Séminaires de Lecture Rapide - Daniel Gagnon

Daniel Gagnon M.A. orthopédagogueDaniel Gagnon M.A. orthopédagogue

Aller plus loin en lisant plus vite!

Lisez et comprenez plus vite, soyez plus concentré et plus efficace, gagnez du temps !

Pourquoi il ne faut pas reprendre un enfant qui lit lorsqu’il se trompe ?

Voici un témoignage :

Allo Daniel,
Simplement pour vous dire que j’ai apprécié votre conseil… je ne reprends plus ma fille quand elle me fait la lecture et depuis, elle a fait énormément de progrès. Elle apprécie tellement qu’elle me fait la lecture chaque soir. La vie est belle!
Au plaisir,
J. H.

Dans ma chronique du 30 janvier, Les enfants et le goût de lire, j’affirmais : « Il faut éviter de corriger l’enfant quand il se trompe, le laisser lire à sa manière, lentement, sans intervenir, même s’il ne dit pas le bon mot. »

Pourquoi ?

En orthopédagogie, il arrive de rencontrer des enfants qui ont perdu confiance en leur capacité de lecteur, qui sont extrêmement anxieux face à une tâche de lecture, et par conséquent n’ont aucun plaisir à lire. Et lorsqu’on approfondit leur cas, on s’aperçoit que souvent le problème provient d’un tuteur trop minutieux qui exige que l’enfant lise en articulant correctement chaque syllabe de chaque mot. Chaque erreur leur vaut une reprise.

Il faut savoir que lire ne consiste pas à décoder, à reconnaître les mots syllabe par syllabe. On sait depuis plus de 40 ans que les bons lecteurs, qui sont d’excellents décodeurs, décodent rarement, car ils reconnaissent les mots globalement. C’est le paradoxe du bon lecteur.

Prenez le texte suivant :
« Le gouverneur de Californie, M. Schwarzenegger amorce aujourd’hui sa visite de la ville d’Arkhangelsk au nord-ouest de la Russie. Le maire d’Arkhangelsk a accueilli l’ancien acteur avec chaleur et courtoisie. »

Si vous êtes un bon lecteur et que vous aviez déjà entendu parler du « governator », vous avez dû reconnaître son nom en un seul coup d’œil, malgré sa complexité, sans vous attarder à chaque syllabe. Par contre, vous avez dû ralentir pour bien décoder le nom de la ville ou peut-être, si ce nom vous importait peu, l’avez-vous négligé. Quoi qu’il en soit, à la deuxième apparition du mot « Arkhangelsk », surtout si vous vous étiez arrêté pour bien le décoder la première fois, vous avez dû le reconnaître globalement. C’est ce que font les bons lecteurs, ils reconnaissent les mots globalement grâce à leur mémoire lexicale.

Donc lire ce n’est pas juste décoder. En fait : lire, c’est chercher du sens. (Pour en savoir plus, je vous réfère à ma chronique : Qu’est-ce que l’acte de lire? )

Les bons lecteurs vont aussi chercher à anticiper. Ils vont chercher à anticiper le mot suivant, la phrase qui vient et même tout le contenu du texte. Il ne s’agit pas ici de deviner, mais à la manière scientifique de faire une hypothèse sur le contenu et d’aller la vérifier.

L’anticipation est un élément clé de la compréhension. Dans ma chronique, Comment avez-vous appris à lire?, j’aborde cette question plus en détail.

“Comme lire c’est chercher du sens, si l’enfant a anticipé correctement le sens, même si ce n’est pas le bon mot, c’est très bien : il comprend. Le corriger revient à l’amener à régresser.”

Là où je veux en venir, c’est que lorsqu’un enfant lit et qu’il se trompe de mot, mais que le mot a du sens dans le contexte, il ne faut surtout pas le corriger en lui disant qu’il n’a pas lu le bon mot et qu’il doit relire. Comme lire c’est chercher du sens, si l’enfant a anticipé correctement le sens, même si ce n’est pas le bon mot, c’est très bien : il comprend. Le corriger revient à l’amener à régresser. À mettre l’accent sur le décodage. Alors qu’anticiper le sens est une très bonne stratégie de lecture.

Qui plus est…
Si l’enfant se trompe de mot et que le mot ne fait pas de sens dans le contexte : ON NE LE CORRIGE TOUJOURS PAS. Car s’il comprend ce qu’il lit, il s’en rendra compte et se corrigera de lui-même. S’il continue sans se corriger : c’est signe qu’il ne comprend pas ce qu’il lit, ou pas très bien. C’est signe que le texte est trop difficile pour lui. Il vaut mieux alors utiliser des textes plus faciles ou travailler son anticipation. Mais ce n’est pas en le ramenant au décodage qu’il va améliorer sa fluidité de lecture et sa compréhension.

Peut-on étendre ce conseil à d’autres aspects de l’éducation d’un enfant ?

Mets-en !

Commentaires

Très intéressant, Daniel. Mon plus vieux (4 ans) s'initie au décodage des lettres et je garderai ton texte en tête quand il commencera à lire.

Ça me fait penser à cette citation de Piaget, à laquelle je réfléchis souvent (elle est collée sur le frigo!):

«Tout ce qu'on apprend à l'enfant, on l'empêche de l'inventer ou de le découvrir.»

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