-André, il est maintenant un lecteur prodige, il n’y en a qu’un sur 1000. Son potentiel est décuplé. C’est le genre de progrès qui comble la différence entre un bon joueur et un joueur des grandes ligues.

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Combattre la peur du changement

Malheureusement, ce ne sont pas tous les surdoués qui connaissent des progrès aussi spectaculaires et deviennent des lecteurs prodiges. En fait, beaucoup ne progressent pas ou connaissent des progrès mineurs. On peut supposer que pour certains c’est parce qu’ils sont déjà au maximum de leur capacité. Mais j’ai surtout vu des enfants qui ne souhaitent pas changer leur façon de lire. Une explication parmi d’autres, c’est que ce serait causé par un état d’esprit dominé par la peur des défis. Les défis menaceraient leur statut d’élève intelligent. Si vous craignez que ce soit le cas pour votre enfant, je vous invite à lire «Récompenser l’effort» au chapitre 14.

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Charles-André et moi avons participé à une émission de télévision et à une émission de radio pour parler de la méthode du pointeur lors du lancement de la plate-forme LIREMIEUX.CA.

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Si vous souhaitez introduire votre enfant aux bases de la lecture rapide, il est impératif d'apprendre vous-même la lecture rapide. Il faut prêcher par l'exemple. Le chapitre 9, «Être un modèle lecteur», explique en détail pourquoi. Je vous invite à vous inscrire maintenant au cybercours LIREMIEUX.CA; vous vivrez une expérience transformatrice en développant des habiletés avancées de lecture. Il est rare d’avoir l'opportunité de progresser autant en si peu de temps dans un domaine aussi fondamental que la lecture. Et pour un moment, vous serez au diapason de votre enfant en vivant les mêmes apprentissages. De plus, il n'y a aucun risque, la formation vient avec une garantie de remboursement. Inscrivez-vous ici !


Première étape :

Apprendre à lire avec un pointeur



CHAPITRE 1- Une révolution dans

l'enseignement de la lecture

Lisez plus vite, avec une meilleure concentration, grâce à cette

invention révolutionnaire pour seulement 99,99 $ !!!

Les révolutions annoncées se produisent rarement et créent souvent plus de confusion que de réels progrès. Ce qui a fait ses preuves dans le domaine du management ce sont les processus d'amélioration continue basés sur la contribution de tous.

Mais imaginons une révolution dans l'enseignement de la lecture. Imaginez un nouveau gadget électronique, équipé des processeurs dernier cri, gros comme un stylo, qui coûterait 99,99 $. Il permettrait aux enfants comme aux adultes de lire avec une meilleure concentration, beaucoup plus vite et surtout, et c’est ce qui est révolutionnaire : il donnerait le GOÛT DE LIRE.

L’achèteriez-vous?

Est-ce que l’on pourrait parler d’une révolution en lecture? Sinon, on peut certainement avancer qu'il s'agit d'une amélioration significative.

En réalité ce que je vous propose ne coûte rien, vous n’avez aucun truc à acheter. C'est peut-être même ça le problème, c'est une idée toute simple avec laquelle il n'y a aucun argent à faire. Donc pas d'investisseur prêt à mettre en branle une campagne publicitaire planétaire avec le groupe rock de l'heure. Seulement un petit livre écrit par un orthopédagogue inconnu.

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Tout le monde dispose d'un index ou du moins possède un stylo. Eh bien, je vous propose de toujours lire en vous guidant d'un pointeur, soit un doigt ou un stylo! Voilà, c'est tout!

Et pourquoi toujours lire avec un pointeur ? Bien, parce que vous allez en retirer une panoplie d'avantages.

Ce banal outil favorise la concentration, la compréhension, la vitesse et le plaisir de lire parce qu’il aide vos yeux à se déplacer en un mouvement fluide, rapide, continu, régulier et linéaire. Et cela permet au processus cognitif de se dérouler avec moins d’interférences.
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CHAPITRE 2- Comment présenter

et utiliser le pointeur?

Il s’agit de prendre son index ou un crayon,

et de suivre les lignes du texte.

Élisabeth Meignan, l’enseignante que je vous ai présentée dans l’avant-propos, explique la méthode à ses élèves de sept ans en leur disant à peu près ceci :

« Je viens de suivre un cours de lecture efficace pour devenir une meilleure lectrice. J’ai été très impressionné par les résultats que j’ai obtenus. Je suis devenue une lectrice plus rapide avec une meilleure compréhension. Le professeur qui donne le cours nous a expliqué que pour lire mieux, il fallait lire avec un pointeur. Il s’agit de prendre son index ou un crayon, et de suivre les lignes du texte. Je vous propose d’expérimenter cette technique. »

Voilà, c’est tout simple. Maintenant, précisons ce qu’on doit faire et ne pas faire.


Ce que vous devez faire!

J’appelle aussi le pointeur « guide visuel », parce que son rôle est de guider l’œil sur la page. Pour cela, il faut que le pointeur bouge. Vous devez déplacer votre pointeur le long de la ligne, de gauche à droite. C’est tout!

Pour le reste de ce chapitre, je ne ferai que préciser ce que je viens de vous expliquer en quatre lignes.


Ce que vous avez le choix de faire!

Quand vous le déplacez le long de la ligne, vous avez le choix de :

• toucher ou ne pas toucher la page;

• parcourir la ligne du premier mot au dernier mot ou vous contenter de parcourir le tiers central de la ligne;

• placer votre pointeur sous la ligne ou au-dessus de la ligne;

• utiliser un doigt, un crayon, une paille, un petit bâton, un yad (voir image 1) ou tout autre objet pouvant servir à guider vos yeux le long des lignes d’un texte.



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Image 1 : Un yad (hébreu : יד « main ») est un pointeur de lecture à usage liturgique, conçu pour la lecture de la Torah. Le yad a pour but d’éviter les contacts indésirables avec le parchemin, afin de ne pas abîmer l’encre. Il a généralement une forme de longue baguette, avec une petite main dont l’index est le pointeur proprement dit. (Source Wikipédia)

Le « Geste royal »
Pour rappeler l’importance de faire un mouvement de gauche à droite, on parle du Geste royal, en référence à la reine d’Angleterre, Élisabeth II, chef de l’État canadien, qui est connue pour saluer ses bons sujets d’un signe minimaliste de la main . Elle lève le bras et d’un léger mouvement du poignet, elle déplace sa main de gauche à droite. C’est ce mouvement qu’il faut imiter.

La princesse Kate Middleton nous fait une excellente démonstration du mouvement qu'il faut déployer.

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BYE! Admirez comme le bras ne bouge pas, juste la main.


Ce qui est « interdit »!

L’expression Geste royal désigne le déplacement du pointeur de gauche à droite par opposition aux trois « interdits » suivants :

1- Ce n’est pas lire avec une règle :
Bien qu’elle permet une lecture plus linéaire, la règle ne guide pas vos yeux le long de la ligne.

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Illustration 1 : Ce n’est pas lire avec une règle

2- Ce n’est pas pointer le début de chaque ligne :
Bien que cela vous permet de vous repérer sur la page, pointer le début de chaque ligne ne guide pas vos yeux le long de la ligne.


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Illustration 2 : Ce n’est pas pointer le début de chaque ligne

3- Ce n’est pas pointer le milieu de la page et effectuer un mouvement rectiligne de haut en bas :
Un mouvement rectiligne descendant guide votre œil à la verticale, mais pas à l’horizontale, alors que c’est le rôle principal du pointeur.

Bref, ces trois gestes roturiers ne sont pas… le Geste royal!

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Illustration 3 : Ce n’est pas descendre le pointeur au milieu de la page

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CHAPITRE 3- Pourquoi est-il

plus efficace de lire avec un pointeur?

Parce que l’œil est attiré par le mouvement.

Lorsqu’on lit, l’œil se déplace par saccades. C’est quelque chose que l’on sait depuis très longtemps grâce à l’ophtalmologiste français Émile Javal. Il fut le premier, en 1878, à décrire le mouvement de l’œil d’un lecteur en action.

Voici à quoi ressemble le mouvement de l’œil d’un lecteur moyen :
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Chaque trait représente un mot, chaque ovale représente une fixation et la ligne pointillée décrit le parcours de l’œil. On peut voir que le mouvement de l’œil n’est pas régulier. Il a tendance à s’égarer sur la ligne du haut ou sur la ligne du bas.

Chaque fixation dure entre 0,2 et 0,3 seconde, pour une moyenne d’un quart de seconde (0,25). Quant au déplacement entre deux mots, il dure en moyenne un quarantième de seconde (0,025).

Les lecteurs lents ont un mouvement encore plus irrégulier. Ils font constamment des régressions. Ils ont tendance à ne fixer qu’une partie du mot, soit quelques syllabes à la fois. S’ils sont très lents, ils vont décoder en fixant chacune des syllabes. Leur temps de fixation est supérieur à 0,3 seconde.
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Le lecteur efficace a un mouvement de l’œil beaucoup plus fluide, moins erratique. Grâce au pointeur, son œil se déplace moins en saccades, il est plus fluide et plus rapide. Comme il est plus concentré et que son œil se déplace plus vite, il couvre plus de mots. Bien entendu, cela dépend de la longueur des mots et la difficulté du texte.

Prenons la phrase suivante : « Il y a le feu ». Elle est composée de 5 mots monosyllabiques et même un lecteur moyen peut lire cette phrase en 2 fixations.
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Voici une démonstration qui vous permettra de voir le pointeur à l’œuvre et son effet sur les déplacements de l’œil.

Exercice 1 : Suivre le mouvement de l’œil

Sans pointeur

1. Fermez un œil. Appliquer délicatement votre index sur la paupière de l’œil fermé.
2. Avec votre œil ouvert, parcourez la pièce du regard. Sans bouger la tête, déplacez votre œil de haut en bas, et de gauche à droite.
3. Tout en continuant à parcourir la pièce avec l’œil ouvert, remarquez, sous votre index, les mouvements de votre œil fermé.
4. Est-ce que ce mouvement est saccadé? L’œil sous votre doigt se déplace-t-il en une succession de mouvements irréguliers, saccadés?
5. Sinon, recommencez l’étape 2 en prenant soin de déplacer lentement votre œil sans bouger la tête. Testez différentes vitesses.
Si oui, passez à l’étape 6.

Avec pointeur

6. Reprenez la position œil fermé et index déposé sur sa paupière. Pointez votre main libre devant vous et tracez dans le vide, avec votre index ou un crayon, sans vous arrêter, un huit à l’horizontale (∞). Avec votre œil ouvert, suivez le déplacement de votre main. Évitez de bouger la tête.
7. Sentez-vous que votre œil fermé se déplace différemment? Quelle différence voyez-vous? Est-ce que vous sentez que votre œil cesse de faire un mouvement saccadé? Qu’il est moins erratique? Que son déplacement est plus fluide et continu?

Exercice 2 : Refaire l’exercice avec un partenaire

1. Demandez à un partenaire de vous faire face et de regarder de haut en bas, de gauche à droite, lentement, sans bouger la tête, puis d’accélérer graduellement son mouvement des yeux.
2. Remarquez bien le mouvement de ses yeux : font-ils un mouvement saccadé et irrégulier?
3. Ensuite, demandez-lui de suivre, sans déplacer la tête, votre doigt et tracez devant lui un ∞.
4. Encore une fois, prêtez attention aux mouvements de ses yeux. Voyez-vous une différence? Ses yeux cessent-ils de faire un mouvement irrégulier, saccadé, pour se déplacer plutôt d’un mouvement fluide et continu?
5. Inversez les rôles.

Cet exercice montre bien l’effet du pointeur sur notre capacité de concentration. En guidant l’œil, le pointeur facilite son travail, car il minimise ses déplacements désordonnés. L’œil se déplace plus précisément. Il porte son attention là où il est souhaitable qu’il le porte, sur les mots à lire. Bref, le pointeur permet d’être plus concentré.

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CHAPITRE 4- Pourquoi notre œil

cesse-t-il de se déplacer en saccades

lorsqu’il suit le pointeur?

Parce que nous sommes attirés par le mouvement.

En fait, notre œil est fait pour suivre le mouvement.

Imaginez que vous marchez dans une clairière par une belle soirée d’été. Le soleil s’estompe à l’horizon. Il n’y a plus de vent. Tout est immobile. Soudain au loin, à la limite de votre vision périphérique, un oiseau s’envole silencieusement. Immédiatement, votre attention est attirée et vous suivez sa course à travers le ciel.

Nous avons tous vécu une situation similaire. Le mouvement attire l’attention.

Les premières cellules primitives ayant évolué pour aboutir à l’œil humain sont dites photosensibles. Elles sont apparues pour permettre de distinguer la présence de lumière. C’est le rôle de la vue que d’utiliser la lumière. Rapidement, ces cellules primitives ont évolué pour servir aussi à reconnaitre le mouvement. Elles ont poursuivi leur évolution jusqu’à être capable de distinguer les couleurs et les images. Distinguer le mouvement permet aux prédateurs d’être avertis de la présence d’une proie. À l’opposé, cela permet aux proies d’être averties qu’ils sont dans le point de mire d’un prédateur.

Dans l’évolution de notre espèce, la lecture est une activité récente. Les optométristes vous diront que ce n’est pas une fonction à laquelle notre œil est adapté. En lecture efficace, cette lacune est compensée en utilisant la propriété de l’œil d’être attiré par le mouvement. Le pointeur facilite le travail de reconnaissance et de défrichage. Il assiste l’œil dans la direction à prendre. Il le libère des distractions qu’offre la vision périphérique et lui permet de focaliser sur les seuls éléments qui procurent l’information désirée, la suite des mots.

Les optométristes vont recommander pour certains troubles de la vision de lire en utilisant un pointeur. Parce que le pointeur permet d’éviter la fatigue oculaire et facilite le travail des yeux.

Les premiers animaux harnachés pour l’agriculture ont été les bœufs. Lorsque les premiers chevaux ont été utilisés, les agriculteurs se sont aperçus que le harnais de bœuf les étranglait. Le bœuf est massif avec un cou très court. Le cheval beaucoup plus haut a un long coup. L’invention du harnais de corps, mieux adapté, a augmenté sa productivité en cessant de l’étrangler. Ainsi le pointeur est mieux adapté au travail de l’œil que le regard libre, et il augmente notre productivité comme lecteur.

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Le pointeur est au lecteur, ce que la mire est au tireur : un outil permettant à l’œil de focaliser sur sa tâche. Il permet à son utilisateur d’atteindre son objectif : pour le tireur, sa cible; pour le lecteur, le sens.


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Utiliser un pointeur est un geste spontané lorsqu’on cherche un mot, un nom ou un nombre dans une liste. Pourquoi ? Parce que cela favorise la concentration. Comment ? En empêchant l’œil de s'égarer sur la page. Si le pointeur favorise la concentration, pourquoi ne pas toujours l'utiliser ?

CHAPITRE 5- Avis aux

professionnels de l’éducation

À propos de l’utilisation d’un pointeur

en situation d’apprentissage de la lecture.

Les risques

D’un point de vue éthique, le premier devoir d’un professionnel est «d’abord, ne pas nuire» (1). Il n’y a pas à ma connaissance d’études validant ou invalidant l’utilisation d’un pointeur. On peut légitimement poser la question : quels peuvent être les effets négatifs d’une telle approche?

La stigmatisation contre l’effet Hawthorne (ou Pygmalion) (2)

Le seul effet négatif que je vois c’est la stigmatisation. C’est un risque si la méthode est recommandée seulement aux enfants en difficultés et qu’elle est interdite aux autres. Les enfants lisant avec un pointeur pourront alors être vus comme « cancre » et susceptibles d’être victimes de raillerie. On ne m’a jusqu’ici rapporté aucun cas. Certainement parce que je recommande que tous utilisent un pointeur, car tous en profiteront.

Je vous invite à être curieux, à suspendre votre jugement et à donner une chance à cette technique. Vous n’en avez que pour deux à quatre semaines à rappeler à l’enfant qu’il doit lire avec un pointeur. Si vous ne voulez pas que les autres l’imitent, vous n’avez qu’à le faire discrètement. Si quand même, d’autres enfants l’imitent, laissez-les faire, c’est sans danger. Si vous interdisez le pointeur aux autres élèves, là, le danger de stigmatisation est réel.

Si vous ne croyez pas à cette technique, vous n’avez pas à craindre qu’ils en viennent dépendants. Les chances sont minces qu’ils persévèrent s’ils ne se font pas rappeler de l’utiliser.

Au pire, vous expérimenterez l’effet Hawthorne. C’est-à-dire que les élèves deviennent plus motivés parce qu’ils se savent l’objet d’attention. Au mieux, qui sait, peut-être que j’aie raison. Qu’il s’agit d’une révolution dans l’enseignement de la lecture; que vos élèves découvriront qu’ils sont plus concentrés; que leur lecture est plus fluide; et surtout, qu’ils ont un plus grand plaisir de lire. Le risque en vaut la chandelle. Allez! Un petit effort… juste deux semaines ☺

Le lecteur débutant : distinguer le pointeur du « doigt-lecteur »

Certains enseignants associent l’utilisation d’un pointeur à la lecture syllabique. Pour eux, lire avec le doigt est réservé aux lecteurs débutants et, pour dépasser la lecture syllabique, les enfants devraient s’affranchir rapidement de l’utilisation du doigt.

Pour commencer, j’ai trouvé peu d’information au sujet de l’utilisation du doigt en lecture. La question ne semble pas avoir été étudiée. Au cours des années, j’ai discuté de cette pratique avec de nombreux enseignants. Presque tous, à une exception près, m’ont dit que l’utilisation du doigt en lecture n’est pas découragée. On m’a même montré une lettre circulaire écrite par l’orthopédagogue en chef d’une commission scolaire envoyée à tous les parents. Elle recommandait d’encourager les enfants à s’aider du doigt ou d’un crayon lorsqu’ils ont des difficultés à lire.

Le « doigt-lecteur »

Il faut distinguer la lecture avec un pointeur en mouvement du doigt quasi statique qu’utilise le lecteur débutant. Je désignerai ce dernier par le terme de « doigt-lecteur ». Je dois cette désignation à Mme Stéphanie Boudreaux-Carrier du Collège des compagnons, je n’ai pas trouvé d’autres sources.

Le doigt-lecteur sert à se concentrer sur les syllabes du mot en cours de décodage. Il permet d’éviter que l’attention de l’élève soit détournée de la syllabe qu’il cherche à identifier. Il n’est en mouvement que pour se déplacer à la syllabe ou au mot suivant.

Lorsque l’élève est devenu un bon décodeur, qu’il reconnait facilement les mots, le doigt-lecteur n’est plus nécessaire. Celui-ci nuirait même au développement des compétences en lecture. Son utilisation aurait pour effet d’ancrer l’enfant dans le décodage syllabe par syllabe. Son attention serait axée sur le décodage et le mot à mot, au détriment de la recherche de sens.

Donc, oui, l’enfant doit éventuellement cesser d’utiliser son doigt de façon statique, mais cela peut très bien être fait en lui enseignant à le déplacer, à le garder en mouvement, bref à faire ce que j’appelle le Geste royal.

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La jeune fille sur la photo appuie fortement le doigt sur la page (doigt-lecteur), je recommande d'utiliser un crayon et de le maintenir en mouvement.

Taberski (2014) explique que «le fait de pointer les mots avec son doigt [ralentit la] lecture et la rend plus saccadée.» Mme Taberski met l’accent pour les enfants de 5 à 9 ans sur une lecture expressive pour favoriser la compréhension. Pour elle, un lecteur apprenti lit mot à mot, sans expression, en s’appliquant à suivre avec son doigt. Ce que précisément, j’appelle le doigt-lecteur. Plus loin, elle écrit :

« Son enseignant pourra l’aider à voir à quel moment il est important de suivre avec son doigt (un livre nouveau, un mot ou une phrase difficile, une attention accordée à un problème à résoudre) et à quel moment il faut suivre uniquement avec les yeux. »

Je crois qu’il ne faut pas réserver cet outil uniquement à ce qui demande plus d’attention. Pourquoi se limiter aux phrases difficiles ou aux problèmes à résoudre? Si le pointeur favorise l’attention, il faut en généraliser l’utilisation!

Vous comprenez maintenant que le pointeur que je propose est en réalité différent du doigt-lecteur. D’ailleurs, pour les distinguer, je recommande d’utiliser un crayon comme pointeur, même si le doigt peut très bien faire l’affaire. La majorité des enfants aiment bien lire à l’aide d’un crayon. Toutefois l’avantage du doigt, c’est qu’on en a toujours un sous la main… Mais ce qui les distingue vraiment, c’est que le doigt-lecteur est statique, il s’arrête à chaque mot, parfois chaque syllabe. Quant au pointeur, c’est plus un « pacer », comme le nomment les anglophones. C’est-à-dire un « rythmeur », un régulateur de vitesse. À la différence du doigt-lecteur, il doit être toujours en mouvement. C’est un geste : le Geste royal!

En assurant une meilleure concentration, le pointeur permet un rythme de lecture accéléré. Il permet au lecteur d’être plus absorbé par ce qu’il lit, ce qui entraine un plus grand plaisir de lire. Regardez les enfants sur la page couverture, ils ont l’air sérieux, concentrés, absorbés par leur lecture. En réalité, ils n’en ont pas juste l’air, ils le sont!

Conclusion

Il y a des milliers d’enfants de 6 à 16 ans qui actuellement utilisent un pointeur. Personne ne m’a rapporté de recul ou de problèmes d’apprentissage relié au pointeur. D’ailleurs il est difficile d’en imaginer. Au pire, au début, certains enfants, souvent les plus doués, n’aiment pas cela.

Le pointeur offre aux enfants l’opportunité d’expérimenter une approche différente pouvant leur donner le goût de lire… Ne serait que cela, c’est déjà beaucoup.

