Séminaires de Lecture Rapide - Daniel Gagnon

Daniel Gagnon M.A. orthopédagogueDaniel Gagnon M.A. orthopédagogue

Aller plus loin en lisant plus vite!

Lisez et comprenez plus vite, soyez plus concentré et plus efficace, gagnez du temps !

Dix mythes concernant la mémoire

Voici dix mythes portant sur la mémoire. C'est tiré du livre de Kenneth Higbee que mon ami Pierre Pilon et moi considérons comme le meilleur sur le sujet : Higbee, Kenneth L. Your Memory : How it works and how to improve it. Prentice Hall Press, New York, 1988.


Mythe 1: La mémoire est quelque chose que l’on possède.


Souvent, les gens vont parler de leur mémoire comme si c’était quelque chose qu’il possédait. Comme si c’était un organe ou un muscle (mythe 7). On ne peut pas transplanter ou disséquer la mémoire.

Le mot mémoire est une abstraction qui réfère à un processus plutôt qu’à une structure physique. Ce n’est pas une chose qu’on a dans la tête. Se rappeler est une activité. Il n’y a pas une localisation précise de la mémoire où tout ce que l’on a mémorisé se retrouve.

La mémoire fait appel à un nombre important de processus, d’activités, d’habiletés et d’attributs. Les approches récentes s’organisent autour de l’idée de sous-systèmes séparés. Il y en a principalement trois : la mémoire sensorielle, la mémoire à court terme et la mémoire à long terme qui serait, elle, composée de différents types de souvenirs.

La mémoire motrice par exemple n’est même pas consciente. Essayer de décrire comment vous lacez vos souliers ou de dire où sont localisées les touches de votre clavier d’ordinateur.

Ce qui veut dire que lorsque l’on parle d’améliorer sa mémoire, nous ne parlons pas de quelque chose qu’on entraînerait à devenir plus gros et plus fort. Et il y a plusieurs mémoires. En fait, on devrait parler d’un séminaire sur les processus mémoriels.




Mythe 2 : Il y a UN secret à la mémoire.


Nombreux sont les livres qui annoncent qu’ils vous enseigneront LE secret d’une bonne mémoire qu’ils sont les seuls à posséder.

Le système de mémorisation le plus enseigné, un système de lieux, est vieux de 2500 ans. Les plus utilisés, différents crochets, sont connus depuis plus de 300 ans. Personne ne détient de brevet ou de copyright sur ces méthodes.

Et il n’y a pas UNE méthode, comme le charpentier n’utilise pas que son marteau pour édifier une maison.

La méthode de mémorisation à utiliser doit varier selon les circonstances et le matériel à mémoriser. Un étudiant ne mémorisera pas de la même façon qu’un enseignant. Un poème ne se mémorise pas avec la même méthode qu’une liste de mots, qu'un discours, ou les chapitres d’un livre, ou encore une liste de nombres. Doit-on se rappeler une tâche ou différencier les tâches ? L’approche n’est pas la même. Pour retenir par cœur ou pour comprendre ? Pour dans une heure ou dans une semaine ?

Il y a des méthodes et des principes pour presque toutes les situations d’apprentissage, mais aucune ne s’applique à toutes les situations.



Mythe 3 : Il y a une façon FACILE de mémoriser.

L’idée développée ici pour la mémoire s’applique aussi parfaitement à la lecture rapide.

Beaucoup de gens espèrent trouver le secret d’une bonne mémoire afin d’éviter tout travail de mémorisation. En fait, c’est pourquoi il cherche un secret. En réalité, retenir est un travail difficile et les techniques de mémorisation ne rendent pas nécessairement la tâche plus facile, elles la rendent tout simplement plus efficace. Vous aurez toujours du travail à faire, mais vous allez retirer plus de vos efforts.

Certaines personnes dénoncent « l’apprentissage par cœur », alors qu’en fait la mémorisation favorise l’apprentissage. Les techniques de mémorisation ne remplacent pas les principes d’apprentissage, elles les utilisent.

On pense généralement que les personnes avec un QI élevé ont moins de travail à faire pour mémoriser. En fait, il a été démontré que les personnes au QI élevé sont plus susceptibles de développer par elles-mêmes des techniques et des méthodes de mémorisation efficaces. Car, comme je vais l’expliquer dans une chronique à venir, l’intelligence se caractérise par l’utilisation de « trucs ». Pensez au corbeau, le plus intelligent des oiseaux, qui va penser à ramener avec ses deux pattes une corde à laquelle on a suspendu un morceau de viande, alors qu’aucun autre oiseau ne pensera à une telle astuce. Toutefois, des individus au QI moyen qui ont appris des techniques efficaces de mémorisation vont réussir mieux que des individus au QI élevé qui ne les ont pas apprises.