(1) Primum non nocere
(2) «L'effet Hawthorne, décrit la situation dans laquelle les résultats d'une expérience ne sont pas dus aux facteurs expérimentaux, mais au fait que les sujets ont conscience de participer à une expérience dans laquelle ils sont testés, ce qui se traduit généralement par une plus grande motivation. Cet effet psychologique est à rapprocher de l'effet Pygmalion, que l'on observe chez des élèves dont les résultats s'améliorent du simple fait que le professeur attend davantage d'eux. On peut aussi le rapprocher de l'effet placebo.» Source : Wikipédia

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Vous aimez ce que vous lisez ? Procurez-vous le livre!

J'ai un jour appris à conduire mon vélo de dos, assis sur les guidons. C'était tout comme si j'avais eu 5 ans et je réapprenais le vélo. Que diriez-vous de «réapprendre» à lire ? Pas de dos, mais en utilisant systématiquement un pointeur et en faisant des exercices de vitesse. Un apprentissage ressourçant, comme vous aurez peu l'occasion de vivre. Pour «réapprendre» à lire, c'est ici ! Et c'est GARANTI.

CHAPITRE 6- Réponses aux

questions souvent posées

1- Comment utilise-t-on le pointeur sur un écran?

Il suffit d’utiliser la souris ou le pavé tactile. Les deux déplacent une petite flèche qu’on appelle pointeur et qui vous servira justement… de pointeur!

C’est une question d’habitude à acquérir. Je le fais moi-même depuis des années. Je lis beaucoup à l’écran et quand je ne peux utiliser de pointeur, parce que j’ai les mains occupées, je deviens frustré, car je constate que ma lecture devient alors beaucoup moins fluide et moins concentrée.

Les anciens participants à mon séminaire se plaignent souvent qu’ils trouvent difficile de lire à l’écran avec la souris. Il est amusant de savoir que c’est l’inverse pour les élèves qui suivent la cyberformation LIREMIEUX.CA. Ils apprennent d’abord la technique à l’écran. Ils s’habituent rapidement à utiliser le pointeur sur leur ordinateur et c’est sur papier qu’ils ont de la difficulté à s’habituer.

C’est une question de support d’apprentissage. Cela veut dire qu’au début, il faut faire l’effort de s’habituer aux différents environnements de lecture. Les enseignants qui encadrent les élèves suivant LIREMIEUX.CA doivent prévoir de faire des exercices sur papier avec leurs élèves. Sinon, il y a un risque qu’ils n’intègrent pas la technique à toutes les situations de lecture.

À noter que Charles-André*, comme tous les élèves de sa classe du programme Protic du Collège des compagnons, a appris la technique avec un ordinateur portable. Vu les vitesses auxquelles il lisait, il trouvait que le pavé tactile le limitait. Il a préféré, me disait-il, utiliser un crayon pour suivre plus facilement et rapidement à l’écran. Par la suite, il n’a pas rencontré de difficultés à transférer la méthode à la lecture sur papier.

Personnellement, je me souviens lorsque j'ai testé la version préliminaire de LIREMIEUX.CA, et que j'ai dû utiliser la souris pour faire les exercices, j'ai quasi paniqué! Je me suis dit : «Mon dieu, les élèves n'arriveront jamais à faire les exercices: c'est bien trop frustrant !»

Le premier qui l'a testé, Dominique Chaloult-Lavoie, le fils de mon grand ami Gary, m'a rassuré. Il a tout de suite trouvé cela amusant. «Cela me rappelle Tape'Touche», m'a-t-il dit. À l'inverse, je suis devenu très excité... quand je l'ai vu doubler sa vitesse de lecture en une heure et demie! Je savais alors que j'avais un produit extraordinaire entre les mains.

Dans la première école où LIREMIEUX.CA a été testé, il n'y avait pas assez d'ordinateurs, six élèves ont dû utiliser un portable. Quand j'ai vu qu'il devrait apprendre la méthode avec un pavé tactile, une interface, à mon avis, non fonctionnelle, je me suis dit: «Ils n'y arriveront pas. Ils vont détester ça!»

Regardez cette élève du Collège des compagnons: a-t-elle l'air de «détester» s'entraîner à la lecture rapide ?

Élève de 13 ans utilisant le pavé tactile de son portable pour s'entraîner à la lecture rapide avec l'application LIREMIEUX.CA. Elle s'entraîne à 1000 m/m en suivant le rythme d'un métronome qu'on n'entend pas parce qu'elle a des écouteurs, mais on peut voir en parallèle du texte deux lignes qui clignotent en alternance au rythme du métronome.


Sur l’écran de nos tablettes ou de nos téléphones, comment utilise-t-on le pointeur?

Comme si la tablette ou le téléphone étaient un livre, toujours avec un doigt ou un crayon.

*Charles-André, un lecteur prodige grâce à LIREMIEUX.CA, a été présenté dans l'introduction


2- Que faire si je trouve que lire

avec un pointeur nuit à ma concentration?

Au début, tout le monde rencontre ce problème.

Lire c’est chercher à comprendre; c’est chercher à saisir le sens d’un texte. Ce n’est pas suivre un bout de doigt ou un bout de crayon. Lorsqu’on lit un texte en utilisant un pointeur pour la première fois, c’est déroutant. On fixe le crayon, on le regarde se déplacer sur le papier. On se demande si on l’utilise correctement; on s'interroge sur la meilleure manière de l'utiliser. On n’a pas encore la dextérité nécessaire à sa manipulation. Dans ces circonstances, il est normal que votre concentration soit affectée.

Soyez simplement patient, tout devrait se replacer. Pour la majorité des gens, cela dure une minute, parfois deux. Pour quelques personnes, cela peut prendre plus de temps, jusqu’à une heure. Mais les jeunes enfants n’ont pas ce problème, sauf parfois les meilleurs lecteurs.

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Lire avec un pointeur çà peut être ennuyant au début, mais c'est rapidement un jeu d'enfants.


3- Dans les choix suivants, lesquels sont préférables?

1-Placer mon pointeur sur le dessous ou le dessus de la ligne?
2- Toucher la page ou ne pas toucher la page?
3-Parcourir la ligne du début à la fin ou ne parcourir que sa partie centrale?


La réponse courte :
C’est une question de préférence personnelle, cela ne fait pas de différence.

La réponse longue :
J’enseigne la lecture efficace depuis 1997. Au cours de ces années, j’ai vu des lecteurs lire à plus de trois fois la vitesse d’un lecteur moyen. Plus précisément, j’ai vu neuf personnes lire entre 800 et 900 m/m avec un minimum de 80 % de rétention. Huit femmes et un homme. Toutefois, au cours de ces années je n’ai jamais vu de participants lire à plus de 900 mots/minute. Souvent des gens m’ont affirmé avoir déjà lu un texte à plus de 1000 m/m. Ils avaient suivi un cours de lecture rapide promettant de tels résultats et ils y étaient parvenus. Parmi eux, un seul a accepté d’être testé, une dame. Elle a lu à 350 m/m le test standard que je fais passer à tous mes participants au début du cours. C’est très bon, mais on est loin des 1000 m/m. Vous pouvez lire la lettre de témoignage qu’elle m’a envoyée.

Comme dans toute bonne histoire, il y a une exception. La petite Simone, qui avait 13 ans lorsque sa mère m’a parlé d’elle. Je connais sa mère, Colette, depuis longtemps, mais je la rencontre rarement. Un jour, alors qu’on se croisait lors d’une activité communautaire, Colette m’a demandé :

- Daniel, est-ce que tu enseignes toujours la lecture rapide?

- Toujours!

- Eh bien! Ma fille, elle lit tellement vite qu’à l’école ils croyaient qu’elle ne faisait que regarder les images. En fait, elle lit trois fois plus vite que moi. Parfois, on laisse traîner un livre qu’on a commencé. Et lorsqu’on le cherche, on réalise que Simone est en train de lire et qu’elle l’a quasiment terminé!

- Écoute, si tu veux, je peux t’envoyer des tests, tu pourras mesurer sa vitesse et sa rétention.

- Bonne idée. D’accord!

J’ai donc envoyé à Colette un premier test. Souvent, des gens me parlent d’un lecteur prodige autour d’eux. Je leur propose de leur envoyer des tests. Jamais personne ne m’a dit non, mais jamais personne ne m’a envoyé de résultats non plus. La mère de Simone a fait exception. Une semaine plus tard, elle m’envoyait ses résultats. Le test que je lui ai envoyé est difficile, la moyenne des élèves de son âge le lit à 180 m/m avec 60 % de rétention. Simone l’a lu à 642 mots/minute avec 80 % de rétention. Et sa mère m’a précisé :

« J’ai remarqué, et Simone me l’a confirmé après, qu’elle a lu moins vite que d’habitude. Elle avait peur de rater le test de compréhension... »

Un résultat exceptionnel! Simone, sans aucune technique de lecture rapide, lisait plus rapidement que moi. Le test était difficile, particulièrement pour une jeune de 13 ans. Certains choix de réponses avaient des sens similaires. Depuis, j’ai retravaillé ce test pour rendre les questions moins difficiles.

Je n’ai jamais vu personne lire à cette vitesse en début de cours. Et à la fin du cours, moins de 4 % de mes participants atteignent cette vitesse nette. La vitesse nette est calculée en multipliant la vitesse de lecture par le pourcentage de rétention. Donc, 642 multipliés par 80 % donnent 514 de vitesse nette.

Je lui ai envoyé un 2e test qu’elle a lu cette fois à 588 m/m, avec 90 % de rétention, soit une vitesse nette de 529.

Par ailleurs, selon sa mère, Simone ne se démarque pas des autres enfants. Bien qu’elle ait d’excellents résultats scolaires, elle n’était pas précoce. Elle a appris à lire en première année. Sa professeure de musique dit qu’elle lit bien la musique.

J’ai demandé à rencontrer Simone. J’ai pu la voir deux samedis matin de suite. Deux heures à chaque occasion. Je lui ai enseigné ma méthode et fais des exercices de vitesse avec elle. Puis je l’ai abondamment testé; je lui ai fait passer plus de 20 tests. Elle les a lus entre 700 et 1100 m/m, toujours avec une rétention égale ou supérieure à 80 %. Elle a même lu un texte à 1500 m/m. Elle m’a affirmé avoir bien compris ce qu’elle avait lu. Toutefois, comme elle avait lu très vite, elle avait négligé les détails. Et comme les questions de ce genre de tests sont pointues, elle ne croyait pas avoir un bon résultat. Effectivement, son résultat à ce test n’a été que de 50 %.

En l’observant, j’ai pu constater, par tous les critères connus, que Simone est une lectrice vraiment exceptionnelle. Elle variait constamment sa vitesse de lecture; elle intégrait immédiatement à son comportement les consignes contenues dans un texte; elle repérait aisément et rapidement une information qu’elle cherchait dans un texte déjà lu; et il lui arrivait à l’occasion de revenir sur une phrase si elle décelait une incohérence.

En ce qui concerne les caractéristiques que l’on prête souvent aux lecteurs prodiges, Simone n’en démontre aucun :

• Elle n’a pas une vision qui lui permet de couvrir toute une ligne en une ou deux fixations.
• Elle ne lit pas en diagonale.
• Ni deux lignes à la fois.
• Elle n’a pas éliminé la sous-vocalisation; elle dit partiellement les mots dans sa tête.
• Finalement, elle n’a pas de mémoire photographique.


En fait, personne n’a de mémoire photographique. Personne n’est capable de jeter un coup d’œil sur une page et retenir 100 % du contenu; ni de regarder une page, la cacher, et la lire dans sa tête, comme si elle y était imprimée. Car « l’œil ne transmet pas des images “photographiques” au cerveau : il lui transmet des signaux déjà traités, par une couche de neurones situés sur la rétine » .

Par contre, certains ont une mémoire eidétique générant des « images mentales d’une parfaite netteté, précise jusqu’au moindre détail » . Cette capacité est rare et diminue avec l’âge. Certains autistes de haut niveau ont ce pouvoir. Le plus connu est Stephen Wiltshire. Cette anomalie serait reliée à un cerveau immature qui ne possède pas les fonctions inhibitrices nécessaires au fonctionnement quotidien.


Où est-ce que je veux en venir avec cette histoire?
Simplement, qu’une lectrice prodige comme Simone utilise son pointeur en touchant la page et qu’elle parcoure chaque ligne du premier au dernier mot.

Alors que personnellement, je préfère ne pas toucher la page et que mon mouvement ne couvre que la partie centrale de la ligne. Je place mon pointeur au-dessous de la ligne. Lorsque je suis dans le bas de la page d’un texte, je mets souvent mon pointeur au-dessus de la ligne. Je ne mets jamais mon pointeur directement sur la ligne puisque cela cache le texte.

Bref, peu importe que vous choisissiez de toucher ou de ne pas toucher la page; de parcourir la ligne entièrement ou partiellement; l’important c’est de faire un mouvement de gauche à droite : ce que j’appelle le Geste royal.

4- L’utilisation d’un pointeur,

est-ce uniquement une étape temporaire?

Une fois que l’enfant aura développé sa concentration, sa fluidité, son plaisir de lire, pourra-t-il lire « normalement »?

La nouvelle lecture « normale », c’est de lire avec un pointeur. Pour tout le monde! Même vous! Dorénavant, tout le monde devrait toujours lire avec un pointeur. Il n’y a pas d’excuses pour ne pas le faire. Ne pas avoir le goût ou ne pas avoir la volonté de changer ses habitudes de lecture sont d’étranges excuses. Comment peut-on ne pas « avoir le goût » d’être un lecteur plus compétent? Même lorsqu’on est déjà un bon lecteur. Rejeter une occasion de développement personnel dans un domaine aussi fondamental que la lecture, c’est refuser de progresser. L’essence même de la vie. Si c’est par manque de volonté, lisez le texte au chapitre 10 sur le contrôle de soi, une expression synonyme de volonté.


5- Pourquoi faut-il toujours lire avec un pointeur?

Il m’arrive à l’occasion de commencer à lire un texte sans mon pointeur et, à la deuxième ligne, me mettre à suivre avec mon pointeur. Chaque fois, je me vois accélérer. La différence entre lire avec pointeur et sans pointeur est patente. J’ai de nombreux témoignages d’anciens participants à cet effet. Tous observent le phénomène de l’accélération. Toutefois, pour pouvoir constater cette différence, il faut avoir développé sa vitesse. Ce que la simple utilisation d’un pointeur ne fera pas instantanément. Un minimum d’entrainement à la vitesse est nécessaire, comme nous le verrons dans la troisième partie de ce livre. Mais même sans pouvoir encore constater un gain de vitesse, vous pouvez déjà profiter d’une concentration accrue. Bien entendu, si vous cessez d’utiliser le pointeur, vous cesserez de bénéficier d’une meilleure concentration.

La pratique régulière de la lecture avec un pointeur peut permettre de devenir un lecteur aguerri indépendamment de celui-ci. Vous lirez plus et mieux et vos compétences générales se développeront. Toutefois, les mérites du pointeur vont demeurer. Il continuera de faire une différence. Le pointeur guide l’œil. Il empêche ses tendances erratiques. Il joue un rôle de régulateur permettant de maintenir un rythme de lecture plus rapide sur une longue période. Bref, un lecteur efficace lit toujours avec un pointeur.


6- Si je veux juste lire pour me détendre,

pourquoi chercher à être efficace?

Cette question et la suivante m’ont été posées toutes les deux sur un ton exacerbé :

Au travail, il faut que je sois efficace, je me démène. Le soir à la maison, j’ai besoin de relaxer. J’aime me détendre en me glissant dans un bon bain chaud pour savourer un bon roman. Vous n’allez pas me dire que je dois continuer à performer même dans mon bain?

Il est tentant de réserver le pointeur aux lectures de travail et d’en prendre congé pour les lectures de détente. Ce que d’ailleurs beaucoup de mes anciens participants font. Malheureusement!

Malheureusement, parce qu’ils finissent par ne plus l’utiliser du tout. « Ah, je l’utilise quand j’ai besoin de me concentrer », disent-ils. La réalité c’est qu’ils s’en servent rarement et perdent l’habitude de lire à un rythme soutenu. Pourquoi? Parce que deux habitudes opposées ne peuvent coexister. Une nouvelle habitude pour perdurer doit se substituer à l’ancienne, sinon l’ancienne regagnera sa primauté (Duhigg 2012). Lire efficacement est une habitude que vous développerez en combattant vos mauvaises habitudes. Si vous persistez à conserver vos anciennes habitudes, vous ne pourrez pas en acquérir de nouvelles de façon permanente. Tranquillement, vos nouvelles habitudes s’estomperont et vous reviendrez à vos anciennes et, au bout du compte, vous aurez tout perdu. C’est une petite brèche qui finira par occuper tout l’espace, puis, un jour, vous vous surprendrez à dire : « Oui! J’ai suivi un cours de lecture efficace. C’était bien! J’ai appris à lire deux fois plus vite avec une meilleure rétention, mais je ne l’applique pas… »

7- Pourquoi risquer de perdre

mon plaisir de lire en cherchant à lire vite?

Vous n’êtes jamais obligé de lire vite. Quand vous lisez un roman, ou n’importe quel type de texte, vous n’êtes jamais obligé de forcer votre vitesse; vous lisez toujours à la vitesse qui vous convient. Il ne faut pas perdre de vue que la principale caractéristique d’un bon lecteur, c’est la flexibilité; seuls les mauvais lecteurs lisent tous les textes à la même vitesse avec la même approche. Le lecteur efficace varie son approche selon le type de document, selon les circonstances ou selon ses besoins. TOUTEFOIS, SAUF QUE, MAIS, CEPENDANT vous devrez toujours lire avec un pointeur. Le seul fait d’utiliser un pointeur vous permettra, sans avoir besoin d’y penser, d’être plus concentré. Vous serez alors plus absorbé par votre lecture. Vous embarquerez davantage dans l’histoire. Vous aurez plus de plaisir à lire. Et, sans en avoir conscience, vous lirez 50 – 100 – 150 mots plus rapidement qu’avant. L’utilisation d’un pointeur est une simple habitude qui prend quelques semaines à acquérir. Après ces quelques semaines, vous n’y penserez plus; il faut juste persévérer au début en combattant vos anciennes habitudes, c’est tout.


8- Comment lit-on avec un pointeur dans le bain ou au lit?

Personnellement, avant d’être initié à la lecture efficace et d’apprendre à lire avec un pointeur, je ne lisais qu’au lit. Dès que j’avais un livre, une revue ou un document à lire, je m’allongeais sur mon lit. Sauf le journal, que je lisais sur la table de ma cuisine.

Après avoir appris à lire avec un pointeur, j’ai cessé complètement de lire au lit. Je me suis acheté un bon fauteuil pour ma lecture de détente et un bureau pour mes lectures sérieuses. Après 15 ans d’abstinence, j’ai recommencé ces dernières années à lire au lit, mais toujours avec un pointeur et seulement quelques minutes avant de m’endormir.


9- Moi j’aime profiter du style de l’auteur

et m’attarder à chaque mot pour les savourer.

Lorsque l’on m’affirme qu’on aime savourer « chaque mot », je suis toujours étonné. Je demande : « Vous vous attardez vraiment à chaque mot et vous pouvez profiter du texte? Vous savez que cela va à l’encontre de ce que l’on sait de la lecture? » Et l’on me répond que c’est une façon de parler, mais que l’on aime lire à voix haute, entendre les mots, relire. Dans ce cas, relisez ma réponse à la question 7 qui commence ainsi : « Vous n’êtes jamais obligé de lire vite… »


10- En devant toujours lire avec un pointeur,

n’y a-t-il pas le risque de devenir dépendant d’une béquille?

Cette question m’a été posée par une élève de 15 ans en sport-étude à l’école Cardinal-Roy de Québec.

Est-ce qu’un doigt, c’est une béquille? Est-ce que tu te passerais de tes doigts parce que tu as peur d’en devenir dépendante? Est-ce qu’un marteau, c’est une béquille? Serait-on mieux de planter les clous avec nos mains? Est-ce que le téléphone, l’ordinateur, l’automobile sont des béquilles dont on devrait se passer pour ne pas en devenir dépendants? Un marteau, un ordinateur, un pointeur, ce sont des outils qui rendent nos vies plus faciles : pourquoi s’en passerait-on?

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Deuxième étape : Développer

compréhension et plaisir de lire


Dans cette deuxième étape, nous verrons :

• comment développer le goût de lire de l’enfant
• comment l’aider à mieux comprendre

Cette étape est importante, car elle donne le contexte dans lequel doivent se faire les exercices de fluidité et de vitesse. Plaisir de lire, compréhension, fluidité et vitesse travaillent en synergie : le développement de l’un renforce l’autre. Le plaisir de lire est essentiel pour développer un lecteur assidu. Or, il est impossible d’aimer lire si on ne comprend pas, et la lecture devient ennuyeuse quand on lit trop lentement. Les gens qui aiment lire et qui lisent beaucoup… lisent vite.



CHAPITRE 7- La compréhension

« Comprendre c’est se rappeler »

Imaginons que vous receviez en cadeau pour votre anniversaire un livre sur l’astronomie. Le sujet vous passionne depuis une nuit mémorable passée à la belle étoile près de l’Observatoire du Mont-Mégantic. Lors de cette nuit survenue il y a 10 ans, une autre passion est née, l’amour de votre vie. Depuis, votre bien-aimé(e) a pris l’habitude de vous offrir à tous vos anniversaires un livre sur l’astronomie. Celui-ci devient le 10e livre d’astronomie à trôner fièrement dans votre bibliothèque. Vous entreprenez donc de le lire.

Est-ce que ce 10e livre sera plus facile à lire que le premier lu il y a 10 ans?

Fort probablement! Parce que ce dernier livre vous apparaîtra comme une révision des 10 précédents. Vous vous remémorez facilement de notions qui la première fois vous avaient paru rébarbatives.

En fait, notre compréhension dépend de notre vocabulaire et de notre bagage de connaissances accumulées. Plus nous avons de connaissances sur un sujet, plus il nous est facile de comprendre ce que nous lisons sur cette question.

Nous sommes ici au cœur même de la définition de l’acte de lire. Voici ce que Mme Giasson dit de la compréhension.

La compréhension « En premier lieu, il faut ancrer très tôt, chez tous les élèves, la conviction que la lecture est synonyme de compréhension. Le message clair à transmettre aux enfants peut se formuler comme suit : lire c’est comprendre ce que l’auteur d’un livre a à vous dire. Vous devez comprendre ce que vous lisez aussi clairement que si l’auteur vous parlait. Si vous ne comprenez pas ce que quelqu’un vous dit, vous lui demandez : “Eh, qu’est-ce que tu dis? Je ne comprends pas.” Vous ne le laissez pas continuer avant d’avoir compris ce qu’il dit. Quand vous lisez et que vous ne comprenez pas, vous devez faire la même chose. Si vous trouvez que ce que vous lisez n’a pas de sens, arrêtez-vous et demandez-vous pourquoi. Vous lisez pour vous faire plaisir à vous-même et non pour faire plaisir à l’enseignant ou à quelqu’un d’autre. » Jocelyne Giasson 2003

Qu’est-ce que lire?

Lire c’est comprendre. Si vous ne comprenez pas ce que vous lisez, rien ne vous distingue d’un analphabète. D’un point de vue utile, tous les deux, vous ne pouvez dégager de sens d’un ensemble de signes. On nomme analphabètes fonctionnels ceux qui sont capables de lire un texte simple, mais sont incapables d’en dégager le sens. Comme la posologie sur une bouteille d’aspirine. Ils peuvent décoder chaque syllabe de chaque mot de la consigne, sans être en mesure d’expliquer ce qu’ils doivent faire.

Qu’est-ce que comprendre?
Les dictionnaires indiquent que comprendre c’est « saisir le sens ». Si lire c’est comprendre, et comprendre c’est saisir le sens, donc lire c’est saisir le sens. Plus précisément, c’est chercher à saisir le sens que cherche à communiquer un auteur par des signes inscrits sur du papier. Lire c’est chercher du sens.

Le concept de « sens » est très vaste. La philosophie s’intéresse au sens de l’existence. En psychologie, on cherche le sens de sa vie... Disons seulement qu’il y a une science du «sens» qu’on appelle la sémantique et pour qui le « sens d’une chose », c’est la représentation mentale que l’on se fait d’une réalité.

lecturerapide.info.plaisir.de.lire.jpg C'est dégager le sens du texte qui procure le PLAISIR DE LIRE

Nous travaillons à définir ce qu’est la compréhension en lecture afin d’aider l’enfant à mieux lire et aimer lire. Je vous dis que lire c’est comprendre. Que comprendre c’est saisir le sens! Donc que lire c’est chercher le sens d’un texte. Plus précisément, c’est chercher à se faire une représentation mentale d’une réalité décrite par un ensemble de signes.

Les signes, les sons, le langage
Allons plus loin. Les signes sur papier représentent des sons. L’ensemble de ces sons constitue un langage. Conséquemment, pour comprendre, il faut connaître le langage. Le langage est composé de règles syntaxiques et de vocabulaire. Le langage est le média de nos pensées, de nos représentations mentales. Par le langage, on communique ses représentations (pensées, histoires, connaissances) : on discoure. Lire c’est restituer un discours communiqué dans une langue. Lire demande de connaître la langue et le vocabulaire utilisé par l’auteur, celui qui a traduit un discours en signes.

Au final, l’enfant ne pourra pas avoir une compréhension à l’écrit supérieure à celle qu’il a à l’oral.

Comme la compréhension dépend de nos connaissances préalables, développer la compréhension se trouve à être la mission ultime de l’éducation. En fait, globalement, c’est la mission de la société et de ses institutions : école, famille, médias, bibliothèques, musées, maison de la culture. Bref, de l’ensemble de la vie culturelle. L’éducation c’est l’intégration des représentations multiples créées par l’humanité dans son histoire et en constantes évolutions. C’est l’affaire de tous et de toute notre vie. ET LA LECTURE, EN EST L'INTERFACE* PRIVILÉGIÉE.

*Interface : Dispositif qui permet l’échange d’information entre deux systèmes. (Antidote)

CHAPITRE 8- Comment développer

le vocabulaire et les connaissances

de votre enfant?

La meilleure façon de développer le vocabulaire de l’enfant

c’est la lecture, mais c'est loin d'être le seul moyen.

Les chercheurs Betty Hart Ph. D. et Todd Risley Ph. D. ont publié une importante étude (1995) que le site terrafemina.com a résumée ainsi : « Le langage des parents lié à la réussite scolaire des enfants ». Leur rapport a fait l’objet de nombreux reportages. Et leurs recommandations sont très discutées dans les cercles de l’éducation. Ils démontrent qu’il y a un lien entre le nombre de mots entendus à la maison à l’âge de 4 ans et la réussite scolaire. En bref, il faut parler beaucoup aux enfants et leur parler intelligemment. Il faut qu’ils soient exposés au plus de mots possibles, le plus souvent possibles. Il faut répondre à leurs questions, même lorsqu’elles sont lassantes. Il faut leur expliquer le sens des mots moins communs et les répéter à la moindre occasion.

Mais le développement du vocabulaire ne s’arrête pas à 4 ans. On estime qu’un enfant apprend au primaire de 2000 à 3000 nouveaux mots par année (8 mots par jour), et que la lecture y contribue pour beaucoup.

L’apprentissage d’une langue se fait en vivant au quotidien des situations d’utilisation d’une variété de mots. Alain Lieury (2008) parle d’un apprentissage multiépisodique. Cela signifie qu’on mémorise le sens des mots par leur usage dans les situations répétitives du vécu quotidien. Cela vaut autant pour le bébé de 12 mois qui babille les sons qu’il entend que pour l’adulte en immersion linguistique. Les bébés élevés par des sourds-muets vont « babiller » les gestes qu’ils voient. Pour apprendre à parler une langue, il faut l’entendre parler et essayer de reproduire ce que l’on entend.

Pour développer le vocabulaire de l’enfant, vous ne devez pas avoir peur d’utiliser des mots savants en sa présence. Prenez l’habitude de lui expliquer le sens des mots. Si vous entendez un nouveau mot que vous ne connaissez pas, cherchez-le avec lui. Demandez-lui régulièrement le sens d’un mot entendu à la télévision, à la radio, lors d’une conversation. Si vous n’en connaissez pas le sens, n’hésitez pas à le dire et à chercher avec lui dans le dictionnaire. Profitez-en pour prendre connaissance de l’étymologie du mot et de lui expliquer.


• Jouez au dictionnaire.
• Jouez à des jeux de mémoire avec les pages du dictionnaire illustré.
• Intéressez-vous à l’histoire des mots. Il existe des livres sur l’histoire des mots : demandez-les à votre bibliothécaire. Les enfants aiment les histoires. Connaissez-vous l’origine du mot sandwich? Quand j’étais enfant, je ne croyais pas qu’une personne et une ville puissent porter un nom aussi ridicule. Après que l’on me l’ait montré sur une carte la ville et les îles qui portent ce nom, j’en parlais à tout le monde. Dès que je voyais un globe terrestre, j’allais vérifier si ce nom y était écrit. Si je le trouvais, je le montrais aux autres.
• Découvrez de nouvelles expressions et jouez à les interpréter au pied de la lettre. N’avoir ni queue ni tête; prendre des vessies pour des lanternes; entre chien et loup; mi-figue mi-raisin; atriqué comme la chienne à Jacques. Etc. Procurez-vous un répertoire des expressions classiques.
• Assurez-vous qu’il maîtrise le vocabulaire de base de ce qui l’intéresse.

Prenez l’habitude d’utiliser le mot juste. Ne dites pas : « regarde l’oiseau! » Dites « regarde le goéland, l’hirondelle, la corneille ». Ne dites pas : « Allons sous l’arbre. » Dites : « Allons sous l’érable, le chêne, l’orme, le saule, le tremble. » Vous ignorez le nom des oiseaux, des arbres, des fleurs, des nuages! Vous n’êtes pas le seul. Procurez-vous un petit livre sur le sujet et apprenez-les en même temps que l’enfant. Rapidement il deviendra meilleur que vous et vous en montrera. Quand cela arrivera, vous aurez gagné! Et c’est une excellente façon de lui donner le goût d’apprendre.

Comprendre les mots que l’on utilise, c’est la base d’une pensée claire et de la compétence dans son domaine.

La meilleure façon de développer le vocabulaire de l’enfant c’est la lecture.

« Certaines expériences ont montré que 25 minutes de lecture personnelle par jour contribuaient à l’acquisition de 1000 mots nouveaux par année. Il est important que les élèves lisent des textes variés et en assez grand nombre, de sorte qu’ils puissent être mis en présence d’un mot nouveau dans des contextes différents. » Giasson 2003, page 343.


Dans le prochain chapitre, nous allons voir :

• Comment être un modèle-lecteur? Si vous voulez que l’enfant lise… vous devez lire vous-même.
• Ce que vous pouvez faire pour donner le goût de lire à l’enfant si celui-ci est d’âge scolaire et n’aime pas lire.

CHAPITRE 9- Être un modèle-lecteur

Messieurs, prenez votre place!

« C’est en forgeant qu’on devient forgeron, » dit le dicton. Bien sûr! Mais il y a plus. Au départ, l’apprenti forgeron ne forge pas : il accomplit des tâches subalternes. Cependant il bénéficie de l’énorme avantage d’avoir près de lui un modèle unique. Par son seul exemple, le maître-forgeron lui trace le chemin à suivre. L’artisan apprenait à l’époque par l’entremise d’un long travail d’assistance et d’observation. Encore aujourd’hui, en médecine, les apprentis médecins vivent une longue période d’internat avant de pouvoir pratiquer. Des universités comme celles de Sherbrooke au Québec et McMaster en Ontario vont plus loin. Dès la première année de médecine, les étudiants font des stages et assistent des situations de pratiques réelles.

Si l’enfant est l’apprenti forgeron, le maître-forgeron… c’est vous!

Ma nièce, Annie Galarneau, est directrice adjointe d’une école primaire. Elle me disait que dans leurs conseils aux parents, ils recommandent que ce soit le père qui supervise la lecture. L’application de cette seule recommandation a souvent un effet instantané sur les progrès de l’enfant. Filles et garçons en profitent. Mais puisqu’on parle de modèle, on devinera que les garçons en retirent un peu plus.

Messieurs, si vous cherchiez une façon de vous impliquer davantage auprès de votre enfant, voici votre mission : Lisez!

1. Lisez des histoires à l’enfant
Pas juste avant le coucher. Ni juste lors des devoirs et leçons. À tout moment. Comme ça. Pour le plaisir d’être ensemble.

2. Lisez avec lui, chacun lisant alternativement.
Faites de la lecture une activité participative. Vivez, jouez l’histoire ensemble.

3. Lisez silencieusement en présence de l’enfant.
Être un modèle-lecteur, c’est être vu en train de lire. N’attendez pas que l’enfant soit couché avant de sortir vos livres.

4. Prenez la résolution de lire quotidiennement.
Engagez-vous à lire un minimum d’une minute par jour. Faites votre lecture quotidienne en sa présence. Encore mieux, faites équipe! Prenez cette résolution ensemble et stimulez-vous réciproquement. Mettez-le en charge des outils de rappel.

5. Devenez des lecteurs complices.

• Si vous surprenez l’enfant à lire : allez chercher un livre et lisez silencieusement côte à côte.
• Allez à la bibliothèque ensemble.
• Faites chacun une liste de livres que vous souhaiteriez avoir. Une fois par mois, allez visiter la librairie locale ensemble. Révisez votre liste régulièrement.
• Faites comme si le libraire et le bibliothécaire étaient vos amis et les amis de l’enfant. Appelez-les par leur prénom et demandez-leur des suggestions. C’est une façon de parler « livre » avec quelqu’un de passionné ce qui ne manquera pas d’influencer l’enfant.

6. Parlez-lui de ce que vous lisez, même si c’est très technique ou très poussé.
Il ne comprendra peut-être pas, mais cela éveillera sa curiosité. Être initié au monde adulte par son père est une tradition immémoriale qui crée des liens très forts. De plus, essayer de vulgariser son savoir est le meilleur moyen de l’intégrer; nombreux sont les enseignants qui disent qu’ils ont vraiment compris leur domaine le jour où ils ont eu à l’enseigner.

N’ayez pas peur d’utiliser des mots qu’il ignore, sinon il continuera à les ignorer. Expliquez-lui en donnant beaucoup d’exemples concrets. Attention, les exemples métaphoriques peuvent fausser la compréhension! Concret, dis-je. Et soyez bref.

Écoutez-le. Répondez avant tout à ses questions. Un bon enseignant répond d’abord aux questions que l’élève se pose. Assurez-vous qu’il a bien compris en lui demandant ce qu’il a compris de ce que vous venez de dire. Ou demandez-lui de l’expliquer à quelqu’un d’autre, sa mère par exemple. Attention, c’est difficile à faire et cela peut être stressant si cela l’expose aux moqueries! Ne parlez pas à sa place, mais donnez-lui des indices (en complice).

7. Demandez-lui qu’il vous parle de ce qu’il lit.
À votre tour d’apprendre. Soyez bon élève : posez des questions, écoutez les réponses! Posez des questions générales, ne lui faites pas passer d’examen. Créez une complicité en vous intéressant authentiquement à ses champs d’intérêt. Lisez ce qu’il lit. Partagez et discutez vos points de vue. Terminez en résumant ce que vous avez appris.

Étudiant à l’université de Sherbrooke, j’ai eu un de ces professeurs qui marquent pour la vie, monsieur Yves Nadon. Ce passionné des livres pour enfants défend avec pertinence son approche participative de l’enseignement de la lecture et de l’écriture.

Lors du cours, M. Nadon nous interpelait avec cette affirmation : « Pour enseigner à lire, il faut aimer lire! »

Cela va de soi! Difficile d’affirmer une plus grande évidence. Le contraire est pratiquement inimaginable. Un enseignant qui n’aime pas lire ou qui, ce qui revient au même, ne lit pas : c’est un contresens. Supposons que pour enseigner à lire à l’enfant, vous avez le choix entre deux enseignants. La seule chose qui les distingue, c’est qu’un aime lire et l’autre n’aime pas lire. Lequel choisirez-vous? Poser la question, c’est y répondre!

La morale de cette histoire : vous devez être un modèle de lecteur pour l’enfant. Au minimum, vous devez absolument toujours :

• lire en utilisant un pointeur;
• traîner un livre avec vous et prévoir un moment — quotidien, au mieux, deux fois par semaine au pire — où vous lisez silencieusement en présence de l’enfant, ne serait-ce qu’une minute.

Voilà qui semble un défi trop grand pour vous! Permettez-moi de vous répondre par un exemple personnel.

Monsieur Nadon dans le même élan continuait à nous interpeler : « Pour enseigner à écrire, il faut aimer écrire! » À ces mots, tout mon être s’est transformé en un immense : OUPS! M. Nadon poursuivait son affirmation avec la question : « Aimez-vous écrire? »

Dans la pratique de son métier ou dans la préparation à celui-ci, il y a de rares moments où l’on se sent directement interpelé: cela en fut un.

Les études de Cialdini (1984) en psychologie démontrent que l’on cherche à être cohérent avec ses décisions passées. J’ai donc cherché à être cohérent et je me suis mis à écrire. Pour commencer, je n’ai pas eu le choix. M. Nadon nous demandait, dans le cadre des activités du cours, d’écrire deux journaux. Un personnel et un autre en groupe de 3-4 étudiants. Chacun pouvait traiter de ses réflexions, de ses interrogations et de ses découvertes. Je rencontre à l’occasion d’anciens collègues de ce journal et nous gardons tous un très bon souvenir de Mordillo. Le nom que l’on donnait à notre cahier commun, qui était aussi le nom du dessinateur de l’illustration en couverture.

J’ai par la suite entrepris d’écrire trois romans. « Le millionnaire de la loto », qui est en fait une nouvelle de 60 pages. Un suspens qui a bien amusé amis et collègues. « L’affaire Raspoutine », un roman de science-fiction mettant en scène deux ados surdoués. Le seul que j’ai soumis à des éditeurs et qui m’a valu une belle collection de lettres de refus. Et « Petit traité sur la nature de l’éthique à l’usage des danseuses », que je n’ai jamais terminé. Toutefois, il a été transformé en nouvelle intitulée « Rencontre avec l’absolu au Petit néant du coin », qui me sert à mesurer la vitesse des participants à mon séminaire de lecture rapide.

L’apprentissage de la lecture et de l’écriture doivent aller de pair, car l’un renforce l’autre. Pour devenir un bon lecteur, il faut lire, beaucoup! Pour devenir bon en écriture, il faut… ÉCRIRE, BEAUCOUP! Pour en savoir plus sur l’enseignement de l’écriture, je vous invite à prendre connaissance du site de M. Nadon : www.yvesnadon.ca.

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CHAPITRE 10- Que faire

si vous n’aimez pas lire?

Vous voulez aider votre enfant à aimer lire,

en étant un modèle pour lui, mais... vous n'aimez pas lire!

(Voici un article de fond sur une des compétences phares de l'intelligence émotionnelle : LE CONTRÔLE DE SOI. Notre capacité à nous contrôler est considérée comme étant le plus grand facteur de réussite. Encore plus que le QI, qui est en fait un prédicteur de réussite scolaire, fortement corrélée à un bon emploi.

Dans cet extrait de mon livre, j'applique les stratégies métacognitives propres au contrôle de soi au développement de bonnes habitudes de lecture.)

Maintenant, que faire si vous n’aimez vraiment pas lire? Pour commencer, si vous m’avez lu jusqu’ici sans aimer lire, vous affichez une grande détermination : félicitations!

En orthopédagogie, il nous arrive de rencontrer des enfants qui ont perdu confiance en leur capacité de lecteur. Ils se montrent anxieux face à une tâche de lecture et n’affichent aucun plaisir à lire. Lorsque nous approfondissons leur cas, nous nous apercevons souvent que le problème provient d’un tuteur minutieux. Un responsable des leçons qui exige que l’enfant lise en articulant chaque syllabe de chaque mot. Chaque erreur lui valant une reprise.

Peut-être avez-vous connu ce genre de supervision et développé cette anxiété? C’est un problème que je comprends très bien, car je l’ai connu pour les tâches manuelles. Lorsque mon père travaillait autour de la maison, il demandait de l’aide à l’un de mes deux grands frères. Ils étaient beaucoup plus vieux, plus forts et plus habiles que moi. L’un était bricoleur et ingénieux; il est d’ailleurs devenu ingénieur. L’autre brisait tout; ses mains sont deux fois plus grosses que les miennes. Quand je me proposais pour aider, j’avais droit aux longs soupirs et aux critiques de mes deux grands frères. Travailler manuellement est devenu pour moi source d’anxiété. Pour compenser cette anxiété, j’ai appris à ne rien faire. Le samedi, quand tout le monde s’apprêtait à s’activer autour de la maison, je m’éloignais pour aller flâner.

Aujourd’hui encore, cette anxiété m’affecte. Quand il est temps de m’installer et d’écrire, je m’éloigne en flânant sur Internet. Le comportement d’évitement par excellence de notre temps. Toutes les fois que je dois écrire, cette anxiété revient, et le chant des sirènes m’appelle.

Vaincre l’anxiété et la procrastination qui l’accompagne

Céder aux chants des sirènes, c’est ce qu’on appelle aussi procrastiner ou temporiser. C’est tout faire, sauf ce que l’on doit faire. J’ai psychanalysé ce problème, lu tout ce que j’ai pu trouver sur la procrastination, et tout essayé. Une seule technique fonctionne pour moi. S’obliger à commencer à travailler une minute. Je l’appelle la technique d’Horace. Elle fonctionne parce qu’elle est simple et déjoue les tendances naturelles de notre cerveau.

« Commencer, c’est avoir à moitié fini! » (Horace)

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Statue d'Horace, poète latin à qui l'on doit aussi la devise Carpe diem (Wikipédia)

Tout le défi consiste à reporter les petits plaisirs à plus tard et à commencer maintenant le travail à faire. Une fois commencé, l’effet Zeigarnik s’active. Il s’agit d’un mécanisme interne qui nous incite à terminer ce qu’on a entrepris sinon on ressent de l’inconfort.

Pour notre cerveau les tâches inhabituelles et longues sont vues comme un pensum déclenchant aussitôt le mécanisme d’anxiété. Alors, tout ce qui peut nous en détourner devient une récompense. De plus notre cerveau privilégie les récompenses à court terme plutôt que celles à long terme. Lire un bon livre vous rendra fier de vous, mais dans quelques heures seulement. Alors que surfer sur Internet ou jouer à des jeux vidéos libère sur le moment de la dopamine, l’hormone de la récompense, et procure un plaisir immédiat.

Comment déjouer votre cerveau?

1. Comment mange-t-on un éléphant?
Morceau par morceau. Donc, il faut diviser la tâche en ses constituants et dans le temps. Pour lire, dites-vous que vous n’allez lire qu’une page et que vous allez y consacrer qu’une minute. Ridicule? Peut-être! Mais venez-vous de sentir la tension tombée? Une page, une minute, je peux faire cela. La tâche vient soudainement d’apparaître moins punitive et facile à réaliser.

Bien sûr, une fois commencé, vous pourrez toujours lire ou travailler plus qu’une minute si vous le souhaitez. Toutefois, ne succombez pas à la tentation d’allonger la minute obligatoire, le but c’est de vaincre l’inertie.