Parce que mémoriser est une habileté apprise, améliorer sa mémoire c’est comme développer n’importe quelle autre habileté. Vous devez travailler à apprendre les techniques appropriées et les pratiquer.

Certains auteurs promettent des techniques faciles. Quand le lecteur voit qu’il y a des efforts à faire, il décide souvent de se contenter de sa mémoire actuelle. Il faut planifier d’avoir à faire certains efforts si on veut améliorer sa mémoire.

Selon Higbee, la paresse expliquerait davantage les difficultés d’apprentissage et de mémorisation de beaucoup d’adultes. Ils n’ont plus l’envie de se réinvestir autant que lorsqu’il était à l’école. Ils ont perdu l’habitude d’étudier. Les adultes qui ont conservé l’habitude de lire et d’étudier sont plus performants que ceux qui ne sont pas restés actifs mentalement.



Mythe 4 : Certaines personnes sont aux prises avec une mauvaise mémoire.

Mauvaise mémoire
« J’ai une mauvaise mémoire. » Avez-vous déjà entendu cette affirmation? L’avez-vous même faite ? Pour commencer, il n’y a pas UNE mémoire (voir mythe 1). Et même si vous concevez la mémoire comme une habileté et non une chose, le mythe s’applique quand même. À moins que vous vouliez signifier que vous n’avez pas développé des habiletés mémorielles que les autres ont développées, alors, oui, cette affirmation n’est pas un mythe. Mais ce que les gens veulent généralement signifier en disant qu’ils ont une mauvaise mémoire, c’est qu’ils ont de façon innée une mémoire inférieure et qu’il n’y a rien à faire pour l’améliorer.

“La capacité de votre mémoire dépend davantage des techniques de mémorisation que vous utilisez que de vos dons à la naissance. ”

Exceptions
Mémoriser est un processus psychologique de base qui est commun à tout le monde à l’exception de ceux qui ont subi des dommages cérébraux ou qui souffrent de graves problèmes mentaux ou psychologiques. Toutefois, il faut admettre que de façon innée, certaines personnes sont plus douées que d’autres, et que les habitudes de vie peuvent accroître cette différence; dans ce sens, il existe de bonnes et de mauvaises mémoires. Cependant, cette distinction n’est pas aussi importante que celle qu’il peut y avoir avec les habiletés mémorielles apprises.

Une question d’ordre
La capacité de votre mémoire dépend davantage des techniques de mémorisation que vous utilisez que de vos dons à la naissance. Conséquemment, améliorer vos techniques va nécessairement améliorer vos capacités. Pour illustrer cela, imaginez que vous disposez d’un classeur et d’une grande pièce. Lequel des deux bénéficie de la plus grande « capacité » sous l’angle de la quantité ? La pièce bien entendu. Supposons maintenant que dans le classeur tous les papiers soient bien classés et que dans la grande pièce tout soit pêle-mêle. Si vous avez à trouver un document précis dans lequel des deux sera-t-il le plus facile de le trouver? Bien que la pièce puisse contenir plus de stock, le classeur a une capacité utile plus grande parce qu’il est plus facile de s’y retrouver. De façon similaire, la capacité utile de votre mémoire dépend plus de la façon dont vous classez les informations que de sa « capacité » innée. Malheureusement, trop souvent les gens utilisent leur mémoire comme la grande pièce, en y accumulant l’information en espérant qu’ils la retrouveront quand ils en auront besoin.

Une mémoire multidimensionnelle
Nous avons vu dans le mythe 1 que mémoriser fait appel à un nombre d’activités différentes. Cela signifie qu’une « bonne » ou une « mauvaise » mémoire ne peut être établie à partir d’un seul critère. Quelqu’un peut revendiquer une bonne mémoire alors qu’il ne peut en fait que faire une chose parmi d’autres : vous parler en détail d’un livre; vous entretenir pendant des heures à propos d’un sujet; vous parler longuement de sa petite enfance; vous dire comment vous étiez habillé lorsque vous vous êtes rencontrés la première fois; se souvenir des noms ou du numéro de téléphone de gens qu’il n’a rencontrés qu’une fois il y a plusieurs années; vous réciter mot à mot un paragraphe qu’il vient de lire; ou être toujours capable de parler une langue qu’il n’a pas parlée depuis des années. Beaucoup de gens vont avoir une bonne mémoire pour une de ces tâches et une mauvaise pour d’autres.

------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------




Mythe 5 : Certaines personnes sont douées d’une mémoire photographique

Ne serait-il pas extraordinaire d’avoir une mémoire photographique qui fonctionne comme un appareil photo ? Vous pourriez prendre une image rapide d’une scène ou d’une page imprimée, puis la décrire en détail à tout moment en ramenant à votre esprit la prise de vue. Est-ce qu’il y a des personnes qui sont capables de faire cela ? Est-ce que cela résoudrait tous vos problèmes de mémoire si vous pouviez faire cela ? La plupart des psychologues ne croient pas à cette notion de mémoire photographique, bien qu’il existe des personnes qui ont la faculté de dupliquer mentalement une image en retenant plus de détails plus longtemps que la moyenne des gens. De 5 à 10 % des enfants possèdent cette capacité qui persiste rarement après l’adolescence.

Souvent les gens vont expliquer les capacités mémorielles de ceux qui sont doués par l’affirmation vague qu’ils disposent d’une mémoire photographique, parce qu’en réalité ils ne savent comment l’expliquer autrement. Le fait que ces personnes aient une mémoire photographique et qu’eux n’en ont pas sert de plate excuse à leur mémoire qui n’est pas aussi bonne qu’elle pourrait être.

En un sens, le mythe de la mémoire photographique est une version différente du mythe de la mauvaise mémoire. Les deux sont une façon d’insister sur les qualités innées de la mémoire plutôt que sur les habiletés mémorielles acquises. Alors que les recherches sur les gens qui ont une mémoire exceptionnelle démontrent que ce que l’on attribue trop souvent à une mémoire photographique provient en fait de l’application extrêmement habile de puissantes techniques de mémorisation accessibles à tous.



Mythe 6 : Certaines personnes sont trop vieilles/jeunes pour améliorer leurs mémoires

Vous connaissez probablement l’adage : On n’apprend pas à un vieux singe à faire des grimaces. Il existe une variante à cet adage : Le moyen le plus rapide de devenir un vieux singe, c’est de cesser d’apprendre à faire des grimaces…

Il existe de plus en plus de recherches sur la mémoire et les aînés. Elles nous apprennent :

1- Le déclin de la mémoire avec l’âge n’est pas aussi grand que ce qui est populairement cru; les gens âgés ont souvent des croyances exagérées à propos de leurs propres insuffisances mentales. Les problèmes de mémoire qui surviennent dans tous les groupes d’âge sont accentués quand ils se produisent dans la vieillesse et sont attribués à l’âge, ce qui entraîne moins de confiance en ses capacités et augmente les signalements de problèmes de mémoire.
2- Les habiletés mémorielles ne déclinent pas également; par exemple, les habiletés visuelles et spatiales déclinent à partir de l’âge de 20 ans, par contre les habiletés verbales (comme la mémoire des faits, des concepts, des mots et des nombres) montrent peu de déclin.
3- Les recherches ne s’entendent pas sur les causes du déclin de la mémoire à un âge très avancé. Les causes du vieillissement sont physiologiques, mais de nombreux facteurs psychologiques ou autres peuvent en être la cause et peuvent être contrôlés. Ces causes peuvent inclure la motivation, la paresse, l’éducation, la dépression, l’anxiété, etc., sans toutefois concerner les capacités de la personne.

En fait, il ne s’agit pas de se demander si les aînés peuvent être aussi bons que les jeunes adultes dans la vingtaine, mais plutôt est-ce qu’ils peuvent améliorer leur mémoire présente? Et la réponse est : CERTAINEMENT !

À l’inverse, les techniques lorsqu’elles sont adaptées peuvent être enseignées dès l’âge de huit ans et même avant.



Mythe 7 : La mémoire, comme un muscle, bénéficie de l’exercice

La mémoire n’est pas un muscle qu’on peut fortifier en répétant de nombreuses fois le même exercice. En répétant la même phrase, vous finirez par l’apprendre par cœur, mais la phrase suivante ne sera pas plus facile à retenir, à moins que votre première pratique vous ait fait prendre conscience que certaines techniques vous aident à être plus performant. Dans ce cas, il ne s’agira pas d’un renforcement de votre mémoire, mais de l’acquisition d’une habileté.

En fait, les études démontrent que pratiquer sa mémoire ne l’améliore pas. Cependant pratiquer l’utilisation de certaines techniques améliorera grandement votre habileté à mémoriser à long terme.