Il est important de faire cette minute quotidiennement. Même lorsque vous n’avez pas de temps, juste pour créer une routine. (Plus de détails sur la routine plus loin.)

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2. Le secret du contrôle de soi consiste à garder les rouges pour la fin.
Faire preuve de volonté c’est savoir se contrôler. Le secret du contrôle de soi consiste à gérer avec rigueur les récompenses que l’on s’accorde. Il s’agit de reporter le plaisir, de manger la crème en dernier.

Voici le meilleur moyen de détruire votre volonté : remettre à plus tard une bonne habitude (lire, s’entrainer, bien manger) pour s’occuper à des loisirs (surfer sur Internet, jeux vidéos, télévision, collation sucrée). L’effort doit venir avant la récompense. Les récompenses, comme surfer, jouer, regarder la télévision, doivent être limitées dans le temps. Utilisez un minuteur comme celui des cuisinières pour que la fin de la récompense soit signalée clairement.

Préparez-vous à échouer. Votre motivation va diminuer. C’est normal. Ne vous manquez pas de respect lorsque cela arrivera. Le but d’une routine, c’est d’en arriver à ne plus avoir à se motiver, et cela n’arrivera pas en criant ciseau. Relisez alors ce passage.

3. Votre ennemi, l’indulgence.
Il ne faut pas tolérer les excuses pour s’occuper à autre chose. Souvent, on n’a pas d’autre choix que de faire appel au parent en nous pour parler à… l’enfant en nous. On doit se dire : C’EST FINI, COMMENCE, MAINTENANT!

Pourquoi ça marche?

Parce que le défi c’est de commencer. Pour commencer, il faut reporter les plaisirs immédiats, ce qui est l’essence du contrôle de soi. Une fois cela fait, le reste c’est du bonbon. L’effet Zeigarnik entre en fonction.

La technique de l’écrivain : la routine

Les écrivains sont leur propre patron. Le plus souvent, ils travaillent chez eux sans échéance fixe, sauf ceux qui ont des contrats littéraires. Pour produire, ils n’ont pas d’encadrement et de contraintes autres que celles qu’ils se donnent. Et d’une journée à l’autre, c’est à recommencer. Pour éviter l’éternel combat contre les tentations, ils développent un scénario du quotidien, la routine.

Une routine c’est une série d’action que l’on accomplit chaque jour sans y penser, comme un zombie. Les écrivains s’astreignent à écrire un minimum de temps chaque jour. Toujours au même moment, le plus souvent le matin au lever. Il s’oblige à cesser d’être indulgent envers cet enfant intérieur capricieux et à lui dire : NON, tu t’assois tant de minutes et tu n’as pas d’autres possibilités que d’écrire ou de ne strictement rien faire! Dans votre cas, vous ne pourrez que lire ou rester assis à regarder votre livre ouvert à la page où vous êtes rendu.

Avec le temps, on n’y pense plus : notre volonté n'a pas à être mobilisée. À l’heure dite — idéalement après un évènement important qui sert de déclencheur, comme un repas —, on s’installe automatiquement pour s’atteler à la tâche. Le but c'est d'en arriver là.

La peur

En dernier recours, il est parfois utile de se faire peur. Une façon efficace de le faire est d’utiliser la technique : si… alors! Surtout quand on est tenté de céder à l’indulgence.

Visualisez-vous à la fin de votre vie. Il vous reste quelques jours à vivre. À l’article de la mort, votre moi-futur a l’opportunité de vous donner un conseil. Voici ce qu’il vous dit : « Si tu ne lis pas une minute régulièrement, alors tu vas perdre le respect de [écrivez ici le nom d’une personne chère]! » Une minute! Seulement une ridicule petite minute!

N’épuisez pas votre volonté

Il faut aussi savoir que notre volonté s’épuise, qu’il ne faut pas essayer de changer deux choses en même temps. Prendre deux résolutions, c’est comme ne pas en prendre. De plus, sachez qu’acquérir une nouvelle habitude prend entre un et huit mois, pour une moyenne de deux mois.

Choisissez vos lectures, ne vous les faites pas imposer

Quand mon frère a connu Denise, celle qui allait devenir ma belle-sœur, elle lisait très peu. Mais Denise adorait regarder la télévision, qu’elle allumait dès son lever. Elle se passionnait pour une grande variété d’émissions. Mon frère, un avide lecteur, m’a demandé comment il pourrait l’encourager à lire. Il voulait lui faire suivre mon séminaire de lecture rapide, mais celui-ci s’adresse aux gens qui sont débordés de lecture. Les gens qui ne lisent pas n’en profitent pas vraiment, cela n’aurait pas répondu à ses besoins. Je lui ai simplement recommandé de lui acheter des revues portant sur les vedettes de la télévision. Dans mes visites qui ont suivi, j’ai pu voir son salon s’enrichir d’une variété de magazines « people ». Mais aussi, avec le temps, de revues plus internationales, portant en plus sur les vedettes de la politique et des affaires. Aujourd’hui, lors de nos échanges de cadeaux à Noël, la liste de cadeaux de Denise comprend toujours… des livres.

Vous avez le droit de ne pas aimer les romans ou les livres de psychologie populaire. Lire des revues portant sur vos loisirs ou lire des magazines à potins, c’est aussi de la lecture. Si vous suivez plusieurs téléromans : abonnez-vous aux magazines portant sur ces téléromans et sur leurs comédiens. Si vous êtes amateur de chasse & pêche, de voitures anciennes ou de bowling : procurez-vous des revues et des livres sur ces sujets. Visitez les librairies usagées, vous découvrirez des tonnes de trésors portant sur vos passions. Acheter une nouvelle revue, c’est se faire un cadeau à soi-même. Pour moins que le prix d’un paquet de cigarettes ou d’une bière dans un bistrot.

Finalement, dernier conseil : tant qu’à prendre une nouvelle habitude, ajoutez celle d’utiliser un pointeur. Cela vous aidera à découvrir le plaisir de lire. Je vous recommande aussi de faire, avec l’enfant, les exercices de vitesse décrits dans le dernier chapitre. Car le goût de la lecture est lié à nos compétences en lecture. La vitesse est une de ces compétences, mais pas la moindre, la plus importante après la compréhension en ce qui concerne le goût de lire.

Est-ce que je viens de me contredire ? N'ai-je pas dit que prendre deux résolutions c'est comme ne pas en prendre ? En fait, on peut prendre une résolution qui comprend plusieurs volets complémentaires, ou qui intègre un enchaînement d'actions dont le but est de vous disposer à mieux faire ce que vous priorisez. Faites attention toutefois à ce que le tout ne soit pas trop lourd.

Voici trois exemples: 1- Je me mets en forme: je mange plus de 5 fruits et légumes par jour, et je marche 30 minutes cinq soirs par semaine. 2- Je démarre ma journée en écrivant: au lever, je médite une minute, je prends un petit déjeuner santé, puis j'écris une minute. 3- Je prends de bonnes habitudes de lecture : au lieu de surfer sur Internet après le souper, je m'installe pour lire au moins une minute, j'utilise un pointeur et je précède ma lecture par une minute d'entraînement à la vitesse.

Ce qui ne fonctionnera pas, c'est d'essayer d'intégrer les trois ou même deux de ces trois résolutions en même temps.

Donc une routine à la fois. Par contre, tous les deux à huit mois, une fois votre routine acquise, vous pouvez en ajouter une nouvelle.

Vous voulez en savoir plus sur le contrôle de soi ? Dans le «Chemin le moins fréquenté», Scott Peck explique que le chemin qui mène au bonheur, qui est également le chemin le moins fréquenté, c'est le chemin de la discipline (synonyme de contrôle de soi).

Cette affirmation est confirmée par le chercheur Walter Mischel qui a conduit avec les enfants de la garderie de l'Université Stanford la fameuse expérience des guimauves.

Voici un texte qui décrit cette expérience et qui explique le lien entre l’intelligence émotionnelle et la lecture rapide.
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CHAPITRE 11- Développer

la passion de lire de l'enfant

Ne méprisez pas ses passions.


J’ai lu un jour l’histoire d’un homme qui raconte que, tout jeune, il s’était intéressé aux étoiles. En apprenant cela, sa mère avait alors tapissé sa chambre de cartes du ciel. Elle lui avait procuré un télescope et, chaque semaine, elle lui achetait un livre ou une revue sur l’astronomie. L’année d’après, il s’était épris des dinosaures. Sa mère réalisant sa nouvelle passion avait aussitôt entrepris de redécorer sa chambre. Elle remplaça les affiches de sa chambre par d’autres illustrant les différentes espèces de dinosaures. Elle prit aussi bien soin de l’approvisionner en nouveaux livres sur le sujet. Plus tard, jeune adulte, il annonça à sa mère qu’il était athée. Visiblement déçue, raconte-t-il, sa mère n’avait pas pipé un mot. Le lendemain, il trouvait sur sa table de chevet des livres de Bertrand Russel, Nietzsche, Spinoza et Jean-Paul Sartre avec ce billet : « Si tu es pour être athée, fréquente les meilleurs ».

J’adore cette histoire. Mais bon! Vous n’avez pas à redécorer la chambre de votre fille ou de votre fils à chacune de ses nouvelles lubies. Cependant vous pouvez vous assurer, s’il développe un intérêt quelconque, qu’il ait accès à des revues et à des livres sur le sujet. Mais avant tout, ne méprisez pas les goûts de votre enfant. J’ai trop souvent entendu des parents se désoler de voir que leur enfant n’aime pas lire en décriant leurs intérêts : « Il n’en a que pour le skate-board! » « Il ne lit que des Mangas! » « Il passe des heures à jouer à des jeux débiles! »

En fait, cela démontre un intérêt pour quelque chose, c’est déjà un immense début. Quel que soit cet intérêt, servez-vous-en pour construire son goût de lire et l’amener à « fréquenter les meilleurs ».

La possibilité pour l’enfant de choisir lui-même ses livres est considérée comme le facteur déterminant dans le développement de l’intérêt pour la lecture.

[…] les lecteurs assidus sont des personnes qui ont eu la chance, dans leur vie, de choisir leur lecture. On sait, grâce à différentes études, qu’il se produit, à la fin du primaire, un déclin dans la motivation à lire, déclin qui se poursuit au secondaire. Cependant, il semble que ce ne soit pas tant l’intérêt pour la lecture que perdent les élèves que l’intérêt pour ce qui leur est proposé comme lecture à l’école, ce qui nous ramène à l’importance de la variété des livres offerts et à la possibilité de choix personnel. Giasson 2003 p 64

Votre fille a 12 ans et se passionne pour une téléréalité; votre fils en a 13 et il passe des heures à écouter du Heavy Métal. Il existe une variété de revues et des livres sur ces sujets, qui par ailleurs peuvent être très intéressants. Souvent les ados ne lisent pas parce qu’ils ne savent pas qu’il existe des livres à leurs goûts. Il y a une telle diversité de publications de nos jours. La littérature jeunesse couvre quasiment toutes les préoccupations des ados d’aujourd’hui. Les romans mettent en scène des personnages soumis à des défis et des contraintes auxquels on peut s’identifier. Les histoires et les mythes aident depuis la nuit des temps les nouvelles générations à apprendre les leçons de leurs ainés.

Achetez-lui les revues et les livres pour lesquels il montre de l’intérêt, comme les biographies de ses idoles. Lisez-les vous-même et discutez-en avec lui. Éviter de juger. Parlez surtout de ce que vous aimez. Développez un intérêt sincère. Ne partez pas en ayant en tête un objectif moral (définir ce qui est bien et ce qui est mal). Avant d’avancer vos opinions, plongez dans les méandres de sa passion. Si vous vous y perdez : valorisez son expertise en l’interrogeant sur ce que vous ne comprenez pas. Demandez-lui de vous expliquer les concepts nébuleux et les énigmes que vous ne manquerez pas de rencontrer.

Vous méprisez trop les téléréalités ou le Heavy Métal pour y trouver le moindre intérêt! En fait, cela veut surtout dire que vous manquez de curiosité. Il est normal de ne pas être curieux de tout. Mais comment reprocher à votre ado son manque de curiosité si vous n’êtes pas curieux de ses intérêts? Dale Carnegie dans son livre « Comment se faire des amis » insiste sur l’importance de s’intéresser authentiquement aux autres. Il nous apprend que ce que nous valorisons le plus chez les autres, c’est par-dessus tout l’intérêt qu’ils nous portent. Il n’est pas question ici de devenir un parent cool qui cherche à être le meilleur ami de son enfant. Mais simplement de s’intéresser à lui.

Lire avec un pointeur, fréquenter les librairies et les bibliothèques, avoir le choix de ses lectures, avoir des livres qui traînent partout dans la maison, avoir des parents, surtout un père, qui lisent avec eux, développer ses passions : voilà la recette du goût de lire chez les enfants. Mais cela restera difficile s’il lit trop lentement.


Troisième étape : La fluidité et la vitesse



Nous avons vu que lire c’est comprendre. Augmenter sa vitesse de lecture n’a d’intérêt que si cela va de pair avec une bonne compréhension.

Nous allons voir que la vitesse est un élément de la fluidité. Un lecteur compétent doit pouvoir lire à une bonne vitesse. Celle-ci favorise la compréhension et le plaisir de lire. La vitesse doit être entrainée. Toutefois, comme l’on veut que la vitesse n’altère pas la compréhension, il faut être vigilant.

L’approche que je défends est nouvelle. Présentement, les exercices de vitesse consistent pour l’essentiel à relire plusieurs fois un texte. Ce que je propose de nouveau, ce sont des exercices spécifiques de vitesse. Tout en sachant qu’ils doivent être suivis d’exercices de compréhension pour s’assurer que le développement de la vitesse ne se fasse pas au détriment de la compréhension.

Mais avant de penser entrainer la vitesse, il faut que l’enfant ait une bonne fluidité de lecture.




CHAPITRE 12

Qu’est-ce que la fluidité?

Il faut apprendre à bien distinguer les sons.

Le concept de fluidité sert à désigner le passage d’une lecture orale hésitante à une lecture qui « coule ». Lors d’une lecture hésitante, l’enfant bute régulièrement sur certaines syllabes et reconnait certains mots difficilement. Alors qu’un lecteur fluide reconnait les mots instantanément. Quand cette fluidité est acquise, elle permet généralement au lecteur d’atteindre la vitesse de la parole (soit entre 150 et 200 m/m). Si tout va bien, cela survient vers l’âge de 8 à 9 ans. Bref, lire avec fluidité, c’est en arriver à lire sans ou avec peu d’hésitations.

Comme la fluidité demande de développer des compétences phonétiques et une mémoire lexicale, je vais vous expliquer simplement ces concepts. Je n’entrerai pas dans les détails des controverses et des pathologies. La linguistique est un domaine très pointu dans lequel on peut facilement se perdre. Nous ne verrons que le strict nécessaire afin de pouvoir par la suite travailler les préalables à la fluidité.

La phonétique
Les enfants apprennent d’abord l’alphabet. Puis ils apprennent à distinguer les consonnes des voyelles. Avec ces consonnes et voyelles, ils apprennent à former des syllabes simples et des mots simples. Puis des syllabes complexes composées de plusieurs consonnes et plusieurs voyelles. Finalement ils apprennent à reconnaitre les mots globalement. Ce processus dépend en premier lieu du développement des compétences phonétiques de l’enfant.

La phonétique, c’est associer les sons d’une langue. Et le phonème est la plus petite unité de son. Par exemple, les voyelles A E I O U sont des phonèmes; et le son d’une consonne émise dans le vide, sans percuter une voyelle qui est remplacée par un souffle d’air, comme K… P… R… constitue un phonème. En écriture, les sons sont représentés graphiquement par les lettres de l’alphabet. On appelle graphème les représentations graphiques des phonèmes. Ainsi le phonème « O » peut être représenté par plusieurs graphèmes : « au», « aux», « eau », « eaux ». Lorsqu’il est composé d’une seule lettre (comme « O »), le graphème est dit simple et lorsqu’il est composé de plusieurs lettres (comme : « au », « eaux »), le graphème est dit complexe.

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Avant même d’apprendre à lire, l’enfant doit apprendre la phonétique. Je ne parle pas de la théorie du précédent paragraphe, mais de ce qu’elle décrit : les sons qui composent les mots. Les enfants doivent pouvoir distinguer les sons des mots, des plus simples, « vélo », aux plus complexes, « Schwarzenegger ». Les comptines sont une façon ludique d’apprendre à distinguer les sons des mots. Les recherches (14) démontrent qu’il est capital que les enfants de 5, 6 et 7 ans apprennent la phonétique.

La mémoire lexicale
La mémoire lexicale est la capacité de reconnaitre les lettres, les syllabes et les mots par leur carrosserie. Soit leur forme ou orthographe(15) . À l’écrit, dans un premier temps, l’enfant doit identifier les lettres avant de prononcer la syllabe. Par exemple, pour le mot « vélo », si l’enfant dit : « V » avec « É » cela fait « VÉ »; « L » avec « O »; cela fait « LO », donc « VÉ-LO », il démontre des compétences phonétiques, mais une mémoire lexicale limitée aux sons des lettres. S’il arrive à reconnaitre une syllabe, sans décomposer les sons qui la composent, il démontre une mémoire lexicale plus avancée. Ainsi, il verra la syllabe « VÉ », et la reconnaitra immédiatement, sans décomposer la syllabe en ses phonèmes. Et s’il reconnait le mot « vélo » globalement, il montre une mémoire lexicale de ce mot.

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TABLEAU 3 : Mémoire lexicale

Le travail sur la fluidité demande le développement d’une mémoire lexicale, tant des syllabes que des mots. Car le lecteur fluide reconnait les syllabes et les mots automatiquement, sans passer par le décodage phonème par phonème.

Un lecteur accompli décode rarement. Il reconnait globalement les syllabes et les mots. Prenez le nom de cette vedette du cinéma d’action, politicien américain d’origine autrichienne et culturiste de légende, Schwarzenegger. La première fois que vous avez vu ce nom, vous avez probablement fait comme moi et entrepris de le décoder lettre par lettre : S C H, cela fait CH…, avec un « W », cela fait CHW…, avec un « A », cela fait CHOUA, avec un « R » à la fin, cela fait CHOUAR. Pour finalement réussir à prononcer le mot au complet : CHOUAR-ZÉ-NÉ-GUEUR. Aujourd’hui, à la vue de ce nom, vous n’avez pas à recommencer à décoder : S C H W A, cela fait CHOUA… Vous reconnaissez le nom globalement. C’est ce que font les bons lecteurs.

Nous ne travaillerons pas la phonétique en détail, voici quelques conseils généraux. Quant à la mémoire lexicale, nous la travaillerons indirectement. Les exercices que nous allons voir vont contribuer à la développer.

Comment travailler la phonétique
Si vous désirez travailler la phonétique avec l’enfant, prononcez régulièrement les mots en articulant distinctement tous les sons qui les composent. Par exemple :

Un « camion de pompier » est composé des sons : CA-MI-ON DE POM-PI-É. Comme « pied » est composé des sons PI-É. Et « plier » est composé des sons PLI-YÉ et même PLI-I-É.

(Attention! Les mots CA-MI-ON et POM-PI-É n’existent pas, du moins ainsi prononcés. Il s’agit de faire prendre conscience à l’enfant des sons de base [phonème] qui composent les sons complexes des mots. Il faut par la suite revenir à la prononciation normale des mots.)

Le jeu du ralenti
Vous avez déjà vu au cinéma une scène reprise au ralenti où l’on entend la voix de l’acteur en distorsion. Si c’est un « gros tracteur », il devient un GGG-RRR-OOO TTT-RRR-AAA-K... TEUR-RRR.

Ce dernier exemple est difficile, mais c’est un jeu amusant.

Lisez ou chantez des comptines comme « La chanson de l’alphabet » . En utilisant le mot « comptine » sur les moteurs de recherche Internet, vous en trouverez beaucoup.

Ou vous en inventez :
Papa est sur le pot.
Papa fume la pipe.
Papa pue le tabac et le pipi.
Hi, hi, hi!

Le meilleur moyen de travailler la phonétique, c’est de travailler l’écriture. Après l’alphabet, si l’enfant apprend à écrire, il découvrira ainsi le principe alphabétique. Commencez par lui apprendre à écrire son nom, puis celui des gens et des objets significatifs autour de lui. Cela lui permettra de « se rendre compte qu’il existe une relation entre le mot oral et le mot écrit et que cette relation s’établit par des unités inférieures au mot, c’est-à-dire des phonèmes assemblés en syllabes. » Giasson (2003) p. 178.

(14) http://www.aboutkidshealth.ca/Fr/News/Columns/Education/Pages/Phonemic-awareness-and-phonics-What-they-are-and-how-they-differ-Part-2-of-2.aspx

(15) «… les scientifiques ont postulé d'existence d'une mémoire spécialisée dans le langage : le lexique mental, ou mémoire lexicale. Celle-ci contient toutes les informations sur les mots et symboles que l'on connait. Elle permet de savoir comment prononcer un mot, comment l'écrire, etc. Elle contient aussi les symboles comme les lettres, les syllabes, les sons d'une langue (maternelle ou non), et les chiffres, voire certains nombres. » Source : http://fr.wikibooks.org/wiki/Mémoire_lexicale (Cette page n'existe plus.)

CHAPITRE 13- Qu’est-ce qui distingue

fluidité et vitesse?

La vitesse est une des composantes de la fluidité.

Pour le National Reading Panel (2000), la fluidité fait référence à une lecture à voix haute avec exactitude, à un rythme soutenu et avec une expression qui traduit la compréhension.

1. Lire avec exactitude démontre une bonne mémoire lexicale des graphèmes, des syllabes ainsi que des mots courants.
2. Lire à un rythme soutenu correspond généralement à la vitesse de la parole.
3. L’expression doit être au diapason du sens. C’est important au début de l’apprentissage de la lecture pour impliquer le jeune lecteur. Il faut éviter qu’il se contente d’ânonner mécaniquement sans chercher à comprendre.

Donc la vitesse est une des composantes de la fluidité et fait référence au rythme de lecture. C’est-à-dire au temps requis pour comprendre un texte simple. La vitesse de lecture se mesure avec la compréhension, puisque la lecture n’a de sens que s’il y a compréhension. Pour situer la vitesse dans une échelle comparative, on utilise la vitesse de la parole comme point de référence (voir tableau 4).

Pourquoi utilise-t-on souvent le mot fluidité pour désigner la vitesse de lecture?

(Ce qui suit contient des précisions pointilleuses, mais nécessaires.)
Le concept de fluidité inclut une notion de vitesse (rythme soutenu), donc il est approprié d’utiliser le mot fluidité lorsqu’en fait l’on parle de la vitesse de lecture des enfants. Toutefois le travail sur le rythme de lecture peut se faire indépendamment des autres compétences de la fluidité, donc il est important de les distinguer.

Les compétences de la fluidité sont synergiques, c’est-à-dire que travailler sur l’un renforce les autres. Le décodage (compétence de la lecture exacte) est un prérequis à la vitesse (rythme soutenu). Une vitesse trop lente fait perdre de la compréhension. Comprendre ce qu’on lit facilite le décodage des mots parce que saisir le sens permet de supposer (anticiper) ce qui vient. Donc la vitesse en favorisant la compréhension aide indirectement au décodage.

Cet extrait d’un document du Réseau canadien de recherche sur le langage et l’alphabétisation explique l’importance de travailler la rapidité de décodage pour favoriser la compréhension :

L’atteinte de la fluidité en lecture est essentielle pour les élèves. Elle suppose que les élèves aient automatisé les stratégies d’identification des mots (« décodage »), ce qui leur permet de mobiliser leurs ressources cognitives pour comprendre le texte.

Les élèves qui obtiennent les résultats les plus faibles sur le plan de la fluidité ont également les résultats les plus faibles en compréhension (Jenkins, Fuchs, van den Broek, Espin, et Deno, 2003).

Les élèves qui n’ont pas développé des capacités de base sur le plan des correspondances graphème/phonème et de l’identification de mots ne peuvent pas améliorer la fluidité par des pratiques de lecture silencieuse indépendante; des approches visant l’enseignement de la fluidité sont plus efficaces (Kuhn et Stahl, 2003; National Reading Panel, 2000).

Si les stratégies d’identification des mots écrits ne sont pas suffisamment rapides, les mots déjà lus disparaissent de la mémoire de travail avant que les mots suivants puissent être reconnus, ce qui entrave l’établissement des liens entre les mots et, ce faisant, la compréhension du texte dans son ensemble (Kirby, 2006).

Ce livre innove par ses exercices de vitesse et l’introduction du pointeur pour favoriser le développement du rythme de lecture. La vitesse en lecture est malheureusement une compétence mal comprise et insuffisamment travaillée.

Pourquoi la vitesse est-elle une compétence négligée et même méprisée?
Il faut bien le dire, dans le monde d’aujourd’hui, la vitesse est souvent mal vue. La vitesse est associée à la malbouffe, au danger, au stress, à la camelote et au bas de gamme. Elle est aussi synonyme de services bâclés, donnés à la va-vite, marqués par la négligence, la superficialité et l’irrespect. Bref, on préfère la qualité surtout quand on parle de l’éducation de nos enfants. C’est ce qui explique pourquoi les enseignants préféreront parler de fluidité ou de rythme de lecture, moi le premier. Notre intuition veut que vitesse et compréhension ne fassent pas bon ménage.

Cette méfiance envers la vitesse est dommageable. Bien des lecteurs à la fluidité accomplie pourraient facilement bénéficier d’une meilleure vitesse. Répétons que la vitesse favorise le plaisir de lire.

Quelle est la vitesse d’un lecteur « normal »?
Avant de répondre plus longuement à cette question, je vous invite à jeter un coup d’œil au tableau 4 qui donne une échelle des vitesses avec neuf catégories de lecteurs. La vitesse de la parole étant considérée comme l’étalon, le point de comparaison.

Quelle est la vitesse de la parole? Giasson (1980, 2003) avance qu’elle tourne autour de 150 m/m. Cependant le nombre le plus souvent avancé est 170 m/m ce qui correspond à mes calculs. Toutefois, la réalité est que les gens ont des personnalités différentes, ce qui se traduit par des débits différents. De plus, nous varions notre débit selon les circonstances. Donc il est plus juste de donner une plage de vitesse. En fait, lorsque nous parlons notre débit varie entre 150 et 200 mots à la minute (m/m).

Le lecteur moyen lit légèrement plus vite que la vitesse de la parole, soit entre 200 et 250 m/m.

Quelle est la vitesse de lecture optimale? Voici ce que dit Mme Jocelyne Giasson à propos des niveaux de vitesse que peuvent espérer les meilleurs lecteurs :

« La vitesse de la lecture orale atteint assez rapidement un plafond situé autour de 150 mots/minute, ce qui représente le débit moyen d’une conversation. [...] La vitesse de la lecture silencieuse continue de progresser et peut atteindre deux à trois fois la vitesse de la lecture orale. C’est ordinairement vers la troisième ou la quatrième année que les enfants commencent à lire silencieusement plus vite qu’oralement. »

« Deux à trois fois la vitesse de la lecture orale. » Si l’on prend le chiffre de 150 m/m, cela signifie que les meilleurs peuvent atteindre de 300 à 450 m/m.
Il faut surtout retenir qu’il est normal que la lecture silencieuse soit plus rapide que la lecture orale. Donc, à partir de 10 ou 11 ans :


• 150 m/m est un minimum,
• 200 m/m et plus est souhaitable et devrait être recherché,
• les meilleurs peuvent atteindre plus de 300 m/m.

À quelle vitesse faut-il lire pour avoir le maximum de plaisir à lire?
Je rencontre régulièrement des personnes qui s’interrogent sur l’intérêt et la pertinence de lire plus vite. Je leur réponds ce qui suit.

« Observez autour de vous, vous remarquerez que les gens qui lisent beaucoup sont presque toujours des gens qui lisent vite. Ceux qui aiment lire et qui lisent beaucoup lisent vite. À l’opposé, ceux qui lisent lentement lisent peu, ou même ils ne lisent pas du tout. Parmi les lecteurs lents, il y a parfois des gens qui aiment lire. Mais quand même ils lisent peu, souvent faute de temps, vous diront-ils. »

Bien que je défende l’idée que la vitesse favorise le plaisir de lire, je le répète, elle n’est pas le facteur déterminant : la compréhension est le facteur le plus important dans le développement du plaisir de lire. Mais la vitesse peut être développée sans nuire à la compréhension et même en l’améliorant.

Les élèves avec des problèmes de lecture bénéficient des exercices de vitesse. Beaucoup découvrent le plaisir de lire lorsqu’ils sont initiés au pointeur et libérés de l’obligation de reconnaitre tous les mots (nous détaillerons cette consigne au chapitre suivant). Cela leur permet d’avancer dans l’histoire et de découvrir qu’elle a un sens. Ce qu’ils ne sont pas en mesure de faire lorsqu’ils butent et s’acharnent sur des mots.

Il ne s’agit pas de négliger la lecture exacte (sans hésitations), mais il n’est pas nécessaire qu’elle soit toujours priorisée. Toutefois, le fait de pouvoir dégager le sens de l’histoire entraine le plaisir de lire. Lire c’est comprendre. Et l’on peut comprendre, sans tout décoder, grâce au contexte et à l’anticipation du sens.

Comme lorsqu’on lit dans une langue étrangère qu’on ne maîtrise pas parfaitement : on peut comprendre un texte sans en connaître tous les mots. Mais si l’on s’interrompt trop souvent pour chercher les mots inconnus dans le dictionnaire, on finit par fatiguer et perdre le fil de l’histoire.

À l’inverse, se préoccuper uniquement de décoder correctement chaque syllabe ne permet pas la compréhension ni le plaisir de lire. Nous verrons que lire, sans prioriser la lecture exacte, favorise la compréhension et ainsi le plaisir de lire. Et cette exposition plus grande et plus significative aux mots, développe la mémoire lexicale, engendrant ainsi un cercle vertueux.

Cette constatation peut s’appliquer aussi aux adultes qui sont aux échelons 1, 2, 3 et même 4 du tableau 4, car les lecteurs adultes lents et très lents ont souvent des problèmes de mémoire lexicale.

À noter que certains lecteurs moyens vont chercher, en lecture silencieuse, à avoir une lecture exacte comme s’ils lisaient à voix haute. Ils prononcent mentalement chaque syllabe; ils respectent les temps de la ponctuation. Ils vont même s’appliquer, toujours mentalement, à avoir une intonation élégante et théâtrale. C’est la façon éprouvée d’enseigner la compréhension en lecture orale chez le lecteur débutant. Par contre, ce n’est pas une bonne façon de lire silencieusement. En lecture silencieuse, ces comportements mécaniques et théâtraux ont moins de pertinences. Et si vous voulez dépasser les 200 m/m, cela devient un obstacle. Toutefois, il n’est pas nécessaire de les interdire, les exercices de vitesse avancés permettent de dépasser cette attitude. Il arrive que je rencontre des adultes qui sont attachés à cette façon de lire. Je leur recommande de s’amuser à faire silencieusement l’exercice de la pie bavarde (voir chapitre 18).

Cela dit, on peut quand même légitimement poser la question de la vitesse idéale.

Lire en bas de la vitesse de la parole est une activité laborieuse et insatisfaisante. Lorsqu’on lit très lentement, il est plus intéressant d’écouter un conférencier, la radio ou la télé que de lire. Il vaut mieux demander à un ami de nous faire la lecture, cela va beaucoup plus vite.

I ma gi nez quel qu’un qui vous par le en ar ti cu lant dis tinc te ment cha que syl la be, ce la de vient vi te en nuy yant.

Pour les catégories 1 et 2 de notre échelle de vitesse, il est rare de trouver parmi eux des lecteurs assidus.

Maintenant, supposons que vous aimez déjà lire et que vous avez une bonne compréhension. Et imaginons que vous augmentez soudainement votre vitesse de lecture sans perdre de compréhension. Que, croyez-vous, va-t-il se passer? Mon expérience avec les participants à mon séminaire, c’est que vous allez alors découvrir un plus grand plaisir de lire.

Que préférez-vous?
Lire à 200 m/m avec une rétention de 90 % ou
lire à 400 m/m avec une rétention de 90 %?

Et pour votre enfant, que préférez-vous?
Qu’il lise à 150 m/m avec une rétention de 70 % ou
qu’il puisse lire à 200 m/m avec une rétention de 70 %?

À cette dernière question, vous seriez en droit de me répondre : je préférais
qu’il lise à 150 m/m avec 100 % de rétention.

Eh bien! Un des meilleurs moyens pour atteindre ce dernier résultat, c’est de travailler sa vitesse! Pour améliorer la rétention d’un enfant qui lit à 150 m/m avec 70 % de rétention, travaillez sa vitesse. Lorsqu’il pourra lire à 200 m/m avec 70 %, il aura de meilleures chances de lire à 150 m/m avec 80 %. Cela dit sous toute réserve, car bien d’autres facteurs affectent la rétention.

Par ailleurs, il faut savoir que les bons lecteurs varient leur vitesse. Ils accélèrent dans les passages traitants de points faciles ou secondaires à l’intrigue principale. Ils ralentissent quand les situations se corsent ou le passage suscite davantage d’intérêt. Ils conservent ainsi une meilleure concentration et un plus grand plaisir de lire. Comme s’ils avaient toujours la main sur la zappette et quand ce qui se passe est moins intéressant : hop, on appuie sur le bouton « avance rapide »!

Finalement, pour répondre à la question, je situe la vitesse idéale autour de 300 m/m, selon les dispositions de chacun bien entendu. J’invite les participants qui terminent mon séminaire en lisant en bas de ce seuil à persévérer. Ils doivent continuer à entrainer leur vitesse, car il est normal de lire à 300 m/m. Par contre, les participants qui atteignent 400 et 500 m/m, mais avec une rétention inférieure à 80 %, je les invite à ralentir.

Les craintes des parents d’un élève qui bégayait
Stéphanie Boudreaux-Carrier, enseignante au Collège des compagnons, raconte cette histoire dans une vidéo que vous pouvez voir sur mon site . La mère d’un garçon de 13 ans, qui bégayait, s’était montrée anxieuse en apprenant qu’on lui enseignerait la lecture efficace. Surtout que cette activité comprenait des exercices de vitesse. Elle affirmait que son fils avait déjà fait des exercices du genre et que cela avait accentué son bégaiement. Elle souhaitait qu’on soit très prudent dans la pratique de ces techniques. Elle a rapidement constaté que le bégaiement de son fils n’était pas affecté. Et surtout, qu’il avait progressé en tant que lecteur. Des résultats qui sans être spectaculaires n’en étaient pas moins substantiels. Elle avait réalisé qu’il s’agissait beaucoup plus de viser une plus grande compétence en lecture. Qu’en fait, la vitesse n’était qu’un moyen parmi d’autres, en vue d’atteindre cet objectif.

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Quatrième étape : Développer les

prérequis à la fluidité (la lecture guidée)



Avant de développer une vitesse avancée, l’enfant doit être capable de lire sans ou avec peu d’hésitations. Ce qui devrait être le cas vers la 3e année. Sinon vous devrez lui enseigner la fluidité.

« Les élèves qui n’ont pas développé des capacités de base sur le plan des correspondances graphème/phonème et de l’identification de mots ne peuvent pas améliorer la fluidité par des pratiques de lecture silencieuse indépendante; des approches visant l’enseignement de la fluidité sont plus efficaces (Kuhn et Stahl, 2003; National Reading Panel, 2000). »

Bref, sans aide l’enfant n’y parviendra pas. Il est nécessaire d’accompagner l’enfant dans ses lectures et de le guider. Voici les rudiments de la LECTURE GUIDÉE.

Petits conseils avant de commencer

Aux parents qui me demandent ce qu’ils peuvent faire pour aider leur enfant qui a des difficultés de lecture, je réponds de travailler le plaisir de lire et de laisser à l’école le soin de s’occuper de la mécanique. Surtout si l’enfant est déjà suivi par un orthopédagogue ou si son enseignant a développé un programme pour lui.

Ce qui suit est assez basique et met l’accent sur le plaisir de lire, cela ne devrait pas poser de problème. De plus, je vous recommande de faire des séances très brèves, 10 minutes max, et de vous amuser. Toutefois, développer un bon partenariat avec l’enseignant est capital. Communiquez-lui ce que vous faites. Suivez ses recommandations.


Le chapitre 14 contient un des plus importants conseils de ce livre. Bien que contre-intuitif, et pour beaucoup en rupture avec les méthodes établies, il fera des merveilles pour donner le goût de lire à votre enfant.



CHAPITRE 14- Que faire lorsque

votre enfant bute sur un mot

ou se trompe de mot?

En situation de lecture pour le plaisir.

Cela dépend du contexte.

Si vous travaillez le décodage, là bien sûr vous devez travailler les mots sur lesquels il bute ou se trompe. Toutefois il y a une façon de le faire que j’explique dans le chapitre 16.

Si vous lisez dans le but de vous divertir ou de mettre l’accent sur la compréhension: la règle générale, c’est qu’il faut éviter d’interrompre la lecture. Pour lire et comprendre, il faut que l’histoire se déroule. Si l’enfant doit s’arrêter constamment pour décoder les mots, il va perdre le fil de l’histoire. Et si la lecture devient trop laborieuse, elle peut devenir synonyme de corvée.

Avant d’entrer dans les détails de cette règle, laissez-moi vous raconter une histoire, un évènement qui m’est arrivé il y a quelques années.

J’étais chez un couple d’amis dont la deuxième des trois filles, Milly, avait sept ans. Milly connaissait mon intérêt pour l’enseignement de la lecture. Je discutais souvent avec sa mère, enseignante, de l’importance de faire la lecture aux enfants. Elle savait que je m’intéressais aux livres pour enfants.

Milly était allée chercher un livre dans sa chambre et elle voulait me faire la lecture. Je lui ai dit « D’accord! » Je l’ai aidée à s’installer sur mes genoux et elle a commencé à lire.

Sa lecture était très fluide. Elle articulait précisément chaque syllabe. Son intonation était un peu affectée : elle étirait la chute des groupes de mots avec une expression traînante. Après quelques phrases, j’ai interrompu sa lecture en cachant le dernier mot du groupe de mots qu’elle venait d’entamer. Elle m’a regardé, l’air étonné. Je lui ai demandé quel était le mot que je venais de cacher. Je ne me souviens plus exactement de la phrase, mais c’était quelque chose comme : « Dans l’arbre, il y avait un petit... »

Intermède…

Un petit... quoi?
A) oiseau
B) animal
C) écureuil
D) pizza Margarita
E) aucune de ces réponses

Si vous avez dit « D », pizza Margarita. Cela signifie que vous n’avez pas compris le début de la phrase! Peut-être est-ce parce que vous avez faim et que vous avez cru que cette phrase était extraite d’un menu… Quoi qu’il en soit, prenez une pause!

Si vous avez dit « A », oiseau. Vous êtes logique et cultivé! Car c’est ce qu’on a le plus de chance de retrouver dans un arbre. Vous venez d’inférer et c’est un signe clair que vous avez compris ce que vous avez lu.

Si vous avez dit « B », animal. C’est bien! Vous venez d’inférer et en plus vous avez choisi un terme générique. Vous augmentez ainsi vos chances d’avoir raison et, au jeu du pendu, vous auriez le droit à une autre chance. Vous êtes un petit futé!

Si vous avez dit « C », écureuil. Vous avez choisi la bonne réponse. Félicitations! Maintenant, avez-vous triché? Peut-être qu’avant de lire ce passage, vous avez survolé le texte et avez vu l’image d’un écureuil dans un arbre… Cela vous a en quelque sorte soufflé la réponse. En fait, ce n’est pas triché, c’est une stratégie d’anticipation qui favorise la compréhension. C’est même la clé pour être un bon lecteur qui lit avec fluidité et compréhension. Nous allons bientôt voir pourquoi. Mais avant, vous vous demandez certainement ce que Milly a répondu.

Retour à l’histoire…

Lorsque je lui ai posé la question, je ne lui ai pas donné de choix de réponses, elle a dit spontanément : « animal! ? » J’ai alors enlevé la main, c’était « écureuil ».

Je me suis alors montré enthousiaste. Je lui ai dit, « Tu es bonne, un écureuil, C’EST UN PETIT ANIMAL! »

Nouvel intermède…

Que faire lorsque la méprise a du sens dans le contexte?
D’un point de vue de compréhension en lecture, elle avait anticipé correctement le sens. C’était signe qu’elle comprenait ce qu’elle lisait.

Si elle m’avait répondu : « pizza Margarita ». Je me serais interrogé : « Soit qu’elle a faim, soit qu’elle pense qu’elle lit un menu? » Mais indéniablement, cela aurait été signe qu’elle ne comprenait pas ce qu’elle lisait.

Lorsque l’enfant se trompe de mot et qu’il a du sens dans le contexte : il ne faut surtout pas le corriger. Pourquoi! D’abord, parce que c’est signe qu’il a saisi le sens, donc qu’il comprend. Mais surtout, cela démontre qu’il anticipe ce qu’il lit. L’anticipation est une excellente stratégie de lecture. C’est même ce qui caractérise les bons lecteurs. Le bon lecteur cherche à anticiper le mot qui vient. La phrase qui suit. Le sens du paragraphe qu’il est en train de lire. Et même le sens que l’auteur cherche à développer dans le chapitre et la suite du livre. Corriger un enfant qui se trompe de mot, alors que ce mot peut être pertinent, c’est l’amener à régresser. Ça revient à accorder plus d’importance à la précision qu’à la compréhension. Ce qui est ridicule. Pour devenir un bon lecteur avec une bonne compréhension, l’enfant doit développer sa compétence à anticiper.

« Le bon lecteur commet très peu de méprises qui changent le sens de la phrase et il les corrige s’il en commet; par contre, il ne corrige pas les méprises qui ne changent pas le sens de la phrase. » Giasson 2003, p 215

Nous y reviendrons.

Que faire quand la méprise n’a pas de sens dans le contexte?
Lorsqu’un enfant se trompe de mot et qu’il n’a pas de sens dans le contexte : on ne le corrige toujours pas! Il faut le laisser terminer sa lecture. S’il comprend ce qu’il lit, il va s’en rendre compte et revenir se corriger. S’il commet régulièrement des méprises sans se reprendre, c’est signe qu’il ne comprend pas ce qu’il lit. Cela veut aussi dire que le livre entre ses mains est trop difficile. Son vocabulaire est trop complexe pour son niveau de connaissance. Il faut alors choisir un livre plus facile, dont le vocabulaire correspond à ses connaissances. Cette dernière consigne est plus litigieuse, car ce genre de méprise est le signe d’une lacune en décodage qu’il ne faut pas négliger.

Nous y reviendrons aussi.

Je termine l’anecdote…

Milly a repris sa lecture. À intervalles réguliers, j’interrompais sa lecture en cachant le dernier mot de la phrase qu’elle lisait. Elle a vite compris mon petit jeu. Elle s’est mise à anticiper, non deviner, le mot que j’allais cacher.

Non deviner, parce que deviner c’est y aller au hasard. C’est dire un peu n’importe quoi dans l’espoir de tirer le bon numéro. Cela évite l’effort de réflexion nécessaire pour inférer le sens. Alors qu’anticiper, c’est faire une hypothèse, à la manière d’un scientifique, et aller vérifier la validité de cette hypothèse.