La Presse a publié récemment* un excellent dossier sur la mémoire vieillissante. Il y est dit que la mémoire est un muscle qu’il faut entraîner. Comme toute analogie, l’image aide à faire comprendre le message sans toutefois être parfaite. Il est vrai qu’un muscle inutilisé s’atrophiera et que les gens inactifs intellectuellement ont plus de risques de souffrir de démence. Dans le sens d’éviter un déclin, l’analogie est bonne. Toutefois, si on vise à améliorer ses performances, c’est-à-dire ses habiletés à retenir plus et plus vite, il ne suffit pas de répéter et de répéter encore, afin d’être meilleur la prochaine fois, il faut aussi apprendre à maîtriser les bonnes stratégies.

*La mémoire menacée, La Presse, cahier Plus, 17 février 2007
Oublier sans paniquer, La Presse, cahier Plus, 18 février 2007



Mythe 8 : Une mémoire entraînée n’oublie jamais

Lorsqu’on donne un cours sur la mémoire ou sur la lecture rapide, on n’a pas le droit d’oublier ou d’avoir manqué une information dans un document lu, on est alors immédiatement victime de railleries mettant en doute l’efficacité de nos méthodes. La réalité, c’est qu’il s’agit de méthodes ayant fait leurs preuves qui vous feront gagner en efficacité, mais elles ne vous rendront pas infaillible. Privilège qui jusqu’à maintenant n’a été accordé qu’au Pape…

Beaucoup de gens ne réalisent pas qu’une personne qui a une mémoire entraînée ne mémorise pas nécessairement tout. Comme mentionné dans le mythe 2, ils s’attendent qu’une fois qu’ils auront appris le secret d’une bonne mémoire, ils n’oublieront plus jamais rien.

Cependant l’avantage d’avoir développé des habiletés mnémoniques c’est que vous pouvez retenir ce que vous voulez retenir, toutefois vous ne voudrez pas nécessairement vous souvenir de tout. Avant toute chose, pour retenir, il faut avoir un « projet-mémoire ». Il faut avoir l’intention de mémoriser, ce qui vous amènera à déployer un éventail de stratégies. Par exemple, si vous vous rendez au chalet d’un ami et que vous êtes conduit par cet ami, il y a une forte chance que vous ne remarquiez pas le chemin et que vous soyez incapable de refaire le trajet par la suite. Si c’est vous qui conduisez et que vous êtes seul, vous porterez attention au trajet et il y a bien plus de chance que vous le reteniez.

De façon réaliste, même avec une mémoire entraînée, vous allez continuer à oublier des choses, même des informations que vous auriez souhaité retenir. Simplement, vous n’allez pas en oublier autant que la moyenne des gens ou autant que vous en oubliiez avant.



Mythe 9 : Mémoriser trop peut encombrer votre mémoire

Certaines personnes croient que mémoriser des informations inutiles peut encombrer la mémoire et nuire à la rétention de ce qui est utile.

En fait, l’encombrement de la mémoire vient du fait qu’elle est désorganisée. Si vous utilisez un classeur dans lequel vous rangez vos dossiers par ordre alphabétique ou une boîte dans laquelle vous jetez tout pêle-mêle, lequel deviendra encombré en premier ? Il en est de même pour votre mémoire, votre capacité à mémoriser ne provient pas de la quantité qu’elle contient déjà, mais de la façon dont elle est organisée.

La mémoire est le seul contenant dans lequel plus on en met, plus on peut en mettre. Plus vous avez de connaissances sur un sujet, plus il est facile d’emmagasiner de nouvelles connaissances sur ce même sujet.

En réalité, la capacité de votre mémoire est pratiquement, illimitée.




Mythe 10 : Les gens n’utilisent que 10 % de leur potentiel mental

Il est souvent proclamé que nous n’utilisons que 10 % du potentiel de notre cerveau. Il y a même des auteurs qui parlent de 4% et d’autres de 1 %.

En fait, l’idée derrière ces chiffres, c’est qu’il est facile d’améliorer miraculeusement nos habiletés mentales, parce que cela demande qu’une petite augmentation de l’usage de notre cerveau.

Il s’agit là de pseudoscience. Il n’existe aucune recherche scientifique valable qui appuie ces chiffres.

Il est vrai que nous avons un potentiel d’habiletés mentales supérieur à ce que nous utilisons, mais c’est un potentiel impossible à quantifier.

------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------