Dans l’espace de quelques minutes, j’ai vu sa façon de lire se transformer complètement. Elle a cessé de lire avec cette intonation affectée. Elle a arrêté de prononcer les voyelles muettes. Sa lecture est devenue beaucoup plus rapide. Sa compréhension était impeccable : elle anticipait toujours correctement le mot caché, pas juste le sens, mais le mot exact.

À la fin, sa vitesse était tellement rapide que je n’arrivais plus à cacher de mots. Il aurait fallu que je cache un mot sur la ligne suivante, enlevant du coup tout sens à l’exercice. Ce genre d’exercice est impossible à faire avec un bon lecteur, ils lisent trop vite. C’est généralement vers le début de la deuxième année (CE1) que cet exercice est possible. Vers la fin de la 2e année, il n’est déjà plus possible de faire cet exercice avec les meilleurs.

Bref, en moins de quelques minutes, simplement en l’incitant à anticiper, elle lisait plus vite avec une meilleure compréhension. L’anticipation est une stratégie clé en compréhension. Nous verrons plus en détail les stratégies d’anticipation.

Témoignage

Allo Daniel,

Simplement pour vous dire que j’ai apprécié votre conseil… je ne reprends plus ma fille quand elle me fait la lecture et depuis, elle a fait énormément de progrès. Elle apprécie tellement qu’elle me fait la lecture chaque soir. La vie est belle!

Au plaisir,

J. H.


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Illustration 7 : Un petit... quoi?

CHAPITRE 15- Assurer la compréhension

et la mémoire à long terme

Avant de travailler le décodage.

Nous avons vu que lors d'une première lecture, il faut privilégier la recherche de sens. Si l’enfant bute sur un mot, la consigne générale, c’est de ne pas s’attarder. Il faut l’inviter à continuer sa lecture, à passer au mot suivant.

C’est une consigne qui est plus difficile qu’elle ne paraît, car contre-intuitive, pour vous et l’enfant. Au départ, vous aurez tendance à vouloir lui souffler les mots sur lesquels il butera. Ce n’est pas mauvais. Sauf quand le but est de lui apprendre à développer son autonomie comme lecteur. Pour l’amener à prendre l’habitude d’avancer, il faudra vous retenir.

Donc, lorsqu’en première lecture, il butera sur un mot, ne le laissez pas s’acharner, ne lui soufflez pas la syllabe. Invitez-le à passer au mot suivant. Rappelez-lui : « Quand tu ne reconnais pas un mot, passe au suivant ».

L’idée c’est de mettre l’accent sur la recherche de sens. Car c’est la nature profonde de l’acte de lecture. Lire ce n’est pas s’acharner sur chaque syllabe de chacun des mots qu’on rencontre. Lors d’une première lecture, l’effort doit être mis sur la compréhension et non sur le décodage. La compétence à décoder doit être travaillée après. Elle sera plus facile à améliorer, si l’enfant développe son intérêt pour le texte d’abord. Oui, la mécanique de la lecture est importante, mais il faut mettre l’accent sur le sens avant. Sinon les exercices de décodage risquent de devenir laborieux et pénibles. Et la lecture deviendra pour l’enfant synonyme de travail accablant.


Exemple d’exercices en post-lecture :

Votre enfant vient de lire un court texte de 200 mots. Il a buté sur 10 mots et les a sautés. Il faudra retravailler le décodage de ces 10 mots, mais avant il faut revenir sur le texte.

Échanger
Avant de revenir sur ces dix mots, demandez-lui de résumer ce qu’il vient de lire en lui posant une question du genre : que vient-il de se passer? Raconte-moi ce qui vient de se produire.

C’est un exercice difficile pour un enfant, et même pour un adulte, alors acceptez qu’il soit imprécis. C’est très bien s’il ne fait que donner des mots, des expressions ou des idées simples.

Répondre à des questions peut être pénible, il ne faut pas insister non plus. En général, les jeunes enfants adorent cela, mais pas les préados. N’oubliez pas que le 10e droit imprescriptible du lecteur de Daniel Pennac est « Le droit de nous taire ». Je ne comprenais pas ce droit au début. D’autant plus que j’encourage les gens à parler de leurs lectures. Pennac s’est expliqué à « Tout le monde en parle ». C’est le droit qu’ont les enfants de lire sans être assommé de questions. Cela s’appelle de la lecture libre, une activité importante pour développer le goût de lire.

Mais ici, on n’est pas en lecture libre. Il est important de s’assurer de sa compréhension, surtout si l’on soupçonne le texte d’être trop difficile. Cela peut se faire rapidement, il n’est pas nécessaire de s’étendre. Mais c’est encore mieux si vous transformez cela en jeu.

1. Jouez à tester sa mémoire
La meilleure façon de se préparer à un examen, c’est de tester sa mémoire. Cela a été prouvé par de nombreuses études. Étudier avec un collègue en se questionnant mutuellement est non seulement ludique et social, mais aussi très efficace.
Faites-le parler puis parler à votre tour avec emphase et passion des mêmes questions:

• Qu’est-ce qu’il a aimé ou n’a pas aimé?
• Qu’est-ce qu’il a trouvé drôle ou triste?
• Qu’est-ce qui lui a fait peur?
• Qu’est-ce qui serait arrivé si…?

Résumez à votre façon l’histoire et demandez-lui de vous aider à la compléter ou à la préciser.

2. Parler de ce qu’on a lu favorise la mémoire à long terme
Si l’enfant aime parler de ce qu’il a lu, sautez sur l’occasion. Raconter c’est se souvenir. Les livres ou les films dont vous vous souvenez le mieux sont ceux dont vous avez parlé. Pour traiter un stress post-traumatique, on ne demande plus au patient de raconter l’évènement vécu : cela ne fait que rendre le souvenir plus puissant.

3. Parler de ce qu’on a lu favorise la compréhension
« Une idée n’est pas complète tant qu’elle n’est pas exprimée. » C’est vrai pour les idées simples, mais encore plus pour les idées complexes. Je ne compte plus les professeurs qui m’ont dit : « J’ai compris ma matière, le jour où j’ai eu à l’enseigner ». Raconter, expliquer, cela nous oblige à mettre de l’ordre dans nos idées. Cela nous permet de vérifier l’état de notre compréhension et nous inciter à réviser pour la parfaire si nécessaire.

Nous l’avons vu, la compréhension c’est le travail d’une vie et la mission de tous. Échanger sur vos lectures ne doit pas être réservé au travail sur le décodage, mais faire partie du quotidien. Échangez avec lui sur ses lectures et vos lectures. Il en viendra à lire en pensant à ce qu’il vous dira. Je le sais, je le vis. Mon ami Jacques Bernier me demande souvent : « Daniel, que lis-tu de ce temps-là? » Lorsque je viens de terminer un livre intéressant, je pense à lui et je me prépare à notre discussion. Cela me rend plus alerte dans mes lectures.


4. Club de lecture
Pour en venir à « penser lecture », voici une excellente activité à faire en famille.

Formez un mini-club de lecture.* Il peut être limité qu’à vous deux. Vous pouvez aussi inviter les autres membres de la famille et des amis à s’y joindre. À la base, on y parle du même livre ou de quelques livres que tous doivent avoir lus.

Lire en sachant qu’on va avoir à parler de sa lecture est motivant. Cela favorise la concentration et la rétention. Et c’est on ne peut plus ludique.

*(Voir annexe 2 : Comment former un club de lecture?)

Relire
Puis relisez-lui le texte. Lorsque vous arrivez à un mot qu’il a sauté, arrêtez-vous et faites-le lire. Maintenant qu’il connaît le sens du texte, il aura moins de difficulté à décoder ces mots. Il sera en mesure d’anticiper leur sens. Maintenant il possède un indice puissant pour le guider dans le décodage, le sens du texte.

Puis s’enchaînera un cercle vertueux :

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Le cercle vertueux de la consigne de sauter les mots difficiles

CHAPITRE 16

Travailler les graphèmes problématiques

L’enfant va quand même continuer à buter sur des mots.

Malgré tout, le contexte ne suffira pas à l'aider à reconnaître les mots moins courants aux graphèmes plus complexes.

Dans un premier temps, donnez-lui un indice en pointant un mot semblable dans le texte (jamais en dehors du texte, car c’est avec le texte devant lui qu’il doit développer ses stratégies).

Notez les mots sur lesquels il bloque ou il hésite le plus souvent, plus spécifiquement les graphèmes. Puis pensez à des exercices à faire pour l’aider à mémoriser ces graphèmes.

Commencez toujours par l’erreur qui revient le plus souvent.

Par exemple, la phrase suivante : « Élisabeth a attrapé une écrevisse ».

L’enfant bute sur le graphème complexe « CR » de « éCRevisse ».

Nous supposons qu’il sait que les phonèmes « C » et « A » font la syllabe « CA » comme dans « capitaine » et « C » et « O » font « CO » comme dans « copain », de même que « R » et « A » font « RA » comme dans « raton », etc. Mais qu’il ne sait pas que « C », « R » et « A » font « CRA » comme dans « crapaud ».

Voici une procédure générale :

1. Préparation
Faites une liste de mot commençant par C, puis par R et puis par CR. Vous les écrivez sur une feuille.

2. Travailler le C (20 secondes)
Vous lui rappeler que la lettre « C » fait le son C… Et si l’on place les voyelles a, o, u, cela fait :

CA comme dans canon
CO comme dans copain
CU comme dans cul* ou culotte

Cela devrait se faire très vite, car en principe il a des difficultés avec « CR » pas avec la consonne « C ». Il faut alors éviter de l’ennuyer avec ce qu’il sait déjà.

*Est-ce que l’enfant sait qu’il existe différents niveaux de langage? Que certains mots ne peuvent être dit en tout temps? Si oui, n’ayez pas peur de jouer avec ces mots. Les enfants les mémorisent facilement et on aurait tort de ne pas s’en servir. Sinon, éviter de le faire ou profitez-en pour faire la distinction. Si ce n’est pas votre enfant, ne vous placez pas en situation de controverse.

3. Faites la même chose avec R

Raton laveur
Record
Rideau
Rodéo
Rhume

4. Puis, demander ce que fait C avec R :
Cela fait kkkrrrr… Présentez-lui le mot « creton » et laissez-le lire le mot.
Utilisez de nouveaux mots :

Crrrrr… oquette
Craquelin
Crèche de Noël
Écrire.
Micro
Cruche

Vous voyez le topo?

Vous ne devriez pas travailler plus que deux minutes par graphème. Consacrez plutôt le gros de votre temps à lire de vraies histoires. Faites surtout attention de ne pas faire d’exercices ennuyants, mécaniques qui n’ont pas de sens. Utilisez des mots qui ont du sens pour lui. Des noms de personnes qu’il connaît. Des objets qu’il possède. Des mots référents à ses intérêts : sports, émissions de télévision, films, jeux, jeux vidéos. Écrivez des phrases ou de courts textes contenant ces mots et racontant des évènements que vous avez vécus ensemble. Si c’est rigolo, c’est encore mieux.

Christian a croqué le craquelin au creton en criant : « Crime de bine que c’est bon! » ou « Crotte de chèvre que c'est bon! »

- Si c’est vous qui lisez et que vous tombez sur un graphème travaillé, faites-le lire. - Si l’enfant n’arrive toujours pas à le décoder, montrez-lui dans la même page un commençant ppar C, puis un autre commençant par R. Puis demandez-lui: «Les deux consones ensemble font donc... ?»

- Si nécessaire, rappelez-lui les mots vus (micro, cruche).

- S’il n’est toujours pas capable, reprenez plus tard la leçon du CR. En attendant, soufflez-lui la réponse.

- Ne vous éternisez pas. Ne dépassez pas 15 à 20 secondes. La lecture ne doit pas devenir une épreuve.

- Marquez l’emplacement d’un crochet et après avoir travaillé les graphèmes échoués, faites-lui relire les phrases crochetées.

Que faire lorsque votre enfant bute ou se trompe sur beaucoup de mots?

S’il rencontre des difficultés sur beaucoup des mots, c’est que le texte est trop difficile. Il faut alors passer à un livre plus facile.

S’il s’agit d’une lecture obligatoire, lisez chaque phrase en premier, puis demandez-lui de la relire. Éviter que la lecture devienne une activité pénible, sinon il ne développera pas le goût de lire. Oui, il doit faire des efforts! Oui, il doit travailler! Mais il faut y aller progressivement afin d’éviter le découragement.

Il doit aussi connaître du succès et vivre des victoires. Si vous sentez le découragement poindre, il vaut mieux terminer par une lecture « dessert ». Choisissez une histoire qui va l’amuser ou l’intéresser. L’idée c’est de ne pas terminer sur un échec pour conserver son plaisir de lire. Présentez cette dernière lecture comme une récompense pour ses efforts. Quoi qu’il en soit, n’allongez pas indument la séance.

Dyslexie
La dyslexie recouvre une diversité de problèmes qui ne concernent pas exclusivement la lecture. On ne peut faire de diagnostic général et surtout prétendre qu’une seule stratégie peut régler un problème aussi complexe.

Mon expérience avec les dyslexiques, c’est qu’à peu près la moitié d’entre eux bénéficient de l’utilisation d’un pointeur et de la consigne de passer les mots qu’ils ne comprennent pas.

1. Le pointeur Une étude signale que 50 % des dyslexiques ont des mouvements erratiques de l’œil. Lorsqu’ils lisent, le déplacement de l’œil en saccade se fait péniblement et irrégulièrement. Comme nous l’avons vu avec l’exercice du chapitre 3, le pointeur favorise un mouvement plus fluide de l’œil.

2. Passer les mots difficiles
Beaucoup de dyslexiques ont l’habitude de s’acharner sur chaque syllabe de chaque mot. En les incitant à avancer, ils découvrent que l’enchaînement des mots, malgré les nombreux chainons manquants, leur permet de comprendre.

Récompenser l’effort
Après chaque séance, félicitez l’enfant pour l’effort qu’il a fait. Il faut toujours récompenser les efforts faits par l’enfant, plus que ses accomplissements et beaucoup plus que ses qualités. Ne lui dites pas qu’il est bon, intelligent, beau, fort, doué. Dites-lui : « Tu as travaillé fort, bravo! Je suis fier de toi! » Puis comme vous avez travaillé avec lui vous pouvez dire : « On a travaillé fort, on mérite une petite récompense! » Et… chatouillez-le!

Carol Dweck (2010) explique que la réussite relève d’un état d’esprit et non de nos qualités. Si vous pensez que vous êtes né comme vous êtes et que vous ne pouvez pas changer, vous êtes mal parti. Si vous pensez qu’en faisant l’effort nécessaire vous allez progresser, peu importe votre intelligence et vos dons… vous allez progresser!

Les enfants à qui l’on répète qu’ils sont doués ou intelligents risquent de développer la peur des défis ou des épreuves, car un échec remettrait en question leur statut de personne intelligente ou douée. Faire un effort devient une source d’anxiété. Ils ont plus à perdre qu’à gagner. S’asseoir sur leur réussite devient pour eux, inconsciemment, le meilleur moyen de préserver leurs acquis.

Les enfants récompensés pour leurs efforts n’ont pas peur d’affronter de nouvelles épreuves, aussi difficile que cela puisse être. Pour eux, plus c’est difficile, mieux c’est. Car ils se définissent (état d’esprit) par leur persévérance et leur capacité à progresser à travers les épreuves.

Le renforcement positif
Le renforcement positif est très efficace, mais il doit être immédiat. La meilleure des récompenses, c’est l’attention que vous lui donnez, le temps que vous passez avec lui.

Savez-vous comment l’on dresse les orques, ces géants noirs et blancs de trois tonnes, tueurs de baleines, que l’on voit dans les grands aquariums? C’est par la récompense. On ne peut pas punir ce genre d’animal. La journaliste Amy Sutherland (2009) a passé six mois dans un centre où l’on forme les dresseurs de cirques et de zoos. Elle a appris qu’ils ne punissent jamais les animaux, sauf dans les situations d’urgence.

Elle en a été tellement impressionnée qu’elle s’est mise à utiliser la technique d’attention sélective avec son mari. En gros, elle a ignoré ce qui l’embêtait et l’a félicité avec emphase quand il faisait ce qu’elle souhaitait. Comme jeter son linge sale dans le panier à linge plutôt que de le jeter à côté. Elle raconte que la première fois, elle en était tellement ravie, qu’elle a failli lui lancer un maquereau… Cela a si bien fonctionné que son mari s’est mis à lui servir la même recette. Pourtant elle ne lui avait rien expliqué de son manège. Elle a appliqué le même procédé à sa relation avec son patron, afin notamment d’obtenir de meilleures assignations. Encore là, succès sur toute la ligne, sans qu’elle ait à lancer la moindre sardine.

CHAPITRE 17- Comment développer

compréhension et fluidité en anticipant?

L’anticipation est un élément clé pour favoriser fluidité

et compréhension. Comme nous l’avons vu avec Milly.

La moitié de mon séminaire de lecture rapide est consacré aux techniques de survol. Le survol permet d’anticiper le contenu du texte ce qui favorise une lecture plus rapide et mieux comprise. Je n’aborderai pas ici les techniques avancées de survol que sont la lecture sélective et l’écrémage. Par contre, voici comment aider votre enfant à mieux comprendre en lui montrant comment anticiper une histoire.

Pourquoi l’anticipation favorise-t-elle la compréhension?
Lire c’est chercher du sens. Dégager le sens demande de faire des liens avec ses connaissances antérieures. Lire un texte sans avoir une idée du sujet ou du contexte, c’est toujours difficile de prime abord. Cela demande toujours un certain temps avant de s’immerger dans un récit ou une thèse. Encore plus si c’est un texte sans titre, sans image, sans auteur connu.

À l’inverse, si vous connaissez déjà le sujet et la thèse défendue par l’auteur, vous aurez plus de facilité à en dégager le sens. Pourquoi? Parce que vous serez en mesure de l’anticiper. L’homo sapiens a développé des lobes orbitaux frontaux, aussi appelés lobes associatifs, qu’Henri Laborit appelait le cerveau imaginant. Nous avons la capacité d’anticiper le futur. Anticiper signifie supposer et non pas prédire. Et nous nous en servons allègrement pour imaginer toutes sortes d’explications et de solutions. On appelle cela de la créativité. Nous avons toujours une idée, un préjugé, une théorie, un mythe pour expliquer le réel. Gaston Bachelard (1980) disait : « toute connaissance se fait contre une connaissance antérieure ». Nous ne sommes pas des pages blanches sur lesquels le professeur transcrit ses connaissances ni des cruches à remplir. Conséquemment, nous devons ajuster nos suppositions à la réalité. Comme la science qui avance d’approximation en approximation.

Anticiper n’est donc pas deviner. L’anticipation doit être vue à la manière d’une hypothèse scientifique qui demande à être vérifié pour en assurer la validité. À l’opposé, deviner c’est fantasmer sur un texte sans s’assurer de la pertinence de nos suppositions. Avant de savoir lire, les jeunes enfants vont jouer à lire en inventant une histoire à partir des illustrations. C’est très bien! C’est même une étape importante de la lecture. Toutefois, un lecteur compétent fera plus qu’utiliser le contexte pour dégager le sens. Il plongera dans le texte pour vérifier si ses hypothèses correspondent au contenu véritable.

Avant la lecture : la page couverture (titre, illustration, auteur)
Avant d’entreprendre votre lecture, présenter le livre à l’enfant. Lisez-lui le titre. Demandez-lui de décrire l’image qu’il voit. Demandez-lui ce qu’il pense que l’histoire va raconter. S’il ne sait pas, dites-lui vous ce que vous pensez à partir de l’image.

Prenez par exemple l’image suivante: qu'est-ce que l'histoire va raconter

www.geoffroydepennart.com.jpg
http://www.geoffroydepennart.com/georges-dragon
Image 3 : Georges le dragon

Le dragon est en train de préparer sa valise : cela veut dire qu’il va partir en voyage.

Qu’est-ce qu’il met dans sa valise? Pourquoi est-ce qu’il met la photo d’une princesse? Est-ce qu’il est amoureux? Pourquoi? Est-ce qu’ils vont se marier? Est-ce que c’est un vrai dragon ou c’est un chevalier à qui l’on a jeté un sort et transformé en dragon?

Lisez le nom de l’auteur. Si vous avez d’autres livres du même auteur, montrez-lui. Si vous les avez lus ensemble, demandez-lui de vous rappeler l’histoire.

Les premières fois cela peut être long, comme toujours il faut savoir s’arrêter. Plus l’enfant aura de la facilité à anticiper, moins vous devrez y consacrer de temps. Le but est de développer cette compétence; une fois qu’elle sera acquise, cet exercice se fait rapidement.

À la première page, vous recommencez. Vous regardez l’image et vous lui demandez ce qu’il pense qu’il va arriver. S’il ne sait pas, n’insistez pas. Vous pouvez donner votre opinion, mais il ne faut pas s’éterniser.

Dans le texte : les illustrations, les premières phrases
Pour la suite, essayez d’être interactif. À chaque nouvelle page, posez des questions. Si l’enfant n’a pas d’idée, allez-y de vos suggestions. Si l’enfant est passif, ne le forcez pas. Il finira bien par y aller d’un commentaire. À ce moment il est important de valoriser celui-ci. Soulignez que son idée est bonne, que vous n’y aviez pas pensé.

Si vous avez anticipé un évènement et qu’il se produit, soulignez-le. Félicitez-le ou autocongratulez-vous. S’il se produit un évènement contraire à ce qui a été anticipé, signalez-le aussi. Le but de l’anticipation n’est pas d’avoir le plus souvent raison, mais d’être attentif à ce qui se passe. Un texte bien écrit nous surprend. Les bons auteurs cherchent à nous étonner en nous égarant volontairement. Ils sèment des indices pour nous leurrer dans une mauvaise direction afin de nous mystifier par un jeu de rebondissements. Ces entourloupettes font partie du plaisir de lire. Mais pour qu’il y ait du plaisir, il faut jouer le jeu en essayant d’anticiper le dénouement. On aime les auteurs qui nous déjouent habilement. Vous aussi vous allez devenir meilleur à ce petit jeu.

1. Si c’est vous qui lisez parce qu’il ne sait pas lire
Si l’enfant n’est pas encore un lecteur autonome. Choisissez un mot qui revient souvent et chaque fois que vous rencontrez ce mot faites-lui lire. Dès que sa réponse est automatique, choisissez un autre mot. Puis un autre.

2. Si c’est vous qui lisez et que votre enfant lit avec difficulté
Demandez-lui de lire la dernière phrase du paragraphe ou de la page.

3. Si c’est votre enfant qui lit
À l’occasion, cachez le dernier mot de la phrase pour qu’il l’anticipe.

La lecture guidée est une approche qui a fait ses preuves!

Cette quatrième étape est la description de ce que font les orthopédagogues pour développer la fluidité. Ces exercices de relecture guidée et à haute voix sont considérés par l’ensemble de la recherche comme la meilleure façon de développer la fluidité chez les jeunes lecteurs et les lecteurs en difficulté.

Une fois que la fluidité est acquise ou presque acquise, on peut travailler la vitesse.


Cinquième étape :

Comment entrainer la vitesse?



CHAPITRE 18- Mesurer la vitesse

de lecture et combattre les régressions

Le plus gros obstacle à la vitesse: les régressions

C’est vers l’âge de 8 ou 9 ans que la compréhension en lecture atteint la compréhension à l’oral. C’est aussi à cet âge que la vitesse de lecture atteint la vitesse de la parole. C’est vers l’âge de 9 ou 10 ans que l’on peut commencer à travailler la vitesse de façon à dépasser la vitesse de la parole.

Comment mesurer la vitesse de votre enfant?
En le chronométrant à son insu lorsqu’il lit un texte ludique.

Lorsqu’il lit, attendez qu’il change de page et démarrez le chronomètre. Tous les téléphones intelligents ont maintenant une fonction chronomètre. Sinon, notez la minute et la seconde de départ sur votre montre. Quand il vient pour tourner la page, arrêtez le chronomètre et notez son temps. Interrompez-le, prenez son livre, revenez sur les deux pages qu’il vient de lire et comptez les mots (« anticonstitutionnellement » est un mot, « y » est un mot — je sais, la vie est injuste).

Si c’est un livre sans images avec une centaine de mots ou plus par page :

1. Comptez les mots sur 4 lignes.
2. Divisez par 4 (vous aurez le nombre de mots par ligne).
3. Comptez le nombre de lignes sur les deux pages.
4. Multipliez le nombre de mots par ligne par le nombre de lignes (vous aurez le nombre de mots lus).
5. Divisez le nombre de mots lus par le temps en seconde et multipliez par 60 (vous aurez sa vitesse).

Par exemple, le temps chronométré est de 2 minutes 13 secondes (133 secondes)
1. Vous avez compté 34 mots sur 4 lignes.
2. Donc, 34 ÷ 4 = 8.5 mots par ligne.
3. Vous avez compté 40 lignes sur deux pages : 8.5 X 40 = 340 mots lus.
4. 340 ÷ 133 = 2.56 X 60 = 154 m/m.

Vous consultez l'échelle de vitesse à la fin du chapitre 13 pour identifier son niveau de compétence en lecture. Dans notre exemple, à 154 m/m le tableau indique qu’il est au niveau 3, c’est à dire qui lit à la vitesse de la parole. S’il a 10 ans ou moins, c’est très bien, cela signifie qu’il est un lecteur fluide. S’il a 11 ans et plus, c’est un lecteur lent, car vers 9-10 ans les enfants commencent à lire silencieusement plus rapidement qu’oralement. Il faut alors travailler sa vitesse.

Les enfants qui ont une lecture fluide à l’oral, mais qui sont très lents en lecture silencieuse (les régressions)
Il y a des enfants qui à l’oral ont une bonne fluidité de lecture et qui en lecture silencieuse sont plus lents. Généralement c’est parce qu’ils ont la mauvaise habitude de constamment se relire. Un bon lecteur qui réalise qu’il n’a pas compris ce qu’il vient de lire va se relire. Mais un lecteur qui relie fréquemment ce qu’il vient de lire, même s’il a bien compris, a une mauvaise habitude de lecture. Il applique systématiquement et à mauvais escient ce qui en situation d’incompréhension est une bonne stratégie.

Relire même si on a compris signifie qu’on évalue mal sa compréhension. C’est aussi un signe d’insécurité. Il n’est pas nécessaire d’avoir une compréhension absolument parfaite. C’est même impossible, notre cerveau ne saisit jamais tout. Il y a toujours un certain flou dans nos perceptions que le cerveau comble à partir du contexte général. C’est vrai aussi pour la vue, l’ouïe et la mémoire. C’est ce qui donne les illusions d’optique et les biais cognitifs. Les études en psychologie cognitive démontrent que notre cerveau est fait pour aller à l’essentiel (Willingham 2009). On explique cela par des raisons évolutives. S’encombrer de détails nuit à l’efficacité et… à la survie de l’espèce.

Cette mauvaise habitude est un gros obstacle à une lecture efficace permettant compréhension et plaisir de lire. Il est difficile de suivre le fil d’une histoire si notre attention porte sur les détails de la phrase. Le sens d’un texte n’est pas dans les mots ni même dans la phrase comme entités séparées et indépendantes. Les détails ne sont pas inutiles, mais trop de précision nuit à la compréhension. Les idées sont contenues dans les paragraphes. Souvenez-vous : une idée, un paragraphe; un paragraphe, une idée... Un texte c’est un tout, une thèse, une opinion, un point de vue. La préoccupation d’avoir tout vu, tout lu, et à répétition, éloigne du sens. Cela ne permet pas d’avoir une vue d’ensemble. De plus, en allongeant indument le temps de lecture, cela cause fatigue et ennui. Conséquemment, c’est une entrave au plaisir de lire.

Comment corriger un enfant qui utilise à mauvais escient la stratégie de relecture?
Il faut l’amener à faire la distinction entre régressions par incompréhension et régressions par insécurité. L’enfant doit, au moment de la lecture, accepter de vivre avec une certaine insécurité, du moins jusqu’à la fin du paragraphe. Il faut dans un premier temps lui donner la consigne de ne pas se relire. Il doit avancer dans l’histoire. S’il croit ne pas avoir bien compris, il doit quand même terminer le paragraphe. Là, il pourra revenir sur le paragraphe pour assurer sa compréhension.

Après cette vérification, il devra se poser la question : est-ce que ce retour m’a permis de mieux comprendre ou est-ce que j’avais bien compris la première fois? S’il réalise qu’il avait bien compris la première fois, il vient de faire un retour par insécurité. Il doit dorénavant se demander s’il a suffisamment compris avant de s’autoriser à revenir sur un paragraphe lu.

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TABLEAU 6 : Avant de se relire?


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Passez à la pratique et vivez l'apprentissage de la lecture rapide. L'application LIREMIEUX.CA vous permettra d'apprendre la lecture rapide aisément en vous guidant pas à pas.


CHAPITRE 19

Entrainer la vitesse

Des exercices de lecture rapide adaptées aux enfants

Attention! Immédiatement après un exercice de vitesse, on lit avec une moins bonne compréhension, quel que soit l’âge. Entendons-nous bien : les exercices de vitesse permettent de progresser en vitesse et compréhension, mais pas instantanément! La progression se fait graduellement.

Il faut bien prendre soin après avoir fait des exercices de vitesse de faire des exercices de compréhension. Lors de mon séminaire de lecture rapide, les participants font trois tests. Ils en font quatre autres dans le mois qui suit. Il faut s’assurer que la vitesse de lecture n’affecte pas la compréhension. Le cours en ligne www.liremieux.ca contient 23 tests. Les enseignants ont accès aux résultats de ces tests afin d’encadrer les élèves. Cette supervision est capitale. Il faut s’assurer que les élèves ne se mettent pas à lire à des vitesses exagérées avec une compréhension nulle.

On doit prévoir une période d’ajustement entre vitesse et compréhension.

Voici donc un petit programme de 12 semaines pour entrainer la vitesse. Il faut prévoir un entrainement par semaine d’une durée variant entre 20 à 45 minutes. Ils ont été conçus pour les élèves de 10 ans et plus. Mais les exercices des semaines 1 à 5 peuvent être adaptés aux plus jeunes : utilisez simplement des rythmes plus lents.

Ce sont des exercices qui en raison de leur côté ludique sont plus agréables à faire en groupe. Alors si vous avez formé un mini club de lecture, il est suggéré de les faire avec ce club. Sinon le côté ludique transparaitra moins. Il semblerait que l’on rit trente fois plus lorsqu’on est plusieurs que lorsqu’on est seul.

Ces consignes ont été écrites dans l’optique que vous vous adresserez à un groupe. Cependant rien ne vous empêche de les faire avec un enfant seul.

1- L’exercice de vitesse de base (semaines 1 & 2) 8 ans et plus

Nous avons vu que la base pour développer la fluidité, c’est la relecture. Pour les premiers exercices de vitesse, nous allons continuer dans cette veine. Les enfants seront invités à relire plusieurs fois un texte, mais chaque fois le rythme imposé sera plus rapide. Ces exercices sont similaires aux exercices pour développer la fluidité. On peut donc les faire avec les enfants qui ne maîtrisent pas la fluidité.

1. La pie bavarde avec texte

Elle consiste à relire un texte à voix haute, mais plus rapidement à chaque fois.

J’aime bien faire la démonstration avec cette petite comptine.

« Il était une fois, un marchand de foie, qui vendait du foie, dans la ville de Foix. Il se dit ma foi, c’est la dernière fois, que je vends du foie, dans la ville de Foix. » (36 mots)

Votre première lecture se fera à la vitesse de la parole soit autour de 12 secondes (180 m/m).

Relisez là en demandant aux enfants de lire avec vous au même rythme. Puis, expliquez les différents sens des homonymes du mot foi selon sa graphie :

1) Foie : Organe qui contribue à la digestion. Boucherie : Pâté de foie.

2) Foix : Ville de France de 11 000 habitants

Est-ce que les marchands travaillant dans la ville de Foix sont tous des marchands de Foix?

Réponse : Oui si l’on écrit « Foix ». Non si l’on écrit « foie ».

3) Fois : Trois fois quatre = 12.

Il était une fois une princesse…

Combien de fois vous ai-je dit de lever la main pour demander le droit de parole!

Te souviens-tu de la fois où je me suis cassé la margoulette?

Demandez : « Aidez-moi à trouver d’autres expressions avec le mot “fois” » (il y en a des dizaines).

4) Foi : Le fait d’accorder sa confiance en une personne, une cause, une religion. J’ai foi en ce politicien qui saura faire les réformes nécessaires; j’ai foi en l’humanisme pour faire avancer l’humanité; les bouddhistes ont foi en Boudha.

Ma foi : Expression exprimant qu’on est maintenant convaincu. Ma foi, vous avez raison. Inférence : Quand le marchand se dit « ma foi », cela signifie qu’il a été convaincu de ne pas revenir. Or la comptine ne raconte pas ce qui a provoqué sa décision. Demandez : que s’est-il passé d’après vous?

Généralement vous ne manquerez pas d’explications. Sinon, suggérez : peut-être a-t-il constaté que les gens de la ville de Foix n’aiment pas le foie parce qu’ils ne veulent pas se manger eux-mêmes?

Demandez : si c’est le cas, quelle erreur ont-ils commise?

Réponse : Ils ont confondu les homonymes Foix et foie. Bien sûr, on ne peut pas manger une ville… Sauf si on est un monstre! Et si un monstre peut manger une ville, est-ce qu’il mange alors ses habitants? Manger les citoyens d’une ville, est-ce manger la ville? Ce qui nous intéresse ici, c’est la confusion engendrée par l’homonymie. C’est toutefois un excellent exercice sur l’homonymie et l’importance du sens des mots.

Relisez ensuite la comptine un peu plus rapidement, en demandant à tout le monde de suivre. Comme ce sont majoritairement des mots monosyllabiques, il est facile d’aller extrêmement vite en terme de mots à la minute. Répétez la comptine trois fois, toujours plus vite. La dernière fois, allez le plus vite que vous pouvez, en marmonnant, en négligeant l’articulation, en avalant quelques syllabes. Personnellement, j’arrive à le faire en 3,6 secondes, comme la comptine contient 36 mots, cela équivaut à… 600 m/m.

Demandez-leur s’ils sont capables de refaire la même chose. Permettez à un élève de le faire, puis refaites-le tout le monde en même temps.

Demandez : « Est-ce que vous pouvez lire comme cela dans votre tête lorsque vous lisez silencieusement un livre que vous aimez? » Peu importe le nombre de «non» ou de «oui», ouvrez la discussion : « Pourquoi? »

La réponse : « C’est parce que lorsqu’on lit, c’est pour comprendre. Si on lit trop vite et qu’on ne comprend pas : eh bien, on ne lit pas bien ». Cette explication est importante et vous devrez la répéter.

Demandez alors : « Par contre, est-ce que cela veut dire qu’on doit lire comme cela? » (Relisez les 12 premiers mots de la comptine en détachant lentement chaque syllabe au rythme d’environ 60 m/m.)

« Il l’é tai t’u ne fois, un mar chand de foie, qui ven dait du foie…

Arrêtez de lire, mais continuez à leur parler au même rythme très lent, en détachant chaque syllabe : Est - ce que vous ai me riez ce la, si je vous par lais tou jours de cette fa çon? »

Puis amorcez une discussion, sur la meilleure vitesse pour lire.

La meilleure vitesse, c’est celle qui permet la meilleure compréhension. Comme vous venez de le démontrer, il est difficile de maintenir son attention et son intérêt lorsqu’on lit trop lentement. On arrive à la fin de la phrase et on a oublié le début. Et il est très difficile de comprendre quand on a manqué le début. Et si on lit trop vite, soit qu’on saute des mots, soit qu’on les voit sans les comprendre.


2. La pie bavarde sans texte (jouer à parler vite)

OK, pendant les deux prochaines minutes on joue à la pie bavarde.

Excellent exercice à faire après une longue période de concentration pour dégourdir les enfants. Vous aurez besoin de leur expliquer que parler vite ce n’est pas crier. Vous pouvez leur faire la démonstration en leur demandant tout en chuchotant très vite : « Est-ce que vous êtes capable de faire comme moi et de parler vite, de parler très, très vite et même de parler très, très, très vite en chuchotant? »

C’est difficile à faire, car c’est en même temps un exercice de diction. Pour que cela fonctionne bien, il faut déterminer ce que l’on va dire. Le mieux, c’est de raconter un évènement qui vient de survenir que tout le monde connaît. Pratiquez-vous avant de le faire devant les élèves, car c’est une compétence à développer.

2- Suivre des chansons (semaines 2 à 5)

Il existe des chansons qui sont récitées à des rythmes accélérés. La danse à Saint-Dilon de Gilles Vigneault est à ma connaissance l’exemple extrême. J’ai calculé qu’elle est récitée dans l’ensemble à 265 m/m, mais certains passages dépassent les 300 m/m, et sont par bout carrément incompréhensibles. À une dame qui lui disait qu’elle n’avait pas compris tous les mots, Gilles Vigneault répondit en chuchotant, comme pour lui confier un secret : « Je ne les dis pas tous, Madame! » C’est un exploit verbal amusant à suivre avec les enfants. Toutefois je vous recommande de commencer par une chanson plus facile, récitée à la vitesse de la parole, avant de passer aux chansonnettes au rythme supérieur. N’importe quel tube à la mode peut convenir dans un premier temps. Puis vous faites entendre des chansons plus rapides. Vous trouverez en annexe 3 quelques chansons dont le rythme correspond à la vitesse de lecture silencieuse d’un lecteur moyen.

Procédure

1. Distribuez le texte de la chanson.

2. Expliquez qu’ils doivent suivre dans le texte, avec leur pointeur, le chanteur X qui va chanter la chanson.

3. Faites jouer la chanson.

4. Demandez-leur ce que la chanson raconte. Ce qui n’est pas toujours facile. Il peut parfois être utile de réécouter la chanson en visionnant la vidéo.

5. Demandez-leur s’il y a des mots qu’ils ne connaissent pas.

6. Puis réécoutez la chanson, toujours en suivant avec un pointeur dans le texte.

7. Pour ceux qui ont eu de la difficulté, il peut être utile de la rejouer une troisième fois.

3- Relire chaque fois plus vite (semaines 6, 7 et 8)

Il s’agit de relire silencieusement le même texte deux ou trois fois, toujours en trois minutes, mais un peu plus loin chaque fois. La 2e fois, les enfants doivent chercher à atteindre un marque-page placé de 30 % à 50 % plus loin. Et la 3e fois, autour de 60 % à 100 % plus loin.

1. Remettez à tous les enfants le même texte d’au moins 1000 mots. Plus encore si vous avez de très bons lecteurs ou que c’est la 2e fois que vous faites l’exercice. Il n’y a pas de maximum de mots, il faut juste que ce soit un texte facile.

2. Distribuez à chacun deux papillons adhésifs (post-it). Trois, si c’est la 2e fois que vous faites l’exercice.

3. Donnez la consigne : « Vous devez lire en vue d’une bonne compréhension pendant trois minutes (toujours avec un pointeur, bien entendu). Lorsque les trois minutes seront écoulées, je vais vous dire d’arrêter. Vous devrez alors prendre un des papillons adhésifs et l’apposer là où vous êtes rendus. Les papillons adhésifs vont vous servir de marque-page. »

4. Lorsqu’ils sont prêts, donnez le signal du départ et déclenchez le chronomètre.

5. Après trois minutes, dites-leur d’arrêter et d’apposer un papillon adhésif dans la marge là où ils sont rendus.

6. Assurez-vous que tous les élèves ont placé leur papillon adhésif. Puis, demandez-leur d’en apposer un 2e, la moitié (50 %) du texte lu plus loin. S’ils ont lu quatre pages, cela veut dire deux pages plus loin. Ce n’est pas grave s’il y a un jeu de quelques lignes.

7. Dites-leur de revenir au début. Annoncez que vous allez à nouveau leur donner trois minutes pour lire. Cependant, cette fois-ci ils doivent atteindre le 2e marque-page. Ce qui veut dire qu’ils devront forcer leur vitesse de lecture. Ils doivent essayer de lire plus vite que d’habitude, en négligeant la compréhension.

Expliquez que ce n’est pas grave, pour cet exercice, s’ils ne comprennent pas très bien ce qu’ils lisent. C’est un jeu de vitesse. En fait, c’est le jeu de la pie bavarde, mais en lecture silencieuse.

Je vous suggère de leur faire une petite démonstration.

Expliquez que vous allez leur faire une démonstration, à voix haute, de ce qu’ils doivent faire silencieusement dans leur tête. Vous leur demandez de vous suivre dans le texte en même temps que vous allez lire à voix haute. Vous prenez une gorgée d’eau, puis vous lisez le plus vite possible.

C’est une démonstration que j’ai beaucoup de plaisir à faire. C’est un défi à chaque fois et c’est un exploit de réussir à lire ainsi une quinzaine ou même une dizaine de secondes. J’essaie de le faire le plus longtemps possible, jusqu’à ce que je me mette à marmonner quelques mots. Pratiquez-vous et chronométrez-vous. J’atteins parfois près de 350 m/m. Le record du monde selon Guiness appartient à Fran Capo. On peut la voir sur YouTube dépasser les 600 m/m.

Concluez en expliquant que lorsqu’on lit dans sa tête, on n’est pas limité par notre appareil phonatoire et qu’alors on peut lire beaucoup plus vite! C’est parce qu’en lecture silencieuse, on n’a pas à se préoccuper de la diction. Personne ne va intervenir dans notre tête pour nous ordonner : « Hé! Articule quand tu lis! » Toutefois, il faut leur rappeler que lire c’est comprendre. Lire de cette façon sans comprendre, c’est complètement ridicule. Mais là, on s’amuse.

En fait, c’est un entrainement spécifique, comme lorsqu’on cherche à s’améliorer dans un sport. Lors d’un entrainement, on se met dans des situations particulières de jeu pour travailler certains aspects. Les athlètes vont chercher à renforcer leurs muscles, à perfectionner une technique ou à aiguiser leurs réflexes. Le but est de devenir meilleur en situation de compétition. Anders Ericsson (2009), expert en expertise, explique que c’est ce que font aussi les experts lorsqu’ils n’arrivent plus à progresser. Ils se mettent dans des situations de plus en plus difficiles pour forcer le dépassement et l’adaptation.

8. Donc, ils doivent recommencer à lire au début du récit. Après deux minutes, vous allez leur dire « 1er marque-page ». S’ils n’y sont pas encore rendus, ils doivent forcer leur vitesse de lecture. S’ils atteignent le 2e marque-page avant que les trois minutes soient écoulées, ils doivent continuer à lire. Ils arrêtent seulement à votre signal.

9. Lorsqu’ils sont prêts, donnez le signal du départ et déclenchez le chronomètre.

10. Après trois minutes, vous leur dites d’arrêter. Vous demandez : « Qui a réussi à se rendre au 2e signet? »

Si c’est la première fois que vous faites l’exercice, passez à l’étape 15. Si vous avez déjà fait l’exercice précédemment, passez à l’étape 11.

11. Demandez-leur d’ajouter un troisième marque-page une fois (100 %) plus loin que le premier signet. En d’autres mots, ils doivent ajouter autant de pages qu’ils en ont lues au début. Si le 1er signet est après quatre pages, le 3e sera quatre pages plus loin. On ne s’occupe pas du 2e marque-page qui sera automatiquement au centre des deux autres.

12. Dites-leur : « Revenez à nouveau au début du texte. Vous aurez encore trois minutes pour lire, mais cette fois-ci vous devrez atteindre le 3e marque-page. Vous devrez forcer votre vitesse de lecture encore plus que la première fois. »

Rajoutez : « Après 90 secondes, je vais vous dire “1er marque-page”. Si vous n’êtes pas rendus au 1er marque-page, vous devez forcer votre vitesse de lecture afin d’atteindre le 2e marque-page en 2 minutes 15 secondes et le 3e en 3 minutes. Au 3e marque-page, n’arrêtez pas, dépassez-le, continuez à lire jusqu’à ce que je vous signale que les trois minutes sont écoulées. »

13. Lorsqu’ils sont prêts, donnez le signal du départ et déclenchez le chronomètre.

14. Après trois minutes, vous leur dites d’arrêter et vous revenez sur l’exercice.

Cet exercice leur a fait parcourir le texte à une vitesse deux fois supérieure à leur vitesse initiale. Même si cela fait maintenant huit semaines qu’ils font des exercices de vitesse cela reste extrêmement rapide. Félicitez-les!

Demandez-leur s’ils ont trouvé cela facile. Les plus matures vont exprimer une certaine frustration de lire et de ne pas comprendre. Surtout si vous avez choisi une histoire qui les intéresse. Il faut alors refaire la distinction entre lire et s’entrainer; entre jouer au football et renforcer ses jambes en salle d’entrainement afin de courir plus vite. À l’entrainement, on doit refaire constamment les mêmes gestes pour qu’ils deviennent un réflexe, une seconde nature. Ils viennent de s’entrainer pour être de meilleurs lecteurs, capables de lire plus vite tout en comprenant bien.

Demandez-leur : « Pourquoi, pensez-vous, devrait-on chercher à lire plus vite? »

On ne cherche pas la vitesse pour la vitesse. On cherche en fait... à ne pas être lent! Pourquoi? Parce que si on lit trop lentement, c’est moins agréable de lire. Poursuivez en parlant très lentement en détachant chaque syllabe. « Qu’est - ce que vous di riez si je par lais tou jours de cet te fa çon? » (Recommencez à parler normalement.) Vous n’aimeriez pas cela; vous vous ennuieriez rapidement. C’est ce qui arrive quand on lit très lentement. Les lecteurs qui lisent vite, plus vite qu’en parlant, tout en comprenant bien, aiment plus lire et lisent davantage. D’ailleurs, les lecteurs extrêmement rapides n’aiment pas écouter la télévision, parce que c’est trop lent.

Demandez-leur s’ils ont compris le texte. Certains vont dire oui, bien que pas aussi bien que lorsqu’ils lisent normalement. Quelques fanfarons diront qu’ils ont tout compris. Demandez à ces derniers de vous raconter ce qu’ils ont retenu.

En fait, lorsqu’on parcourt un texte de cette façon, notre compréhension n’est pas nulle. Elle est loin d’être satisfaisante, mais elle n’est pas à zéro. De plus, comme la première partie est relue trois fois, il est facile d’inférer la partie du texte parcouru à deux fois la vitesse de lecture normale. Vous devez leur expliquer qu’ils ont peut-être compris un peu la dernière partie, mais que ce n’est pas une bonne compréhension.
Après un exercice de vitesse, les enfants auront tendance à reprendre leur lecture en conservant leur erre d’aller. C’est la loi de l’inertie. Il faut immédiatement après cet exercice prévoir quelques minutes de lecture afin qu’il puisse ajuster leur vitesse à leur compréhension.

Donnez-leur 10 minutes. Demandez-leur de reprendre le texte au 1er signet, mais cette fois-ci de lire en vue d’une bonne compréhension. Dites-leur qu’ils doivent ajuster leur vitesse à leur compréhension. Les bons lecteurs varient constamment leur vitesse de lecture. Lorsqu’on lit trop rapidement et qu’on ne comprend pas bien ce qu’on lit, on le réalise. Lorsqu’on s’aperçoit qu’on ne comprend pas bien, on se doit de ralentir. À l’inverse, lorsqu’on réalise qu’on lit trop lentement, on se force à lire plus vite.


Comment savoir si notre compréhension est inadéquate?

Difficile pour un lecteur débutant, surtout lorsqu’on a l’habitude de ne pas comprendre… Je recommande de faire cet exercice de vitesse lorsque les enfants ont dix ans. À cet âge ils ont la capacité de faire la distinction. En principe leur compréhension à l’écrit est la même que leur compréhension à l’oral.

Il y a compréhension inadéquate, lorsqu’on n’a pas saisi vraiment le sens. On a juste une vague idée. On se sent un peu perdu avec un sens d’incomplétude. Il manque quelque chose. « J’en ai perdu un bout », dira-t-on. En fait, quand on n’est pas capable de s’expliquer ce qui se passe, c’est qu’on ne comprend pas.

C’est parfois à cause du texte lui-même, mal écrit ou trop savant. C’est parfois aussi parce qu’on était distrait; qu’on lisait tout en ayant la tête ailleurs. Survoler un texte avant de le lire favorise la compréhension. Après une longue période de lecture, prendre une pause aide à retrouver une meilleure concentration.


Que dire à ceux qui expriment de la frustration?

La majorité des participants adultes à mon séminaire vivent au début, insécurité et inconfort. Après un exercice de vitesse, je les fais lire en leur disant de chercher la meilleure compréhension. Beaucoup me disent qu’ils ont lu plus vite : oui! Qu’ils pourraient répondre à des questions sur ce qu’ils viennent de lire : oui! Mais contrairement au prétest, alors qu’ils répondaient avec assurance aux questions, ils seraient loin d’être aussi sûrs de leurs réponses.

C’est que j’appelle de l’inconfort et de l’insécurité. Je leur explique qu’ils ont très peu d’expérience en tant que lecteur rapide. Qu’ils viennent de faire leurs premiers exercices et qu’ils lisent un peu plus rapidement depuis quelques minutes à peine. Je leur prédis qu’ils se sentiront graduellement plus confortables et plus en sécurité avec cette nouvelle façon de lire. Si à ce moment, je leur demande de se situer sur une échelle de 1 à 10 (10 représentant l’insécurité totale, le maximum d’inconfort). Ils vont me dire que leur insécurité et leur inconfort se situent autour de 5 à 8. Lorsque je leur repose la question à la fin de la journée, ils se situent autour de 1 à 4.

La majorité des enfants ne connaissent pas cette frustration et cette insécurité. Parce que l’exercice n’est pas aussi long et intense que ceux que je fais avec les adultes. La progression des exercices est graduelle. Leur espacement facilite l’intégration sans heurts des acquis. De plus les enfants adorent la nouveauté et les défis. Ils aiment se voir progresser dans une compétence, dans ce cas-ci la vitesse; même si cela peut vouloir dire régresser momentanément dans un autre, dans ce cas-ci la compréhension.

Toutefois, pour ceux qui vivront de l’insécurité et de l’inconfort, il est important de leur expliquer que ce n’est que passager. Ils ne sont pas obligés de lire vite si cela les insécurise. Ils doivent cependant comprendre qu’un bon lecteur varie sa vitesse. Lorsqu’ils lisent un texte qu’ils trouvent facile, ils peuvent se permettre de lire un peu plus vite.

4- Lecture avec métronome (semaines 9 à 12)

Les adultes comme les enfants adorent cet exercice. Il s’agit de leur faire suivre un texte au rythme d’un métronome.

Si vous n’avez pas de métronome, il existe des applications gratuites qui reproduisent les caractéristiques des métronomes haut de gamme. Ces métronomes permettent d’obtenir des rythmes très lents. Ils sont préférables aux métronomes classiques, comme celui que vous trouverez sur le site www.metronomeonline.com. Ces derniers ne vont pas en dessous de 40 mouvements à la minute, ce qui est trop vite pour les exercices qui vont suivre.

Chaque élève dispose d’un livre identique, qu’ils n’ont pas lu et dont l’histoire est simple. Comptez le nombre moyen de mots par ligne. Ce nombre déterminera le rythme du métronome en fonction des vitesses que vous choisirez (voir tableau 6).

1. Vous leur donnez deux papillons adhésifs et vous leur dites : « Vous lisez en vue d’une bonne compréhension. Après 4 minutes, je vais vous dire d’arrêter. À ce moment, vous apposerez le papillon adhésif à l’endroit précis où vous êtes rendu. Le papillon adhésif va vous servir de marque-page. »

2. Après 4 minutes, vous les arrêtez et vous leur demandez d’apposer le papillon adhésif là où ils sont rendus.

3. Vous demandez à un élève de résumer l’histoire. Puis à un autre de donner quelques détails de plus. Puis à un dernier de donner un détail manquant.

4. Vous leur dites : « Revenez au début de l’histoire. Nous allons faire un nouvel exercice de vitesse. Cette fois-ci, je vais vous demander de parcourir votre livre en suivant le rythme d’un métronome. J’ai sur mon téléphone un métronome. Voici le bruit qu’il fait…

5. Arrêtez le métronome. Expliquez-leur qu’ils devront suivre ce rythme dans leur livre en changeant de ligne chaque fois qu’ils entendent un battement.

Faites-leur une démonstration. Tracez au tableau une dizaine de lignes et programmez votre métronome au rythme de 240 m/m. Déclenchez le métronome et au tableau, avec votre pointeur, suivez les lignes en changeant à chaque battement du métronome. Quand vous aurez parcouru les dix lignes du tableau, n’arrêtez pas. Continuez à suivre le rythme dans votre livre. Mettez l’intérieur du livre face aux élèves pour qu’ils vous voient parcourir le livre au rythme du métronome (voir image 4).

Vous leur demandez : « Est-ce que vous comprenez ce que vous avez à faire? Est-ce que vous pensez que vous êtes capable de le faire? »

Pourquoi 240 m/m? Parce que c’est probablement la vitesse de vos meilleurs élèves et c’est certainement le double de ceux qui ont des problèmes de fluidité. Comme ils relisent le même passage, cela sera facile pour les meilleurs, difficile, mais surprenant pour les moins bons qui découvriront les bénéfices d’une fluidité avancée.

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Image 4 : Parcourir le livre au rythme du métronome

6. Vous vous assurez que tout le monde est revenu au début du récit. Vous leur demandez s’ils sont prêts. Vous déclenchez le métronome.

7. Après 4 minutes, vous les arrêtez. Vous leur demandez d’apposer un 2e papillon adhésif là où ils sont rendus. Puis, vous échangez avec eux sur l’exercice qu’ils viennent de vivre.

Si c’est la première fois que vous faites l’exercice, passez au point 11.

8. Vous leur dites : « Pour le prochain exercice, vous allez parcourir votre livre à une vitesse de plus en plus grande. Nous allons commencer par reprendre la vitesse de tout à l’heure. Puis je vais accélérer la vitesse du métronome. Nous allons donc reprendre à 240 m/m ». Vous déclenchez le métronome et vous bougez votre pointeur devant vous en suivant le rythme (voir image 5). « Puis je vais accélérer à 260 m/m ». Vous changez la vitesse du métronome et vous continuez à suivre le rythme. « Puis à 280 m/m. Pour finalement atteindre la vitesse faramineuse de 300 m/m. Est-ce que vous vous sentez capable de faire cela? »

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Image 5 : Bougez votre pointeur devant vous au rythme du métronome

9. Vous leur demandez de revenir au premier signet. Ils doivent reprendre leur lecture après le texte qu’ils ont lu avec une bonne compréhension. Sauf ceux pour qui 240 m/m est une vitesse acquise, auxquels vous signalez discrètement de reprendre au 2e signet.

10. Vous déclenchez le métronome. Après 30 secondes vous l’avancez à 260 m/m. Après 30 nouvelles secondes, vous l’avancez à 280 m/m. Après 30 secondes vous l’avancez à 300 m/m. Vous demeurez à cette dernière vitesse une minute avant de ralentir à 280 m/m pour 30 secondes, puis 260 m/m. Finalement vous terminez à 240 m/m pour les 30 dernières secondes. Après quatre minutes, vous les arrêtez et leur demandez d’apposer un 3e signet là où ils sont rendus. (Voir tableau 7)

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Cet exercice vient de leur faire vivre la relativité des perceptions. Parcourir un texte en accéléré, surtout la première fois, c’est déroutant et difficile. Mais au retour, après avoir atteint 300 m/m, lorsqu’ils vont ralentir, ils vont trouver que 280 m/m, c’est quasiment facile. Que 260 m/m, c’est facile. Et finalement à 240 m/m, certains seront surpris de réaliser qu’ils comprennent l’histoire.

Il sera intéressant de recueillir leurs commentaires. Les réactions iront de l’enthousiasme à un étonnement mélanger d’appréhension. Il est important de tempérer l’enthousiasme et de rassurer les plus anxieux. Il n’y a pas de bonnes façons ou de mauvaises façons de faire l’exercice. Ce qu’ils viennent de faire, ce n’est pas de la lecture. Ils n’auront jamais à lire avec un métronome, car les bons lecteurs varient leur vitesse de lecture. C’était un entrainement en vue d’être capable, quand un texte est facile, de se permettre de lire un peu plus vite. L’exercice permet aussi de s’habituer, en lecture silencieuse, à se parler à soi-même comme une pie bavarde.

11. Maintenant, il faut les rappeler à la réalité d’une lecture avec compréhension. Vous leur demandez de revenir au premier signet. Vous leur rappelez que le texte, qui a été lu à partir de là, n’a pas été vraiment lu. Il a été parcouru; il a servi d’entrainement. Maintenant, il faut s’assurer de bien le comprendre. Cela va être la 2e ou 3e fois qu’ils vont le parcourir. Cependant, cette fois sera en mode lecture, donc avec plus d’attention. Ils pourront se permettre d’être plus rapides, mais pas trop, ils ne sont plus à l’entrainement, ils doivent comprendre. Ils doivent essayer de trouver les détails qu’ils ont manqués lorsqu’ils ont parcouru cette partie du texte en mode entrainement.

Pour ceux qui font cet exercice pour la première fois :
Après le 2e signet, ils seront en territoire vierge. Ils devront lire à la vitesse qui leur permet une bonne compréhension.

Pour ceux qui ont déjà fait cet exercice :
Après le 2e signet, ils devront être encore plus attentifs, puisque cette partie a été parcourue très rapidement. Après le 3e signet, ils seront en territoire vierge. Ils devront lire à leur meilleure vitesse, celle qui permet une bonne compréhension.


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La lecture rapide c'est simple : c'est lire avec un pointeur et s'entraîner à sous-vocaliser rapidement. L'application LIREMIEUX.CA vous accompagne pas à pas et les résultats sont garantis.


CHAPITRE 20- La rétention

(développer la mémoire à court terme)

Qu’est-ce que la rétention?

La rétention est le résultat d’un effort de mémorisation. Si vous donnez à l’enfant une liste de 10 mots à mémoriser et que 15 minutes plus tard il peut en restituer 8. Et bien, sa rétention est de 80 %, c’est le résultat de son travail de mémorisation.

Une mauvaise rétention peut s’expliquer par l’oubli : il savait, mais il ne se souvient plus. L’ancrage n’était pas assez profond. Ses stratégies de mémorisation n’étaient pas adéquates ou mal appliquées.

Mais la mauvaise rétention est plus souvent causée par la distraction. On vous présente une personne et cinq minutes plus tard vous avez oublié son nom! En réalité, vous ne l’avez pas oublié, vous ne l’avez jamais su. On vous aurait demandé le nom de la personne cinq secondes après qu’on vous l’ait dit et vous auriez été incapable de le donner. Vous n’aviez pas prêté attention.

Que ce soit par oubli ou par distraction, il est difficile de comprendre un texte si on n’a pas retenu les idées et les détails clés. En ce sens, rétention et compréhension sont intimement liées.

La rétention est plus facile à mesurer et est davantage en lien avec les compétences du lecteur que la compréhension qui dépend de nos connaissances. Certains dyslexiques sont de mauvais lecteurs même s’ils démontrent une excellente compréhension à l’oral.

Comment développer la rétention?
La rétention dépend du niveau de concentration et des stratégies de mémorisation.

Le pointeur comme je l’ai déjà expliqué longuement aide à se concentrer.

Les stratégies d’anticipation où le lecteur est en interaction avec le texte, comme nous l’avons vu au chapitre 16, favorisent la concentration. Anticiper et chercher à vérifier la validité de son hypothèse aide à se concentrer. Un bon lecteur est dynamique, il interagit avec le texte. Il n’est pas passif : il ne cherche pas à absorber la connaissance comme une éponge. Il est actif comme un mineur à la recherche du filon de la connaissance.

Comment retenir les noms et les nombres?
En cours de lecture silencieuse, une façon de remarquer les noms, les lieux, les nombres et les mots inconnus c’est de les prononcer en articulant chaque syllabe à voix basse. Cela n’a pas de vertu en soi, c’est juste une façon de les remarquer.

La répétition
En plus de les prononcer à voix basse, si c’est un mot qui apparaît important et qu’on souhaite le retenir, il faut le répéter. La répétition est un élément clé de la mémorisation. Ce qui est répété souvent, avec émotion, de manières différentes est retenu plus longuement.

Par exemple, le mot sera répété à la manière d’un comédien, en changeant de position, en variant l’intonation : avec joie, avec colère, avec peur, avec tristesse, avec surprise, avec honte. Le mot sera déformé et associé à un autre mot de façon à créer une représentation comique ou absurde. Cela peut être une rime ou un jeu de mots ridicules (c’est mon approche préférée). Prenez mon nom : Gagnon les oignons. Gagnon a gagné ses épaulettes. Si ce sont des noms fréquents, comme Pierre, Jean ou Jacques, il faut l’associé à une connaissance ou une vedette qui porte le même nom.

Pour un nombre, on le répète en le transformant en monnaie ou en mesure. Par exemple, l’année 2010 devient 20 dollars et 10 cents ou 20 mètres 10 ou 20 ans 10 jours. Si vous avez à retenir le nombre 1976, c’est l’année de jeux olympiques. L’année 1966 ou le nombre 66 deviennent, si vous êtes amateur de hockey, le numéro de Mario L…

Ces techniques peuvent être consommatrice de temps, il faut éviter d’en abuser. Elles servent avant tout comme outils pour être plus attentifs et remarquer davantage. Je vous recommande de les pratiquer à l’occasion, lorsque vous voyez un mot nouveau ou un nom historique qu’il pourrait être intéressant que l’enfant retienne. Avec le temps, ces techniques deviendront une seconde nature.

Ce que nous venons de voir s’applique au moment de la lecture. Il s’agit avant tout d’augmenter la mémoire à court terme de l’enfant en l’amenant à éviter de lire distraitement. Dans cette optique, il ne faut pas y consacrer trop de temps.
Pour la mémoire à long terme, ce que nous avons vu au chapitre 15, au point « Échanger », constitue la meilleure stratégie de mémorisation.

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Conclusion

À la lumière du gros bon sens.


Dans son livre Légendes pédagogiques, l’auteur et philosophe Normand Baillargeon dénonce l’adoption prématurée et sans preuve d’approches pseudo-scientifiques en éducation. Il recommande que toute nouvelle approche soit soumise à une évaluation expérimentale. Je souscris entièrement à cette idée.

M. Baillargeon met la barre haute. Il demande des références béton ainsi que des tests rigoureux et répétés. La méthode du pointeur est loin de répondre à tous ces critères, nous sommes à quelques années de tels résultats. D’ailleurs, si j’ai écrit le présent livre, c’est notamment pour établir les bases de cette méthode et convaincre les intervenants en éducation de la tester afin d’en établir la crédibilité.

Par contre, j’estime que cette méthode satisfait aux critères de base exigés par M. Baillargeon, à savoir que la thèse est formulée clairement et qu’à la lumière du gros bon sens, elle n’est pas absurde. J’ajouterais qu’elle ne peut pas faire de tort. Au contraire, elle valorise la lecture, aide les élèves en difficultés — ne serait-ce que temporairement — et si au pire elle faisait perdre du temps, ce serait largement compensé par l’effet Pygmalion décrit au chapitre 4.

Tester la méthode du pointeur
Idéalement, pour tester rigoureusement la méthode du pointeur, il faut trois classes expérimentales et trois classes témoins. Cependant, on peut très bien faire une étude préliminaire avec un échantillon moindre.

D’abord les enfants des six classes doivent être évalués. Je recommande les tests internationaux du passé. Les orthopédagogues disposent d’outils plus précis, mais plus longs à administrer; ce serait toutefois excellent pour mesurer l’effet de la méthode avec les enfants en difficulté qui ont déjà été évalués par un orthopédagogue.

Les enseignants des classes expérimentales doivent croire à cette approche et être prêts à changer leurs habitudes de lecture, car toute approche, aussi bonne soit-elle, dépend du dévouement de l’enseignant.

Six mois plus tard, on reteste tout le monde.

Un tel processus demande de mesurer une grande variété de paramètres. Il faut s’assurer que la méthode a été adéquatement appliquée et le mesurer :

L’engagement de l’enseignant. Ce qu’il a fait précisément. Le nombre d’exercices effectués. Les moyens utilisés pour inciter les enfants à l’utiliser du pointeur. Est-ce que les exercices de vitesse ont été suivis d’exercices ou de tests de compréhension?

L’engagement des élèves. Notamment, lors du post-test, il faut distinguer les élèves qui utilisent un pointeur de ceux qui ne l’utilisent pas.

Bien entendu, je suis convaincu qu’une telle recherche confirmerait la valeur du pointeur et des exercices de vitesse, mais je peux me tromper.

Si la recherche confirme ce que j’avance, on pourra alors parler d’une véritable percée dans l’enseignement et la pratique de la lecture. Et cela deviendra un devoir pour tous les intervenants en éducation d’en faire la promotion et de généraliser l’application de cette méthode. En attendant, je vous invite à la mettre en pratique!